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Communiqué
de presse à propos
des Etats généraux.
Je suis profondément surpris
par l’annonce qui a
été faite, le vendredi 27 mars sur RFO, précisant ma participation aux
Etats
généraux décidés par le Gouvernement. Je dirai même plus : je
suis indigné
par cette manière d’utiliser mon nom contre mon consentement, quoique
je ne
puisse dire d’où vient une telle erreur.
Précisons donc les
choses : je suis contre la
tenue immédiate de tels Etats généraux, ces derniers me paraissant
effectivement précipités dans la conjoncture actuelle. Je l’ai dit
publiquement
une première fois lors d’une émission télévisée sur RFO, lors d’un
débat
opposant sur cette question M. Chicot (lequel défendait la nécessité de
telles
assises) et moi. Même si j’ai dû quitter l’émission pour des raisons de
santé
j’ai tout de même eu le temps d’exprimer clairement ma position. Une
deuxième
fois, à RFO radio le lundi 16 mars j’ai eu encore tout le loisir de
développer
mon point de vue.
Mais ce qui me semble tout à
fait incompréhensible
concernant cette annonce que je déplore, c’est que le vendredi 20 mars,
le
Secrétaire de la Préfecture m’a appelé pour m’informer que le Préfet
Samuel
désirait que je participe aux Etats généraux, notamment que je préside
une
commission relative à l’identité. Je lui ai dit clairement mon
désaccord. Cinq
jours après, M. Samuel m’a téléphoné pour solliciter ma participation.
Nous en
avons longuement discuté, il m’a exposé les raisons de l’Etat, les préoccupations du
président Sarkozy
notamment. J’ai eu là encore tout le temps pour lui exprimer mon
désaccord.
Pour toutes ces raisons, il me semble tout à fait inadmissible qu’on m’associe ainsi
publiquement au
déroulement de ces Etats généraux. J’ai toujours pour habitude
d’exprimer le
plus clairement possible , en Guadeloupe comme ailleurs, mes accords et
désaccords. N’étant pas un homme politique mais un simple intellectuel
guadeloupéen –si on veut bien m’accorder ce titre- je n’ai pas
l’obligation de
soigner un électorat, de caresser l’opinion dans le
sens du poil, ce qui m’enlève toute gêne dans
l’expression
publique de mes convictions.
Je profite toutefois de cette
mise au point pour
développer brièvement ma position. Il y a plusieurs manières de
concevoir des
Etats généraux. Il y a des Etats généraux de la presse, des Etats
généraux de
la chasse. Il y a même eu, si je m’abuse, des Etats généraux du rhum.
Il
concerne tous une catégorie professionnelle ou un domaine d’activité.
Ce sont
des Etats généraux partiels. Mais il y eu aussi historiquement les
Etats généraux
ayant donné le coup d’envoi à la révolution française de 1789. Ceux-ci
ont donc
été globaux parce qu’ils ont concerné la société française toute
entière dans
une visée de transformation radicale mettant fin à l’Ancien régime. Il
me
semble –et je l’ai dit à M. Samuel- que si Etats généraux il devait y
avoir en
Guadeloupe, ils devraient être de cette dernière sorte. Le Préfet m’a
confirmé
que dans la conjoncture actuelle, l’Etat ne pouvait entreprendre que
des Etats
généraux partiels, vu l’urgence des questions à régler et que le
Gouvernement
espérait en venir à bout avant les élections européennes. Toute
légitime que
puisse être les préoccupations de l’Etat, j’ai répondu au Préfet que
pour moi,
depuis la départementalisation de 1946, c’était la première fois que
nous
assistions dans notre pays à une si forte contestation qui, au-delà de
la
question sociale,
exprimait quelque
chose de fondamental quant au devenir de la Guadeloupe. Le problème
n’était
donc pas simplement historique mais historial,
du moins est-ce l’expression qui m’est venue à l’esprit, à tort ou à
raison. De
surcroit, quelle peut être la valeur ou la pertinence de tels Etats
généraux
sans la participation de LKP, moteur tout de même de ce grand cyclone
social
qui a secoué notre pays ? Cela aussi je l’ai dit au Préfet
Samuel. Nous
nous sommes quittés sur de tels désaccords malgré cet échange
téléphonique
fructueux. J’ai simplement dit au Préfet que malgré mon opposition, si
toutes les parties concernées étaient toutefois d’accord pour
participer
aux Etats généraux, je reviendrais sur ma décision car l’apprenti
philosophe
que je suis ne peut décider seul, de son bureau, de l’évolution
historique de
sa société.
Il y d’autres raisons, plus
profondes, de mon
opposition à la tenue actuelle de ces Etats généraux. Je m’explique.
Dès le
début de la grève générale, malgré mes réserves exprimées clairement
dans mon
article Que voulons-nous
Guadeloupéens ? j’ai perçu dans le mouvement initié
par LKP, à tort ou
à raison, deux forts aspects positifs. Le premier consiste en une sorte
de mise
en branle de la société civile guadeloupéenne. Comme si, une volonté
guadeloupéenne inédite cherchait là à se faire entendre. Volonté qui
s’exprimait de façon première c’est-à-dire surtout dans le sentiment même si les revendications
sociales elles, étaient
défendues de façon parfaitement rationnelle. J’ai noté aussi une
autonomisation
de la société
civile, ce qui me
paraissait important pour notre pays. Je reste encore persuadé que
toute
évolution sociétale pour la Guadeloupe doit passer par ce renforcement
de la
société civile car nous ne sommes ni en 1789, ni en 1917 ni même à
l’époque des
grands mouvements de décolonisation car nous vivons dans un pays où
fonctionnent la liberté de parole, de manifestation en somme les
libertés
démocratiques fondamentales. J’attendais toutefois que l’on passât à
une
volonté plus rationnelle nécessaire à la clarté du vouloir et cela
n’est pas
possible sans le développement d’un authentique espace public
respectant
l’éthique de la discussion. Le deuxième point fort du mouvement,
c’était pour
moi sa dimension internationaliste. Dans la crise mondiale actuelle qui
n’est
qu’à ses débuts, la Guadeloupe semblait annoncer une voie originale de contestation de l’ordre
néolibéral. D’où
l’extrême attention dont elle a bénéficié
l’extérieur. Sur ces deux points, le mouvement
initié par LKP m’a
vraiment déçu. Il m’appartient dans l’avenir d’exprimer clairement et
honnêtement mes divergences avec les dirigeants de LKP mais dans un
climat plus
serein et plus constructif, ce qui ne me semble pas être le cas pour le
moment.
En résumé, pour moi il y a
trois étapes dont il
faut respecter la temporalité : 1) continuer à développer la
société civile,
dans toutes ses composantes pour la
clarification d’une volonté guadeloupéenne. 2) Tenue d’Etats généraux
3)
Elections car la société civile ne peut se substituer définitivement à
la
représentation politique issue des urnes. Je m’oppose sur ce dernier
point à
tous ceux qui sont encore dans la logique du Grand soir.
Voilà. J’espère avoir été
clair mais le débat reste
ouvert.
Jacky Dahomay
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