Le peuple Martiniquais fête sa
« viktwa »
Antilles . Au terme d’un
mouvement
social historique, un protocole d’accord entérinant d’importantes
avancées
sociales a été signé samedi à Fort-de-France.
« Martinik
lévé ! »
(Martinique debout !). Le slogan était repris en choeur au son
des
tambours, samedi, par les 20 000 manifestants venus accompagner les
représentants du Collectif du 5 février, à l’origine d’un mouvement
social
historique, pour la signature d’un protocole d’accord mettant fin à 38
jours de
grève générale.
200 euros d’augmentation
Principale revendication
satisfaite :
la revalorisation des bas salaires. À compter du 1er mars, les salariés
du
privé gagnant jusqu’à 1,4 SMIC seront augmentés de 200 euros. La mesure
concerne 60 % des salariés du privé, soit 47 000 personnes.
Comme en
Guadeloupe, l’État contribuera pendant trois ans à ces augmentations à
hauteur
de 100 euros, par le biais d’un RSA transformé en revenu de soutien
temporaire
à l’activité (RSTA). Les entreprises, elles, devront débourser entre 30
et 100
euros selon leur taille, les collectivités territoriales (région et
département) faisant l’appoint dans les limites d’enveloppes définies.
Pour les
salaires compris entre 1,4 et 1,6 SMIC, l’augmentation sera de
4 % et,
au-delà, de 2 %. Les rémunérations seront également
revalorisées dans la
fonction publique territoriale.
Sur les prix pratiqués par la
grande
distribution, une baisse de 20 % est acquise sur les prix de
400 produits.
Des baisses significatives ont également été actées sur les tarifs
bancaires et
les charges acquittées par les locataires du parc social. Après la
levée de la
grève, les négociations doivent encore se poursuivre jusqu’au 27 mars
sur
d’autres dossiers, comme l’agriculture, l’environnement, l’emploi, les
minima
sociaux, ou encore les prix de l’eau, de la téléphonie, des matériaux
de
construction.
L’application des différents
points du
protocole d’accord fera l’objet d’un suivi par des commissions
thématiques qui
rendront publiquement leurs conclusions chaque trimestre. « Le
Collectif
du 5 février se réserve le droit de repartir en grève si les accords
signés ne
sont pas respectés ou que les négociations entamées traînent en
longueur », a prévenu le porte-parole du collectif, Michel
Monrose.
une chaleureuse
fête populaire
Dans les rues
de Fort-de-France, c’est une immense et chaleureuse fête populaire qui
a
accueilli cette « victoire » historique.
« Cette petite
révolution a soulevé une incroyable ferveur populaire, un bel élan de
solidarité, de générosité et de fraternité. Les Martiniquais ont laissé
éclater
leur joie d’avoir bâti quelque chose en commun. Ils sont fiers de
s’être
affichés en tant que peuple », relate Antony Toussaint, membre
du
collectif du 5 février. Une joie qui n’est manifestement pas partagée
par le
MEDEF, auquel la mobilisation populaire a infligé une sévère défaite en
le
contraignant à signer les accords. Ce mouvement « a détruit
une bonne
partie des capacités économiques » de l’île, grince Patrick
Lecurieux-Durival, président de la branche martiniquaise de
l’organisation
patronale, en brandissant la menace de 10 000 suppressions d’emplois en
2009.
Plus nuancé, Alexandre Richol, président de la CGPME, estime impossible
de
continuer à considérer l’entreprise « comme une entité qui
doit
exclusivement dégager des profits ». Il faut désormais
« prendre en
compte sa dimension sociale », admet-il. Alors que d’aucuns
n’hésitent
plus à évoquer un « Mai 68 antillais », le préfet de
la Martinique,
Ange Mancini, a parlé d’un « mouvement d’une ampleur sociétale
sans
précédent qui fait que rien ne sera plus comme avant ». Ce que
confirme, à
sa manière, Daniel Gromat, de la CGTM : « Nous ne
nous arrêterons pas
là. Le combat continue. Après quatre cents ans de domination, il faut
maintenant parler d’égalité et de partage, pour préparer l’avenir de
nos
enfants. »
Rosa
Moussaoui
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