ET MAINTENANT
CONTRE TOUS
LES « PWOFITè » ET LA « PWOFITASYON » DE L’ETAT COLONIAL FRANÇAIS EN
AVANT POUR
LA CONSTRUCTION D’UNE MARTINIQUE MARTINIQUAISE.
Les
38 jours de grève générale qui ont marqué la Martinique revêtent
incontestablement un caractère historique du fait tant de son ampleur
que du
niveau exceptionnel de la mobilisation populaire. Des milliers et des
milliers
de manifestants tous les jours dans les rues de Fort de France, des
milliers de
martiniquais en état de mobilisation dans tout le pays, des centaines
de
militants sur les barrages aux entrées des principales zones
d’activités, une
adhésion populaire massive au mouvement dirigé par le « collectif du 5
février
2009 contre la vie chère, pour le pouvoir d’achat et l’emploi ».
Quoiqu’en
disent les détracteurs de ce formidable mouvement de résistance
contre la « pwofitasyon », les succès de la mobilisation sont
conséquents. Plus
de 236 points d’accords immédiats ont été arrachés et actés. Près d’une
centaine sont encore en cours de négociation. Les points d’accord
concernent
les domaines les plus divers comme la baisse des prix de 20 % sur 100
familles
de produits, les tarifs bancaires, le logement social, les assurances,
les
mutuelles, les transports, l’éducation, la santé, l’agriculture, les
salaires,
la fonction
publique
...
DES
VICTOIRES INCONTESTABLES…
Ces
points d’accord arrachés de haute lutte sont le fruit de la
mobilisation.
Ce sont des VICTOIRES.
Bien
évidemment ces acquis ne règlent pas tout. Beaucoup d’entre eux ont un
caractère éphémère, beaucoup de revendications avancées restent encore
sans
réponse tant au niveau du patronat que de l’Etat ou des collectivités
locales.
A
cet égard, le PKLS appelle les martiniquais à poursuivre la
mobilisation afin
que l’on ne reprenne pas d’une main, ce que l’autre main a dû céder à
contre
cœur sous la pression de la mobilisation populaire. C’est ainsi que les
comités
de contrôle de quartier pour la baisse des prix initiés par le
collectif du 5
février doivent être renforcés dans tout le pays. Dans les entreprises
la
vigilance s’impose également pour le respect effectif des accords
signés. De
même que doit se poursuivre sans relâche la lutte pour les
revendications
essentielles comme le droit de vivre et de travailler au pays, la
sauvegarde
des services publics dans l’intérêt de tous, l’exigence des revenus
décents
pour les milliers de martiniquais qui vivent dans la précarité…
Cependant
la victoire du mouvement du 5 février ne saurait s’arrêter à ces
acquis. Elle augure l’orientation des luttes de demain :
·
Le renforcement de l’unité syndicale, sans quoi aucune avancée
d’ampleur ne
saurait être viable
·
La victoire du mouvement s’apprécie également par la participation
massive
des femmes sur les bases de revendications générales avancées mais
aussi pour
la conquête légitime dans tous domaines de l’égalité des sexes.
·
L’engagement déterminé de la
jeunesse. Cette jeunesse que d’aucuns
jugeaient amorphe, perdue,
« Krazé » et qui a été à bien des égards l’élément dynamique de la
résistance
populaire ;
·
La libération de la parole des femmes et des hommes de notre Martinique
sur leur
ressenti enfoui d’êtres humains vivant en pays dominé, en pays
colonisé. Oui
grâce au mouvement du 5 février la parole s’est libérée…. Enfin…
·
La pleine conscience de la puissance des masses populaires donc de
nous-mêmes
« ANSANM NOU PLI FÒ » face à l’Etat français et au grand patronat.
·
L’éclosion de la conscience de classe chez bon nombre de martiniquais
en
particulier ceux des jeunes générations exprimée en termes nouveaux :
les «
pwofitè », la « pwofitasyon ». La découverte révoltante chez eux d’une
société
dans laquelle la caste béké vivant dans le mythe chimérique de la
nécessité de
la préservation de la « race » s’octroyait le privilège, comme disait
notre
camarade Marcel Manville « de la peau et du drapeau », de jouir des
fruits de
l’exploitation esclavagiste en toute tranquillité et en toute
arrogance.
·
L’aspiration déterminée de nous approprier notre passé, notre
histoire, notre
culture en nous débarrassant des oripeaux, des mensonges et des
falsifications
historiques instrumentalisées par l’état colonial.
·
L’ardent désir de construire une société nouvelle plus égalitaire, plus
humaine plus fraternelle en jetant par-dessus bord les « pwofitè » : «
nou kay
fouté yo déwò »
·
L’explosion du mal être, conscients ou pas des femmes et des hommes de
notre
pays contraints de survivre dans une société ( pas post coloniale) mais
véritablement coloniale dans laquelle les chaines de fer, les chaînes
aux
pieds, les chaînes aux bras ont été habilement relayées par les moyens
modernes
de « vèglaj » destinés à nous endormir, à nous immobiliser afin que
s’accomplissent
en douceur les grands desseins de dominateurs : le génocide par
substitution et
la liquéfaction de notre peuple sacrifié sur l’autel du profit des
monopoles
capitalistes et de leurs comparses, c'est-à-dire tous ceux qui
soutiennent le
système.
