Quand le
tourisme décollera dans les DOM
Martinique:
difficile diversification photo Evariste Zephyrin
Après
trois ans de croissance, le
tourisme de l'île a connu un brusque coup d'arrêt. Avec une clientèle
française
à 80%, les professionnels s'efforcent de trouver de nouveaux débouchés
à
l'étranger.
Un hôtel de 50
chambres qui sort de terre: c'est un événement à la Martinique. Le Cap
Macabou
accueille ses premiers clients ce mois-ci. Situé au Vauclin, ce
trois-étoiles
constitue un vrai pari pour ses promoteurs venus de l'Hexagone. Voilà
huit ans
que ces derniers ont choisi la côte atlantique pour investir 5 millions
d'euros
et se battent pour concrétiser leur projet. "On arrive enfin au bout et
on
compte bien être récompensé", lance Jean Michelet, l'un des deux
associés.
Ce bel
optimisme peine pourtant à éclipser certains fiascos, comme celui de
l'ancien
Méridien, à la Pointe du Bout, à l'abandon depuis que la justice a
bloqué le
projet de reprise. Alors qu'une embellie se dessinait, à partir de
2004, les
professionnels du tourisme de la Martinique ont été assommés, en 2007,
par une
série de coups durs: l'ouragan Dean, l'épidémie de dengue et le séisme
du 29
novembre. "Et, si aucune reprise ne s'amorce sur le marché français,
2009
sera catastrophique", alerte Benoît Le Cesne, président de Ziléa, le
club
rassemblant les professionnels locaux.
Un
paradis trop cher, même pour les fidèles
Au village des
Boucaniers du Club Med, à Sainte-Anne, pas question d'afficher un tel
pessimisme. "Nous avons mieux résisté que prévu à l'après-Dean,
explique
Catherine Cadrot, la directrice. Nous terminons le premier semestre de
2008
avec un taux d'occupation de 73%." Et, même si elle reconnaît que la
mise
en route de la prochaine saison se révèle plus difficile, Catherine
Cadrot
estime que ses clients, ceux d'un village classé 4 tridents, restent
pour
l'instant à l'abri de la baisse du pouvoir d'achat.
Des chiffres
inquiétants
Les chiffres
publiés pour le premier semestre de 2008 par Ziléa, le club des
professionnels
du séjour à la Martinique, ne sont guère encourageants. Comparé au
premier
semestre de 2007, le nombre de clients a chuté de 17,75% et le taux
d'occupation, de 9,1%. Le chiffre d'affaires de l'industrie touristique
martiniquaise s'élève à 30 millions d'euros pour les six premiers mois
de cette
année, en baisse de 7,9%.
Vandevoorde
Béatrice
Le haut de
gamme? C'est une tentation constante à la Martinique. Quand la
République
dominicaine a écrasé les prix du marché touristique caribéen, à la fin
des
années 1990, certains hôteliers ont choisi de se battre sur le même
terrain.
Mais d'autres ont pris le contre-pied du tourisme de masse, comme le
Cap Est
Lagoon, l'un des trois Relais & Châteaux des Antilles
françaises, ouvert au
François en 2002. Aujourd'hui, aucun ne crie victoire.
Car, plus que
la diversification de l'offre, les professionnels martiniquais
réclament
inlassablement une ouverture vers d'autres marchés: 8 touristes de
séjour sur
10 arrivent encore de métropole. Une concentration dangereuse pour le
secteur,
surtout en période de crise. Problème: la conjoncture mondiale se prête
mal à
la venue de vacanciers étrangers. Delta Airlines a supprimé sa ligne
Atlanta-Fort-de-France en avril dernier, et les trois compagnies
régulières
desservant la Martinique atterrissent à Orly, ce qui complique
nettement les
correspondances des passagers européens transitant par Roissy.
En attendant,
le département français d'Amérique peut encore compter sur ses atouts
pour fidéliser
ses visiteurs. A l'instar de Daniel, Guilaine et leur fille, des
Marseillais
enchantés par leur troisième séjour à la Batterie, aux Anses-d'Arlet,
une
résidence gérée en famille où les clients réservent d'une année à
l'autre.
"L'accueil est formidable, mais, cette année, regrette Daniel, on a
payé
1000 euros chaque billet d'avion, sans pouvoir choisir nos dates!" Du
coup, ils ont écourté leur séjour d'une semaine. A ce rythme-là, même
ces
inconditionnels risquent de trouver le paradis martiniquais décidément
trop
cher.
Béatrice Vandevoorde 20/02/2009 Source
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