fleurs des iles

PYEPIMANLA LE MAGAZINE ANTILLAIS 


Rester ou partir !

reunion avec les bekesLe 18/03/2009, Rue Oudinot, sur invitation de Monsieur Patrick Karam, Délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'Outre-mer, a eu lieu une rencontre-débat sur : « La place des Békés dans la société antillaise : mythes et réalités », avec Messieurs Willy Angèle[1], Président du Medef Guadeloupe ; Roger de Jaham[2]*, Chef d'entreprises ; Hervé Damoiseau2, Président des Rhums Damoiseau ; José Marraud Desgrottes2, Expert comptable, Jean-Louis de Lucy2, Agriculteur ; Philippe Lavil2, Artiste.

Messieurs Pierre Pluton, Maire d'Évry-Grégy-sur-Yerres; Serge Romana, Président du CM98 ; Daniel Dalin, Président du Collectif Dom, étaient les Antillais chargés de les questionner.

Une situation inédite, voire historique : des représentants de la communauté. békée devant un auditoire massivement afro-caribéen.

Ces représentants étaient venus là pour se défendre d’être les faiseurs de pluie et de beau temps aux Antilles et plus particulièrement en Martinique, puisque de békés guadeloupéens, il n’y en a plus depuis 1794 et Victor Hugues. Sauf que, outre les blancs-pays, il y en a en Guadeloupe, ce qui explique la présence de Monsieur Damoiseau.

D’emblée, Monsieur Willy Angèle, qui n’est pas béké, ni blanc-pays, donne à cette rencontre une orientation purement économiste, appelant de ses vœux à une Guadeloupe qui sorte de l’économie de consommation et entre dans celle de la production, écartant la « question békée » comme « non-fondamentale ». La Guadeloupe se « divisant » en « gens intéressants ou non » au regard du développement de l’Île.

La prestation de Monsieur Angèle ayant été trop longue, Monsieur Philippe Lavil a été particulièrement bref, le temps de nous affirmer que dans le milieu artistique il n’y a pas de racisme.

Ces deux premiers intervenants, devant quitter la réunion, il n’a pas été possible de les interroger.

Dommage, car Monsieur Lavil a oublié de signaler la quasi inexistence d’acteurs visiblement antillais dans les séries ou le cinéma français, l’inexistence des chanteurs du même cru dans les grandes variétés télévisuelles.

Désolé Monsieur Lavil, il existe un racisme dans les instances de décisions ! Combien de fois Kassav’ sur Tf1 ou Mehdi Custos qui, pourtant, fait un carton et les têtes de gondoles à la Fnac ? Faut-il rappeler le 20 heures de Tf1 sans Harry Roselmack, ni de la déclaration du président de la République sur la non-entrée des Africains dans l’Histoire et leur inadéquation mentale au progrès ?

Quand Monsieur Angèle nous affirme que GBH[3] ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt, car il ne représente que 1200 salariés en Guadeloupe, et que son intérêt se porte sur les 79000 autres, il fait l’impasse sur les cadres exclusivement non indo ou afro-caribéens de ce groupe en Guadeloupe. Or c’est de cela qu’il devait être question.

La place d’une communauté dans une société ne se mesure pas uniquement en poids économique, il y a aussi le poids historique qui, par les constructions mises en place, structure le présent.

S’il est vrai que l’on ne peut refaire l’Histoire passée, en revanche, on peut, on doit faire celle à venir, mais elle ne peut se bâtir sur des mensonges, fussent-ils par omission.

Monsieur de Jaham, intervenant ensuite, nous invitera à remarquer la « singularité » du débat, affirmant que l’on pourrait « remplacer béké, par juif ». Comparaison éhontée, face à l’assemblée qu’il rencontrait suite à la dénonciation de la « pwofitasyon ». Monsieur de Jaham, la masse du peuple n’a jamais voulu que votre communauté se fermât, s’enfermât sur elle-même, comme le montrait si pratiquement, si physiquement l’arbre généalogique en forme de cercle, exhibé par Monsieur Huyques-Despointes dans le maintenant fameux documentaire de Canal Plus. Monsieur de Jaham votre communauté n’est pas la victime dans cette affaire !

