ZIMBABWE
Dix
ans de sanctions économiques, ça suffit !
Plus de 3000
morts et près de 70 000 malades du choléra au Zimbabwe,
avec des risques de propagation de l’épidémie aux pays voisins, n'ont
donc pas
suffi à mettre un terme aux sanctions économiques que la
Grande-Bretagne et ses
alliés infligent à ce pays depuis la fin de la décennie 90. C'est ainsi
que le
Conseil de l'Europe, à l'issue de sa session du 26 janvier 2009, a
décidé de
"proroger d'une année la position commune concernant les mesures
restrictives à l'encontre du Zimbabwe". D'une extrême gravité, une
telle
décision ne peut qu'exacerber une situation déjà caractérisée par un
taux de
chômage (94%) et d'inflation qui sont les plus élevés au monde, la
pénurie
alimentaire dont souffrent près de 7 millions de personnes, la
déscolarisation
des enfants ainsi que la fuite des bras et des cerveaux dont de
nombreux
enseignants et membres du personnel soignant.
L’unique tort
du peuple zimbabwéen, ainsi privé de travail, de revenu,
d’eau potable, de soins de santé et de nourriture – condamné, en somme,
à une
véritable descente aux enfers - est d’être dirigé par Robert Mugabe
dont
l’éviction a été exigée pendant de longues semaines de campagne de
déstabilisation
et de diabolisation. L'ancienne puissance coloniale, les adversaires
politiques
du Président zimbabwéen ainsi que des ONG et les médias dominants
l’accusent
d’avoir ruiné son pays, de violer les droits de ses concitoyens et de
se
maintenir au pouvoir par la répression des opposants et la fraude
électorale. A
défaut de sa démission, le partage du pouvoir avec son principal rival,
Morgan
Tsvangirai, vient d'être conclu après quatre mois de négociations au
cours
desquelles le Président du Mouvement pour le Changement Démocratique
(MDC)
exigeait, en plus du poste de Premier ministre, le contrôle de postes
ministériels stratégiques.
Il est
heureux que la réunion du 30 janvier 2009 des pays membres de la Communauté de
développement de l'Afrique australe
(SADC)
ait débouché sur ce dénouement pacifique qui vient
de se traduire par la constitution d'un gouvernement d'union nationale
avec
Morgan Tsvangirai comme Premier ministre. Espérons que le Président
Robert
Mugabé et la Zanu-PF seront à hauteur d'attente pour que cette crise
soit un
triste souvenir ! 
Mais, ce pas
important n'est que l'amorce d'un processus de normalisation
qui, pour mettre fin au martyre du peuple zimbabwéen, exige la levée
immédiate
et sans autres conditions des sanctions économiques qui ont largement
contribué
à plonger l'ancienne Rhodésie du Sud dans une situation aussi
calamiteuse.
Cette lecture du drame zimbabwéen sous l’angle des mesures punitives
qui
affament, appauvrissent et tuent des innocents n’exonère en rien le
Président
zimbabwéen et son parti pour les erreurs qu’ils ont pu commettre. Il
s’agit de
donner une chance à la paix en mettant en lumière des faits
déterminants mais
délibérément occultés.
Il faut
remonter aux Accords de Lancaster House qui, en 1979, ont mis fin à
quatorze années de lutte féroce pour la libération de l'ancienne
Rhodésie du
Sud des griffes du raciste Ian Smith. Ils ont été signés dans un
contexte où
quelques 6000 fermiers blancs possédaient plus de 15,5 millions
d'hectares sur
les terres les plus fertiles du pays. Pendant ce temps près de 4,5
millions de
Noirs subsistaient péniblement sur les "terres communales" souvent
arides où les colons les avaient confinés un siècle durant. Le
consentement
entre l'acheteur et le vendeur est l'un des principaux aspects du
dispositif
qui devait changer cette situation. Dix ans plus tard, elle n'avait pas
évolué
de manière palpable parce que les fermiers blancs avaient renchéri les
prix et
ne cédaient que les terres les moins fertiles.
En 1997, le
gouvernement de Tony Blair signifia à Harare qu'il ne pouvait
plus contribuer financièrement au transfert des terres aux Noirs, comme
convenu, en dédommageant des fermiers britanniques qui devaient être
expropriés. Le Président zimbabwéen a alors décidé de confisquer, sans
compensation, les terres de ces derniers qui ont dès lors promis de
faire sa
perte. Les sanctions économiques constituent la machine de guerre
financière,
économique, sociale et politique qui a été déployée en guise de
punition par la
Grande Bretagne et ses alliés plus particulièrement les USA. Jugeons-en
:
- En décembre
2001, le Congrès des Etats-Unis d’Amérique a voté le
« Zimbabwe Democracy
and Economic Recovery Act » ou loi sur la relance économique
et la
démocratie au Zimbabwe. Elle comporte entre autres l’opposition des
Etats-Unis
d'Amérique à tout prêt au Zimbabwe et à l’annulation de sa dette auprès
des
institutions internationales de financement. Cette loi a largement
contribué à
plonger le Zimbabwe dans la récession économique et dans une inflation
de plus
en plus vertigineuse.
