L’identité
réunionnaise s’impose dans la manif
Deux semaines
après le début du mouvement dans l’île, 36 associations ont créé un
“collectif
culturel” qui veut ajouter des revendications identitaires ou
éducatives à celles
du Cospar. Avec une réelle diversité (voire divergence) des opinions.

photo Erwanicolas
“Tien
bon séré, la pa pou largué”. Au rythme du slogan (traduction :
“tiens bon,
on ne lâchera pas”), la revendication identitaire s’est imposée hier
dans la
manifestation du Cospar. Deux semaines après le départ du mouvement à
La
Réunion, et deux mois après le début de la révolte antillaise, 36
associations réunionnaises
viennent de créer un “collectif culturel” qui tient à marquer sa
différence.
“Nous, on soutient à 200% le Cospar”, explique Laurent Médéa,
sociologue, qui
se présente comme “acteur culturel et associatif”. “Mais les thèmes ne
portaient jusqu’à présent que sur l’économie, sans aucune revendication
culturelle, identitaire ou éducative. On ne critique pas ;
mais nous
voulons amener cette réflexion. Nous sommes dans le même train, sans
être dans
le même wagon”. Signe d’une réelle diversité dans ce “collectif
culturel”, les
quelque 60 manifestants affichent des opinions parfois divergentes. “Il
était
prévu qu’il n’y aurait aucun drapeau ; et on en voit deux”,
déplore une
enseignante. D’autres brandissent des pancartes ou calicots dont
l’orthographe créole
donne des boutons à certains ; on peine à traduire “Nyabou an
Rényoné”
inscrit sur une grande banderole noire. Franswa Sintomer, traducteur
d’Astérix
en créole, habillé d’un sac-poubelle en guise d’imperméable, brandit
fièrement
un “drapeau culturel de La Réunion”, comme il le décrit lui-même.
Soleil jaune
sur une montagne rouge, chacune des cinq couleurs a une signification
(lire
ci-dessous). Franswa Sintomer revendique-t-il l’indépendance ?
“Non,
l’indépendance, c’est le peuple qui décide.”
“L’apprentissage
de la culture réunionnaise à l’école”
Quelques
pas plus loin, Fabrice Georger, professeur de créole et auteur d’un
livre sur
son expérience pédagogique, évoque un “regroupement spontané
d’associations”.
Il y a l’Office de la langue créole, des gens de théâtre, l’association
Tikouti
qui rassemble des professeurs dont le mot d’ordre est “la langue et la
culture
françaises font tout autant partie de l’identité réunionnaise que la
langue et
la culture créoles”... Caché sous son coupe-vent, Reynolds Michel
débarque du
Vietnam. Ce prêtre militant, connu pour sa participation à la création
d’un
groupe “Témoignage chrétien” en 1969 et pour son expulsion en 1970,
marche
discrètement. “Je me présente comme un Réunionnais d’origine
mauricienne, de
nationalité française. Je suis ici par solidarité : il y a
énormément de
problèmes à La Réunion. Il n’y aura pas de développement authentique
sans la
culture, c’est un pilier essentiel”. Laurent Médéa insiste :
“On veut se
battre pour éradiquer l’illettrisme, favoriser l’apprentissage de la
culture
réunionnaise dans le cursus scolaire. On va demander que les
Réunionnais soient
favorisés pour l’emploi, à compétences égales.” Le tout nouveau
collectif
devait se réunir hier après-midi pour décider de la suite des événements
Véronique
Hummel
Cinq couleurs pour un “drapeau
culturel de La Réunion” Soleil jaune sur une montagne rouge :
les cinq
couleurs du “drapeau culturel de La Réunion” ont chacune une
signification.
Selon le texte proposé par Franswa Sintomer : “Rouge, noir,
jaune bleu,
vert. (...) Le rouge est la couleur du volcan qui est sorti de la mer
pour
faire La Réunion. Le noir de la douleur de l’esclavage que les
exploiteurs
français ont répandu sur la terre réunionnaise. Le jaune de la
souffrance que
les ancêtres ont connue avec la France. Le bleu du ciel et de la mer
quand il
ne vente pas sur le pays réunionnais. Le vert, couleur de notre espoir
de
sortir de l’ombre pour vivre notre liberté”.
Source
20
mars 2009
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