
Le
02 décembre 1973 naissait la
Centrale syndicale
UGTG : Union Générale des
Travailleurs de Guadeloupe
Elie Domota :
"On demande un peu de respect"
La mise en place d'"ateliers
locaux", sous la responsabilité d'un préfet ad hoc, Richard Samuel, marquera le
lancement des Etats généraux de
l'outre-mer, début avril. Nicolas Sarkozy devrait se rendre aux
Antilles dans
la troisième semaine d'avril. Une synthèse des travaux aura lieu à
Paris fin
mai ou début juin. Durant cette période, le chef de l'Etat présidera un
conseil
interministériel sur l'outre-mer.
Le porte-parole du LKP (Collectif contre l'exploitation), Elie Domota, qui a porté le
plus long mouvement social de
la Guadeloupe, du 20 janvier au 4 mars, se montre sceptique vis-à-vis
des Etats
généraux, qui perdront beaucoup de sens si le LKP n'y participe pas.
Le LKP participera-t-il aux Etats généraux de
l'outre-mer?
Pour le moment, je ne sais pas ce que c'est. Les Guadeloupéens posent
le problème
de la ségrégation sociale et le gouvernement leur répond évolution
statutaire.
Au problème de la domination d'une communauté sur toute la population,
il répond
atelier sur la formation des prix. Face au racisme à l'embauche, il
propose une
réunion sur le dialogue social. Quand on veut noyer un problème, on
crée une
commission. On est dans une tradition bien française. On ne répond pas
aux
questions. Ce sont les Guadeloupéens eux-mêmes qui doivent trouver les
voies et
les moyens de leur développement et de leur avenir.
La politique de la chaise vide, n'est-ce pas
manquer une occasion de
mettre à plat tous les problèmes qui minent l'outre-mer?
Les
thèmes choisis ne correspondent en rien aux revendications
posées. La question ce n'est pas la formation des prix mais le monopole
et
l'abus de position qu'exercent un certain nombre de familles depuis des
décennies.
Nous ne savons pas à quoi servent les Etats généraux. S'il s'agit une
fois de
plus de prendre les mêmes avec costume et cravate et de les mettre dans
un
bureau pour décider en quelques semaines de notre avenir à vingt ou
vingt-cinq
ans, ce n'est pas la peine. Qu'on nous fournisse une explication claire
et on
donnera une réponse!
Yves Jégo n'a-t-il pas
promis de s'atteler au problème de
la mémoire?
Cela
fait des mois que nous avons écrit à M. Jégo sur le problème
de la tuerie de mai 1967 [où plusieurs dizaines d'ouvriers en grève
avaient été
tués par des CRS]. La seule réponse, c'est un courrier d'accusé de
réception.
Des historiens guadeloupéens travaillent depuis des décennies sur cette
question. Jusqu'à présent, ils ont été totalement occultés. Ce dossier
doit être
traité par les Guadeloupéens pour les Guadeloupéens et porté par ses
historiens.
Les entreprises appliquent- elles l'accord
Bino qui promet 200 euros
d'augmentation aux très bas salaires ?
La
grande distribution, l'hôtellerie, le BTP ont signé cet
accord. Les Hayot, Despointes, Lemetayer, Aubery, toutes les grandes
fortunes
de la place ont fini par le signer et le travail a repris. Donc il n'y
a aucune
raison pour que le Medef continue à faire opposition à l'application de
cet
accord, ou plutôt à son extension.
Demandez-vous
le paiement des jours de grève, comme dans
la canne?
Ce
sont des choses qui doivent être discutées dans chaque
entreprise. Dans la canne, la baisse du prix du carburant obtenue grâce
au
mouvement social va permettre des économies immenses. Ceux qui étaient
dans la
rue veulent en bénéficier.
En souhaitant que les patrons blancs s'en
aillent, vous vous êtes exposé
à l'accusation de racisme.
On n'a jamais dit cela! C'est une
déformation volontaire des propos, entretenue
par l'UMP. Un accord a été signé pour augmenter les salaires et le
pouvoir d'achat.
Curieusement, les plus riches ont refusé de l'appliquer. On leur a
simplement
dit : si vous aimez la Guadeloupe et les Guadeloupéens, signez l'accord
Bino,
sinon nous resterons en grève et nous inviterons la population à
n'acheter ni
un clou, ni un bonbon à la menthe chez vous. C'est quand même fort :
nous
subissons l'exclusion au travail, la discrimination à l'embauche, dans
les boîtes
de nuit, on nous traite comme des "ultra-périphériques"
et
quand nous demandons l'égalité sociale, on nous qualifie de racistes.
Pourtant,
à aucun moment dans notre histoire nous n'avons cherché
à dominer qui que ce soit. Rien n'a changé en termes de rapport de
classes et
de races. Quelle commune en métropole accepterait qu'une entreprise
s'installe
et que les locaux ne puissent pas y travailler? Nous serions bons pour
la
musique, pour le foot, et même pour le concours de Miss France, mais dès qu'il
s'agit d'accéder à des postes
d'encadrement, il y a un problème. On demande un peu de respect.
Propos
recueillis par Béatrice Gurrey
source
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