«
RENDEZ-MOI MA FEMME »
Jean Ronald Amilcar, ses deux enfants en bas âge sur les genoux
(Nephtaline 13
mois et Donald deux ans et demi), espère le retour de sa compagne,
Guerline
Pierre (en médaillon), reconduite en Haïti lundi.

(PHOTO : DOMINIQUE
CHOMEREAU-LAMOTTE)
La
compagne de Jean Ronald Amilcar,
Guerline Pierre, a été reconduite en Haïti lundi, quelques heures après
son
interpellation. Sa carte de séjour avait expiré le 21 janvier et elle
n'a pas
pu faire les démarches pour la renouveler pour cause de grève générale.
Jean
Ronald Amilcar, seul avec ses deux enfants en bas âge, en appelle au
préfet,
Nicolas Desforges.
«
Comment je fais sans ma femme ?
Comment je fais pour aller travailler et les nourrir ? Donald pleure.
Il a
demandé sa maman toute la journée. Il ne peut pas vivre sans sa
maman... » Jean
Ronald Amilcar, ses deux enfants en bas âge sur les genoux, est
déboussolé
lundi soir. Sa compagne, Guerline Pierre, la mère de Nephtaline (13
mois) et de
Donald (deux ans et demi), a été arrêtée le matin même à Pointe-à-Pitre.
«
La police aux frontières a fait un
contrôle d'identité près du marché de Bergevin. » Et Mme Pierre n'était
pas en
règle. La carte de séjour de la compagne de Jean Ronald Amilcar avait
expiré le
21 janvier. « Elle devait faire les démarches pour la renouveler, mais,
à cause
de la grève, elle n'a pas pu. Il fallait aller à Basse-Terre et on
habite
Sainte-Rose. Elle devait aller à la préfecture la semaine prochaine. »
Lundi
après-midi, Jean Ronald a
récupéré ses enfants. Le soir même, d'après le peu qu'il en savait,
Guerline
Pierre avait déjà été reconduite en Haïti. « On m'a dit qu'elle était
en garde
à vue et qu'elle allait passer en rétention. Peu de temps après, elle
m'a
appelée pour me dire qu'elle était déjà à l'aéroport. »
Appel
à la solidarité
Lundi
soir, elle est arrivée à Port
au Prince et Jean Ronald était très inquiet. « Par rapport à la
situation
là-bas. Je n'ai aucun moyen de la contacter. Elle est partie sans rien.
Sans
ses affaires, sans argent. » Il y a bien sa mère qui vit encore en
Haïti, «
Mais loin de Port au Prince » .
Jean
Ronald se demandait comment
elle allait se débrouiller là-bas. Dans la soirée, il a enfin eu des
nouvelles.
« Elle a réussi à m'appeler, vers 23 heures. Elle a trouvé quelqu'un
qui devait
l'emmener chez sa mère. Mais elle n'est pas bien. Elle est très
attristée à
cause des enfants. »
Jean
Ronald Amilcar en appelle au
préfet, Nicolas Desforges. « Je veux que M. Desforges soit au courant
de notre
situation. Qu'il prenne une décision d'urgence pour que Guerline
retourne en
Guadeloupe pour s'occuper de ses deux enfants. Surtout Donald, qui est
malade.
» Jean Ronald présente des papiers du CHU, un certificat médical. «
Donald est
né prématuré et il a des problèmes broncho-pulmonaires. Il doit se
faire
soigner ici. En Haïti, il ne peut pas » .
Jean
Ronald, qui vit en Guadeloupe
depuis huit ans, dit ne pas comprendre. « Depuis le 1er mai 2001, on
n'a jamais
eu de problèmes pour le renouvellement des papiers. » Il lance un appel
à la
solidarité. « Des Guadeloupéens, de mes compatriotes, de tous les
peuples qui vivent
en Guadeloupe. Pour se mobiliser et demander sans tarder le retour de
Guerline
Pierre. » Hier, il projetait de se rendre en préfecture aujourd'hui. «
Pour
savoir ce que le préfet a décidé. »
-
REPERES
La
reconduite à la frontière
La
reconduite à la frontière est une
décision par laquelle le préfet oblige une personne à quitter le
territoire
français. Il s'agit d'un arrêté préfectoral qui peut être immédiatement
exécuté, sauf si la personne forme un recours contre cet arrêté. Si
elle n'a
pas demandé le renouvellement de son titre de séjour temporaire et si
elle
s'est maintenue sur le territoire français au-delà d'un mois suivant
l'expiration de ce titre, elle peut être reconduite à la frontière.
La
notification de l'arrêté
L'arrêté
de reconduite à la frontière,
depuis la loi du 24 juillet 2006, peut être notifié par la seule voie
administrative.
Concrètement,
à la suite d'un
contrôle d'identité sur la voie publique ou d'une démarche
administrative à la
préfecture.
Les
recours possibles
La
personne en situation irrégulière
peut exercer des recours contre plusieurs décisions dont elle a fait
l'objet :
contre la décision de refus de séjour, l'arrêté de reconduite à la
frontière
et/ou la décision fixant le pays de renvoi, les décisions concernant le
cas échéant
une rétention administrative, une assignation à résidence.
Les
modalités de ces recours sont
différentes et ils sont plus ou moins efficaces.
-
Le dossier en cours
d'analyse
Contactée
hier, la préfecture n'a
pas souhaité communiquer au sujet de la reconduite à la frontière de
Guerline
Pierre, mais a fait savoir que la question a été posée et que le
dossier était
en cours d'analyse.
-
Suivi médical jusqu'à ses
6 ans
Dans
le certificat médical fourni
par Jean Ronald Amilcar, fait à la demande des parents et daté du 15
octobre
2008, un médecin du CHU certifie, « que l'état de santé de l'enfant
Amilcar
Donald Ishmaël, né le 8 juin 2006 prématurément (...), compliqué d'une
dysplasie broncho-pulmonaire, nécessite une prise en charge médicale ne
pouvant
être assurée dans le pays d'origine de ses parents » . Il est précisé
que « la
prise en charge de cet enfant doit être poursuivie jusqu'à ses 6 ans.
La
présence de sa mère Guerline Pierre et de son père Amilcar Jean Ronald
est donc
nécessaire. Il est donc nécessaire qu'ils puissent bénéficier du
renouvellement
de la carte de séjour afin d'assurer la continuité de la prise en
charge de cet
enfant » .
V.D.
France-Antilles
Guadeloupe
11.03.2009
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