Monsieur de Jaham, a  déclaré publiquement en 1998, bien avant la Loi Taubira, que l’esclavage était un crime contre l’Humanité, a fondé une association « Tous créoles », alors il ne comprend pas pourquoi la majorité du peuple en veut tant à sa communauté. Et pourtant, il a précisé lui-même que son texte de 1998 a été signé par « 450 békés sur 2000 ». Monsieur de Jaham, ce ne sont que 450 sur 2000, pas même la moitié !

Monsieur de Lucy ramènera la rencontre sur le plan économique, nous expliquant qu’il a acheté les terres de son exploitation à un parent, avec crédit et intérêts. Faisons-lui confiance sur ce point, mais cet achat doit certainement dater de l’époque où les banques, aux Antilles, étaient propriétés de sa communauté. Donc, il achète à un parent, celui-ci se constitue un capital financier qu’il aura certainement place dans l’import/export, le prêt obtenu enrichit la banque par les intérêts générés : l’ensemble faisant la fortune de la communauté dans un système à l’époque verrouillé.

Aujourd’hui, les békés n’ont plus les banques, toutefois il est logique de penser que leur assise financière leur permet d’obtenir le soutien de celles-ci. De plus, leur position dans l’import, au sein d’une économie de consommation, leur mainmise sur les deux productions majeures à l’export, leur confèrent une place particulièrement importante dans les sociétés guadeloupéenne et martiniquaise.

Certes, leur poids économique n’est peut-être plus celui du début de la départementalisation et « sa stratégie de rattrapage », pour reprendre l’expression de Willy Angèle, qui affirmait au passage, la faiblesse actuelle de la France, et invitait les Guadeloupéens à être des "catalans", semblant tenir ainsi un discours autonomiste.

Au bout du compte, cette grande pleurnicherie, organisée, mais heureusement désorganisée par l’intervention de Monsieur Serge Romana, qui a réclamé et obtenue que la parole soit donnée à la salle, aura permis que le moment soit celui d’une rencontre historique. Pas pour la masse du peuple antillais qui se bat et se débat avec son Histoire depuis si longtemps, mais, n’en déplaise à ceux qui voient du racisme partout autre que chez eux,  ce fut bien pour la communauté békée, ou au moins pour ses membres présent ce soir-là.

A force de ne vouloir placer le débat que sur le plan économique, elle aura laissé poindre le choix, dramatique pour elle, devant lequel elle se trouve : rester ou partir.

Rester, s’ils sont aussi Guadeloupéens que se dit Monsieur Damoiseau, ou Martiniquais, et fabriquer l’avenir de la Guadeloupe ou de la Martinique avec, et non pas à côté, de la masse du peuple, faute de quoi elle disparaîtra biologiquement et économiquement. Biologiquement, car l’endogamie, désolé Monsieur Huygues-Despointes, ne permet aucune préservation ; économiquement par les coups portés par le capitalisme international ou simplement européen.

Alors oui, Monsieur Angèle, il y a des personnes dignes d’intérêt pour l’avenir, oui Monsieur Karam, nous avons intérêt à un capitalisme « national »[4], bien que vous n’ayez pas repris le terme qui, en conclusion,  aurait été le plus juste, eut égard à la proposition introductive de « catalanisation » de Monsieur Angèle.

Jean Élisabeth LARGITTE – 21/03/2009




[1] non-béké, PDG de Serecco, 1989 (Produit : logiciel Cligest d’optimisation de comptes clients, audit, conseil, formation, externalisation, recouvrement installée en Guadeloupe, filiale à Lyon en 2000)

[2] Béké, se présentant comme faisant partie de cette communauté.

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[3] Groupe Bernard Hayot

[4] Nation, venant du latin "nascere" signifiant "naître". La "nation" conçue comme "un ensemble humain, ayant une histoire, une culture et une langue communes qui vit ensemble, qui projette de continuer à vire ensemble, sans que l’origine raciale ou religieuse n’ait d’importance"