- En 2002,
l’administration Bush a également mis en place un programme dénommé
« Gouvernance et démocratie » doté de 6 millions de
dollars destinés
à soutenir les opposants (MDC, syndicats, groupes religieux, ONG,
médias
« indépendants », etc.).
- Au plus fort
de la campagne de redistribution des terres, les Etats-Unis
s’opposèrent à
l’aide du Programme Alimentaire Mondial (PAM) aux Zimbabwéens.
- En 2004,
l’administration Bush s’opposa également à l’appui du Fonds Mondial
contre le
Sida aux malades du Zimbabwe.
- A partir de
2002, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne poussèrent l’Union
européenne à
prendre des sanctions contre le Zimbabwe, en violation de l’article 98
de
l’Accord de Cotonou signé en 2000 entre l’Union européenne et les pays
ACP
(Afrique, Caraïbe et Pacifique).
- Tous les
fonds
consentis par différents pays occidentaux à l’éducation, à la santé et
à
l’assainissement furent suspendus.
Il suffit
d’ajouter à ces sanctions les conséquences classiques et
désastreuses des programmes d’ajustement (PAS) du Fonds Monétaire
International
(FMI) et de la Banque mondiale (libéralisation, privatisations, bas
salaires,
détérioration des conditions de vie…) et le cycle plus rapproché des
sécheresses pour réaliser les causes profondes de l'enlisement du
Zimbabwe. Les
autres pays africains n'échappent au même sort que parce qu'ils vivent
sous
perfusion, alimentés par les financements extérieurs dont ce pays est
privé.
Les sanctions
infligées au Zimbabwe sont d'autant plus injustifiables
qu'elles émanent d'Etats et d'institutions non transparents et non
démocratiques dans leurs pratiques en Afrique si nous considérons les
règles du
commerce mondial, les termes des accords de partenariat économique
(APE) ou de
réadmission des migrants africains. Ils sont illégitimes parce que non
représentatifs des peuples africains dont ils bafouent les droits
économiques
mais savent instrumentaliser dans la défense de leurs propres intérêts.
Antidémocratiques
et meurtrières, les sanctions économiques relèvent par
ailleurs de la corruption politique et financière dans la mesure où en
sanctionnant les dirigeants qu'ils jugent indésirables, les grandes
puissances
dissuadent ceux d'entre eux qui seraient tentés de s'écarter de ce que
qu'elles
considèrent comme le droit chemin.
Galvaudés,
instrumentalisés et décrédibilisés, sont la démocratie, les
droits de l'homme et la bonne gouvernance, à partir du moment où les
puissants
qui prétendent en être les garants, les bafouent quand ils ne les
transforment pas
en redoutables instruments de pression, de domination et de chantage au
financement. photo Rod Monkey
Aussi, est-il
grand temps de privilégier dans le débat sur le présent et
l'avenir de l'Etat postcolonial en Afrique, la question centrale mais
souvent
occultée du contrôle des richesses et de l'initiative du changement
dont la
réforme agraire. En plus de la personnalisation à outrance du débat
politique,
le pays de Robert Mugabé est, sur ce plan aussi, un cas d'école à
méditer à
l'heure de la ruée des multinationales de tous horizons vers les terres
fertiles du continent et du grand bradage au nom de la croissance et du
marché-roi.
Alors que le
diagnostic de la situation est biaisé et les sanctions
économiques meurtrières pour les populations des voix incitent le
nouveau
Président américain, Barack Obama, à les poursuivre, à son tour. Son
« Yes
we can », faut-il le rappeler exige un changement radical de
regard, de
discours et de pratiques en matière de politique américaine en Afrique.
Il est
de la plus grande importance qu'il joue sur le continent noir comme au
Proche-Orient la carte de l’écoute et de la main tendue au lieu de la
poursuite
de sanctions qui d'une manière ou d'une autre ne sont que violence
contre des
peuples démunis, désemparés et désinformés.
