Le vingt
mars dernier, à l’auditorium de
l’Hôtel de ville de Paris , une
conférence par le professeur Serge
Romana, président du CM98,
sur l’avenir des antillais en France hexagonale.
Notons tout d’abord, que pour
le professeur, en Hexagone, il n’y a plus
de Martiniquais ou de Guadeloupéens, mais des Antillais. Notons aussi
que pour
le CM 98, il existe une communauté antillaise mais pas de communauté
ultramarine.
Selon le professeur, l’avenir
des Antillais, en tant que groupe humain,
est incertain. En effet, ce monde ne fonctionne pas comme groupe humain
de part
son identité à multiple facettes: noirs, créoles, métis, etc.…
Impossible donc
de se retrouver puisque ces identités ne recouvrent qu’une partie de
l’identité
“totale”. La communauté antillaise se trouve à l’heure du choix : de
société,
d’identité, de modèle économique, de politique.
Le LKP ayant apporté une
visibilité aux Antillais en Hexagone, ceux-ci
doivent faire le choix de leur identité et s’organiser en réseau
communautaire.
Pour le CM 98, le choix identitaire le plus cohérent est celui de
“antillais,
descendants d’esclaves”, capable de défendre un projet de groupe, et
dont les
élites, réunies en club, doivent être actives dans l’intérêt de leur
communauté.
Les réseaux actuels sont culturels et / ou religieux (Juifs,
Maghrébins,
Arméniens, etc…), économiques (Africagora), médiatiques (Africa n°1,
Radio J,
Beur FM, etc…). Le retard organisationnel de la communauté antillaise
serait dû
à sa “matrifocalité”, car ce type de société réussit mal. De plus, les
intellectuels seraient coupés de la réalité et les cadres coupés du
réel. Quand
on ajoute à cela la citoyenneté incomplète et torturée du “français….
entièrement à part”, le mal-être est patent. L’Antillais, en France
hexagonale,
doit choisir d’être “antillais descendant d’esclave et français”. Son
message
doit être clair et aller au-delà de la communauté, de façon à ce que la
République y trouve un intérêt, tout comme les “Ni putes, ni soumises”
font
appel à la République pour régler un problème intracommunautaire,
montrant
ainsi une volonté d’intégration.
Le discours sur la
“matrifocalité” et l’antillais “descendant
d’esclave” est parfaitement rodé et difficilement attaquable, tant
l’argumentation du professeur est séduisante, riche et précise.
Cependant,
choisir est-ce forcément abandonner ?
Le Guadeloupéen, en France
hexagonale, doit il oublier qu'il l'est,
doit-il oublier sa terre natale, ou celle de ses parents ? A entendre
le
professeur, la réponse est oui, simplement à cause du nombre. Tout
d'abord, la
communauté Antillaise est plus importante que la communauté
Guadeloupéenne ou
Martiniquaise, et même si telle ou telle association semble plus
Martiniquaise
ou plus Guadeloupéenne, ce n'est que par l'origine de sa présidence.
Ensuite, il
est impossible que tous les Guadeloupéens, ou tous les Martiniquais,
vivant en
Hexagone, retournent aux pays. C'est pour cela que l'avenir des
Guadeloupéens
et Martiniquais devenus Antillais, est en France hexagonale. Si ce
groupe
réussit à se fédérer, son poids dans la société hexagonale lui donnera
l'audience nécessaire à son épanouissement.
Il me semble que ce choix
d'abandon n'est pas nécessaire et qu'il irait
même à l'encontre du souhait fédérateur du professeur. En effet, durant
sa
conférence, il nous a fait remarquer la nécessité d'un arrière-pays
grâce aux
exemples des communautés actuelles en Hexagone. L’attachement, parfois
viscérale, de ces communautés à leurs pays d’origine ne les empêche
nullement
d'être des citoyens français, mais ils puisent leurs forces de leur
"là-bas", y compris pour ceux qui n'ont pas l'intention d'y
retourner.