·
Le renforcement de la méfiance accrue vis-à-vis des politiciens
gestionnaires
des institutions coloniales qui, après avoir été des plus réservés
vis-à-vis de
l’extension de la grève générale, s’y sont ralliés par opportunisme,
pour finir
par critiquer ouvertement « la méthode » comme si leur méthode de
gestionnaire,
bon colonisé, qui aboutit en définitive à endormir notre peuple serait
la
meilleure.
Il
convient à cet égard :
De
considérer comme il se doit le rôle des « collectivités locales »
promptes à
jouer le rôle de tampon entre l’Etat français et le grand patronat
d’une part,
et les revendications légitimes des travailleurs d’autre part. La
participation
du conseil régional et du conseil général au financement de la baisse
des prix
et de la hausse des bas salaires au détriment de leurs budgets propres
pour
acheter la « paix sociale » en préservant les profits du patronat et la
contribution de l’Etat français ne parviendra pas à freiner le
discrédit
affectant les élus qui dirigent ces assemblées coloniales.
De
mesurer la duplicité et la roublardise de l’Etat colonial français tout
au
long du conflit. De principal responsable de la situation
catastrophique dans
laquelle se trouve notre pays il n’a pas cessé à travers ses
représentants
(Préfet- gouverneur, et ministre des colonies) à œuvrer pour redorer
son blason
s’octroyant le rôle de prétendu médiateur au dessus de la mêlée tout en
ayant
soin de ne porter aucune réponse concrète aux questions fondamentales
impliquant son engagement réel ;
NON
AUX VÈGLAJ DE L’ETAT COLONIAL FRANCAIS
Le
PKLS appelle les martiniquais a ne pas se bercer d’illusions sur les
propositions avancées par les gouvernants français et qui ne sont
destinées
qu’à nous détourner de la lutte Les Etats généraux proposés par le
Président de
la république française se situent dans la lignée des colloques, des
séminaires, des grands messes organisées régulièrement par le pouvoir
français
pour rabibocher au mieux de ses intérêts un système pourri en faisant
croire
qu’il se « penche » sur nos problèmes. Une fois de plus, le but de la
manœuvre
consistera à faire avaliser par les « locaux » ses solutions éculées
ses
recettes défraîchies qui ont pour nom « zones franches », exonérations
fiscales
au profit du grand patronat et aujourd’hui trouvaille nouvelle «
ouverture à la
concurrence ». Les martiniquais n’ont que faire de cette ouverture à la
concurrence proposée qui consiste en définitive à organiser la
pénétration
encore plus massive des grands groupes monopolistiques français et
européens avides
de conquérir de nouveaux marchés aussi infimes soient-ils. Cette
démarche du
pouvoir français consiste à nous maintenir dans une logique de
sous-développement durable et de totale dépendance économique au
détriment
d’une logique d’économie de production mettant en valeur nos ressources
propres
dans l’intérêt bien compris de notre pays.
Quant
à « l’évolution institutionnelle » qu’il appelle de ses vœux elle n’est
destinée qu’à aménager, qu’à replâtrer son système de domination.
LA
QUESTION MAJEURE : LA PLEINE RESPONSABILITE MARTINIQUAISE
Le
PKLS invite les martiniquais à ne pas s’enfermer dans des débats
stériles et
à s’attaquer aux problèmes de fond que seule la mobilisation populaire
massive
et déterminée peut résoudre. L’enfermement dans la constitution
française et de
ses articles 73,74 ou autres ne permet pas de s’attaquer à ces
problèmes de
fond. Aucune assemblée coloniale, fut elle « unique » aucune autonomie
«
chòlòlò » (tel que le désire le gouvernement français et les élus
martiniquais du
« congrès ») ne répondra pas aux aspirations de la jeunesse
martiniquaise de «
vivre et travailler au pays ».
Il
ne permettra pas davantage de récupérer des mains des békés la terre
martiniquaise au profit de la collectivité martiniquaise et d’en finir
avec
l’agriculture coloniale de monoculture, de bâtir une économie
martiniquaise de
redonner espoir à notre peuple et à notre jeunesse.
La
mise en œuvre des solutions véritables pour sortir de la logique
coloniale
de la dépendance ne peut se faire que par un pouvoir martiniquais
contrôlé par
le peuple dans un Etat indépendant.
Aujourd’hui,
en totale rupture avec les politiciens de divers bords qui
prétendent que cette question n’est pas à l’ordre du jour,
imposons-leur, comme
nous leur avons imposé la dernière grève générale, notre ordre du jour.
Rejetons
leurs manœuvres politiciennes, leur calcul minable pour la
préservation de leurs petits intérêts sordides et prenons le chemin de
la lutte
en vue de la reconnaissance du peuple martiniquais et de son droit à
l’autodétermination, de la conquête du pouvoir politique et de la
constitution
de l’ETAT MARTINIQUAIS.
Ce
changement véritable ne peut venir ni des lois françaises, ni des
arrangements concoctés par les politiciens, mais de NOUS-MEMES, PEUPLE
MARTINIQUAIS.
Poursuivons
le combat entamé le 5 février sur le terrain politique pour
l’émancipation de notre peuple et la construction d’une Martinique
nouvelle
ouvrant une nouvelle page de son histoire.
PLI DOUVAN POU MATÉ LES PWOFITÈ EK MÉTÉ MATINIK
DOUBOUT !
MATINIK SÉ TA NOU, MATINIK SÉ PA TA YO.
ANSANM, ANSANM, NOU KÉ PWAN YO
Martinique 31 mars 2009
Pour le PKLS
J. P. ETILE
|
|