Haïti,
exemple extrême de
déforestation et de perturbation du cycle de l'eau
— Les collines lunaires qui
entourent les Gonaïves (nord de Haïti)
offrent un exemple extrême de déforestation qui perturbe gravement le
cycle de
l'eau et favorise les catastrophes naturelles dans le pays le plus
pauvre du
continent américain.
"En Haïti, le problème
environnemental majeur c'est l'arrachage des
arbres qui accélère le ruissellement de la pluie sur le sol, l'empêche
de
pénétrer la terre et conduit les sources à perdre leur débit et à se
tarir", résume Prosper Saint-Louis, spécialiste en eau et
assainissement
pour Action contre la Faim (ACF).
Aux Gonaïves, l'absence
d'arbres sur les mornes, des collines escarpées
qui entourent la quatrième ville haïtienne, transforme les pluies en
torrents
qui dévalent dans le bassin versant, favorisant les coulées de boue et
lessivant les terres arables. En août et septembre 2008, la ville a
subi quatre
cyclones et tempête meurtriers qui l'ont englouti sous 2,6 millions de
tonnes
de boue.
Sur cette île calcaire qui
bénéficie donc en abondance d'eau
souterraine, seulement 10% de l'eau qui tombe reste dans les sols.
Depuis 1975, les surfaces
cultivables ont diminué de moitié en Haïti
alors que plus de 70% de la population pratique une agriculture de
survie et
80% vit avec moins de 2 dollars par jour.
Christophe Wargny, l'un des
meilleurs spécialistes d'Haïti parle d'un
des "pires exemples au monde de désastre écologique".
Au 15e siècle, lorsqu'elle fut
découverte par Christophe Colomb, l'île
d'Hispaniola était couverte à 80% de forêts composées de dizaines
d'espèces:
cocotiers, manguiers, papayers, acajous, flamboyants, tamariniers ... 
Au début du 21e siècle, côté
haïtien, ce taux est passé à moins de 1,5%,
côté dominicain à quelque 30%. Vu du ciel, le contraste entre les deux
pays qui
se partagent l'île est saisissant.
Les débuts de la déforestation
remontent en fait à la colonisation. Au
18e siècle, les planteurs, négociants en épices, sucre, café et indigo
ont
éliminé massivement les arbres et exploité les sols jusqu'à
l'épuisement.
Pendant la Seconde guerre mondiale, les compagnies américaines
accélèrent le
déboisement en défrichant pour planter sisals et hévéas pour les
besoins de
l'économie de guerre.
Outre l'exploitation
industrielle des arbres qui a fait disparaître les
bois précieux sous la dictature des Duvalier, la déforestation massive
a
également été provoquée par la pauvreté.
"Nous savons qu'il ne faut pas
détruire les arbres", assure en
créole Justine Saint-André, une agricultrice des environs des Gonaïves,
venue
vendre sur un marché local de petits sacs de charbon. "Mais comme
beaucoup
d'autres, ma famille n'arrive pas à survivre avec notre lopin de
terre",
souligne-t-elle.
Le charbon sert de combustible
en l'absence de toute politique
énergétique nationale qui privilégierait le gaz comme c'est le cas en
République dominicaine.
"C'est un véritable cercle
vicieux: la pauvreté pousse les gens à
couper les arbres, cela détériore la terre, l'eau et les conditions de
vie et
crée encore plus de misère", dit M. Saint-Louis. Face à l'ampleur du
phénomène les timides programmes de reboisement ne font pas le poids.
Arsène Vidal est un paysan de
60 ans du village de Dociné, dans la
périphérie des Gonaïves. Il se souvient avec nostalgie de sa jeunesse
lorsque
"traverser les épaisses forêts entre Terre-Neuve et les Gonaïves était
à
la fois un bel apprentissage de la nature et une aventure dangereuse à
cause
des brigands qui s'y cachaient".
"En tuant les arbres",
conclut-il, "nous avons tué
l'avenir".
AFP
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