Ce n'est pas au moment ou le
mouvement LKP a permis aux Guadeloupéens
de retrouver une dignité que ceux d'ici devraient oublier la part
d'eux-mêmes
qui est restée là-bas.
Comme l’affirme le professeur,
l’identité n’est pas la citoyenneté, en
ce sens on peut donc être Guadeloupéen ET citoyen français. C'est à
dire, faire
partie d'un peuple qui se reconnaît dans les valeurs de la République,
sur ce
point et l'Histoire de la Guadeloupe a démontré l'attachement de son
peuple à
celles-ci.
Il me semble qu'être
Guadeloupéen, c'est d'abord se déclarer tel, même
s'il s'agit d'une déclaration "refuge" qui offre aux
"négropolitains" un asile lorsqu'ils se font mal contre le "plafond
de verre".
Mais la simple déclaration ne
suffit pas, car elle n'est pas sans
implications et responsabilités. La première est d'effacer la
Guadeloupe des 3
S + Z (Sea, Sex, Sun and Zouk). En d'autres termes, aller en vacances
au pays
ne doit pas consister exclusivement à se faire rôtir le jour sur la
plage et se
donner des sensations "kolé-séré" toutes les nuits en boîte. Il
s'agira de prendre la "kadans" du pays, s'intégrer ou se réintégrer.
Ne pas débarquer en donneur de leçon, mais se comporter avec une
certaine
humilité et apprendre. Cela n'empêchera pas les échanges de points de
vue, mais
en ayant toujours à l'esprit que ceux qui vivent au pays sont dans un
environnement autre que celui de l'Hexagone.
La première responsabilité
pour les Antillais est de se tenir informé.
Aujourd'hui, l'Internet permet d'écouter RCI et RFO Guadeloupe, Radyo
Tanbou et
même Canal 10 en direct, sans pour autant se déconnecter de la réalité
hexagonale. En effet, ces radios diffusent les flashes et autres
journaux de
France Inter ou d'Europe 1, ainsi que d'autres émissions. Mais entre
les jeux,
les "répondeurs" et les Avis d'obsèques, il est possible garder le
tempo et le rythme du pays. En outre, cet Internet, donne accès à
d'autres
sources d'information et de critiques faites par les Antillais
eux-mêmes.
C'est-à-dire, la possibilité d'entendre les Guadeloupéens, les
Martiniquais
parler d'eux-mêmes, et non pas l'écho de leur parole confisquée et de
fait,
détournée.
Une autre implication est de
partager, discuter de ces informations
avec les autres Antillais en Hexagone, la discuter aussi avec les
Guadeloupéens, Martiniquais aux pays, ne pas simplement se contenter de
ce que
dirait tel ou tel parent ou ami là-bas. Ne pas s’effrayer inutilement
devant
les demandes de prise en charge, de responsabilités dans le
développement
endogène des Îles de Guadeloupe ou de Martinique.
Nombreux sont les Antillais
qui ne voient dans ces demandes que celle
de l’indépendance. Quand bien même cela serait, une indépendance se
prépare et
avant que la question soit posée, il faut déjà avoir mis en place le
financement et la réalisation des infrastructures rendant cette
indépendance
possible. Financement qui ne peut être obtenu que de la Métropole. Être
indépendant aujourd’hui, c’est simplement choisir ses interdépendances.
A
l’heure de la mondialisation planétaire, qui peut dire qu’entre l’UE,
l’Afrique, l’intégration dans l’OTAN, qui peut dire que la France est
indépendante ?
Quant à la responsabilité,
outre celle de chaque Antillais, celle des
présidents d'associations antillaises est grande, car il leur
appartient de
créer une fédération, Conseil ou Alliance au plus vite, parce que les
autorités
et responsables politiques ne discutent qu'avec les groupes constitués
et
représentatifs : discuter avec une multitude d'associations qui
devraient
représenter les mêmes intérêts n'a pas de sens.
Jean Élisabeth LARGITTE
– 30/03/2009 – 14:04
http://kkaruki.spaces.live.com/
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