fleurs des iles

PYEPIMANLA LE MAGAZINE ANTILLAIS 


Insurrection à Fort-de-France, le 6 mars 2009

voiture en feu a fort de france martinique

    -Résumé d'informations fournies par RCI-

Alors que le "Collectif du 5 février 2009" et les représentants des socio-professionnels devaient finaliser et  co-signer un protocole d'accord sur les principales revendications, les békés et autres socio-professionnels sympathisants de tous bords ont décidé ici et en Guadeloupe de répliquer par une grève des patrons, entraînant avec eux certains de leurs travailleurs.

N'oublions pas qu'un film sur nos békés a été très d'actualité ces temps-ci, vu et/ou entendu par toute la population. Un des békés les plus riches du pays, Hugues-Despointes, est poursuivi pour son excès de racisme et de mépris à l'égard des descendants d'esclaves, de tous les métis.

Pendant la grève, les patrons parlent du droit au travail pour ceux qui sont volontaires, le tribunal parle de poursuivre les syndicalistes qui s'opposent à ce droit et qui sont souvent responsables des barrages aux accès des centres industriels et des grands centres commerciaux.

Les principales revendications du préfet -gouverneur de la colonie- portent sur sa mission de faire respecter les lois et l'autorité majeure de la lointaine République -rappelons-le : 7000 km nous séparent de cette "métropole"-. Les forces de l'ordre, renforcées ces temps-ci, sont mises à sa disposition pour intervenir à sa demande.

Les patrons ont décidé aujourd'hui de marcher sur Fort-de-France pour se rendre à la préfecture. Le Collectif s'est massivement opposé à ce qu'il considère comme une provocation, une forme de réplique, ce convoi des socio-professionnels, en dressant des barrages partout où plus de 2 Km de leurs manifestants, en voitures, à pied et derrière des machines agricoles roulant lentement et provoquant aussi des embouteillages sur l'autoroute et sur la rocade de la ville.

Des jeunes  "nèg mawon" cagoulés, mêlés aux membres du collectif en T-shirts rouges  contrôlaient  les véhicules légers et ont confondu blancs de France et blancs créoles, les obligeaient à sortir pour les mettre et les confondre dans la foule ; ceux qui contestaient ont eu leurs véhicules bousculés... Des camions et des escadrons de gendarmes -en d'autres termes, des mamblos (ou mouns-bleus)- en tenues de Romains casqués, munis de boucliers en plastique et armés de grenades lacrymogènes sont intervenus à Trenelle, provoquant l'énervement des jeunes et quelques membres du collectif. A partir de 14H00, la situation a dégénéré sur la rocade à Trénelle, à Terres Sainville, un peu autour de la préfecture et même le tribunal qui se trouve protégé par les forces de l'ordre. Des jets pierres et de grenades lacrymogènes ont provoqué la panique surtout à Trénelle, évènements couverts par les média ; même le centre du PPM à Trénelle a été encadrée et perturbée par ces militaires. Le maire de la ville, Serge LETCHIMY, avec quelques autres élus, se sont interposés entre la population et les militaires. Un habitant du coin a reçu des éclats dune grenade lacrymogène et a été blessé sans gravité ne nécessitant pas son hospitalisation. Des plombs de fusils de chasse ont atteint et laissé des traces sur certains soldats. Des véhicules des békés et des machines agricoles  faisant  partie du cortège sont attaqués et même parfois réformés par les insurgés.

Les personnes ont été un moment dispersées par les gaz et sont revenues de plus belle en réunion et aussi par curiosité. Le maire a finalement obtenu du préfet que les forces se retirent. Vers 16H30, les militaires ont enfin fait demi-tour par une brèche ouverte à coup de masse dans les remparts séparant les pistes et sont repartis. Aucun blessé grave n'est à déplorer. Le calme revenu, les gens se sont regroupés avec le chant de ralliement : "Péyi Matinik sé ta nou, nou ké fouté lé pofitè déwô..."  Entre temps, les gendarmes se sont rendus ailleurs face à d'autres troupes.

On peut dire que ce sont des affrontements comme au Moyen-Orient, gaz contre jets de pierres et de bouteilles ; à certains endroits dans les rues on met le feu à l'aide de pneus et de caisses de bois. Sur la Savane et au Haut-du-Port, ont lieu des échanges, projectiles contre grenades lacrymogènes. Les gendarmes confrontés aux jeunes, qui sont d'ailleurs très organisés et très mobiles, investissent le Haut-du-Port ; puis, entre chiens et loups, se sont repliés au niveau de France-Antilles. La maison des Syndicats a été aussi leur cible, un hélicoptère de l'armée en renfort a projeté des grenades lacrymogènes.

Les téléphones fixes et portables ont rendu services partout où ça a été nécessaire, les ondes se sont entrecroisées.

Enfin, de nombreuses personnes ont appelé sur RCI et RFO-Martinique, comme suite à un cyclone ou autre cataclysme, pour connaître les itinéraires les plus dégagés, les moins risqués, afin d'arriver chez elles en communes.

La séance de négociation qui devait reprendre à la préfecture a été un moment suspendue.

A Fort-de-France, il y a un climat de tension telle que la nuit s'est annoncée inquiétante.

Le soir nous avons suivi les informations radio-télévisées pas réjouissantes, mais sans trop de gravité sur les personnes de la Guadeloupe et de la Martinique.

D'après les nouvelles de ce matin du 7 mars, il y a eu quelques dégradations, des feux de poubelles et des véhicules brûlés, dans la  nuit à Fort-de-France et ailleurs. Les soldats du feu et les forces  l'ordre ont eu à intervenir.

Nous intervenons et nous battons ici pour obtenir justice, comme il se doit.

Nous pensons à nos compatriotes qui sont de l'autre côté, qui sont attentifs à ce qui se passe aux Antilles et qui réagissent comme ils le peuvent. Hélas !

Voici, quelques photos d'ambiances avant les affrontements.

Mike IRASQUE, tu ajoutes les photos du jour. Merci.

Léis

Martinique, le 7 mars 2009