Il s'agit
plus concrètement d'en finir avec la thèse de l'axe du Bien et du
Mal de George W. Bush qui a valu au monde l’agression et l’occupation
de l’Irak
de Saddam Hussein, les attaques barbares et répétées d’Israël contre le
peuple
palestinien, illustrées par le dernier déluge de feu sur la bande de
Gaza. En
Afrique, elle passe d'une certaine manière par le Zimbabwe. La mise en
lumière
des enjeux mondiaux économiques, sociaux, financiers et
environnementaux de
telle sorte que les Zimbabwéens et les Africains, d’une manière
générale,
s’engagent dans le jeu démocratique sur des bases autres que
l'alternance pour
l'alternance et la course aux postes stratégiques est le véritable défi
qui
devrait interpeller les dirigeants africains, les institutions sous
régionales,
l'UA et les véritables alliés du continent.
Nous
rappelons qu'il est périlleux pour l'Afrique de suivre les conseils
des maîtres du monde aujourd'hui
embourbés dans une profonde crise, signe de l'échec de leur idéal de
société
que la moralisation de la sphère financière ne suffit pas à
crédibiliser. Quant
à la légitimité du pouvoir politique en Afrique, il convient de
souligner
qu'au-delà des élections qui sont nécessaires, elle réside aussi et
surtout
dans la volonté et la capacité des dirigeants élus à négocier et à
gérer les
richesses du continent dans le sens des intérêts de ceux et celles qui
les ont
mandatés.
Aussi,
l'accalmie qui vient d'être obtenue par la SADC doit-elle être
érigée en paix véritable pour les Zimbabwéens et pour l'Afrique tout
entière en
opportunité de jeter un autre éclairage sur les crises, son image
habituellement malmenée ayant été considérablement ternie par
l'hypocrisie et
les mensonges qui prévalent dans l'analyse de la situation de ce pays.
Les intellectuels et les autres
acteurs de la société civile critique ainsi que les politiques
africains et non
africains qui estiment que le continent noir n'est pas une planète à
part mais
bel et bien le berceau de l'Humanité et partie prenante du capitalisme
fou et
destructeur doivent contribuer à en déceler et à en démonter les
rouages.
Pour donner
une chance à une paix véritable et durable au Zimbabwe, nous
joignons nos voix à celles des Zimbabwéens qui n’ont que trop souffert,
de la
SADC et de l'UA et rappelons à la Grande Bretagne, aux USA et à l'UE le
coût
social et humain exorbitant des mesures punitives infligées à ce pays.
- Nous
déclarons que l’eau potable, la nourriture et les médicaments
doivent cesser d’être des armes de guerre
- Nous
demandons la levée immédiate du blocus qui prive des millions de
Zimbabwéens de ces biens indispensables à une existence humaine digne
de ce
nom.
- Nous
considérons qu’il est profondément injuste et irresponsable de
suspendre des vies humaines à un accord de partage du pouvoir politique
au
sommet.
Oui, nous le
pouvons ! Il suffit de ne plus confondre les intérêts
britanniques, américains et européens avec les droits des peuples
zimbabwéen et
africains à la terre, la nourriture, l’eau potable, la santé,
l'éducation,
l'emploi et le revenu.
NOUS SOMMES
TOUS ZIMBABWEENS !
Signataires :
Aminata D. Traoré (Essayiste, Mali) – Jean Ziegler (Sociologue, Suisse)
– Boris
Boubacar Diop (Ecrivain, Sénégal) - Mireille Frantz Fanon (Fondation
Frantz
Fanon) – Diadié Y. Dagnoko (Enseignant, Mali) -Demba Moussa Dembélé
(Economiste, Sénégal) – Assetou Founé Samaké (Biologiste, Mali) - Bruno
Rebelle
- Souleymane Koly (Artiste chorégraphe, Côte d’Ivoire)– Hamidou Magassa
(Ecrivain, Mali) – Christian Koné (Journaliste, Burkina-Faso) – Ismaël
Diabaté
(Artiste-peintre, Mali) – Bibi Diawara (Démographe, Mali) – Lucette et
Christian Morillon (LA BRASSAUDERIE 17120 EPARGNES
France) – Mamadou Goïta (Socio-économiste,
Mali) – Sarah Jane
Mellor (Traductrice France/Angleterre) – Moussa Bolly (Journaliste,
Mali) – Valerie
Ngo Biem (Cameroun) – Jean Michel Naud (Enseignant, France) – Clariste
Soh
Moube(Cameroun) – Moustapha Diaté (Economiste, Sénégal) – Aziz
Coulibaly
(Comptable, Côte-d'Ivoire) –Aboubakary Gollock (Eonomiste, Canada)
–Amadou
Gollock (Consultant, Mali) Si
vous souhaitez prendre part à cette campagne,
veuillez le signer en nous communiquant votre nom, profession et
adresse à djenneart@afribone.com.ml
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