Multiplication des
homicides liés à la sorcellerie en Papouasie-Nouvelle-Guinée

photo
:
Philippe Gigliotti
Les autorités
de la Papouasie-Nouvelle-Guinée sont
exhortées à redoubler d'efforts pour empêcher de nouveaux homicides
liés à des
accusations de sorcellerie.
Les dernières victimes en date sont un homme et son fils, tués le
8 février. Des habitants du village de Ban ont abattu Plak Mel
Doa, qui
était âgé de soixante ans, et jeté son corps dans le feu. Le fils de
cet homme,
Anis Dua, a été traîné hors de chez lui et brûlé vif. Ils avaient été
accusés
par des villageois d’avoir causé la mort d’un membre éminent de la
communauté
en usant de sorcellerie.
Au cours de l’année 2008, un nombre croissant de meurtres liés à la
sorcellerie
ont été signalés en Papouasie-Nouvelle-Guinée. D’après les médias, plus
de
50 personnes sont mortes dans ces circonstances en 2008. Ce
type
d’homicide est soit en augmentation soit plus fréquemment signalé.
De nouveaux cas ont encore été signalés cette année. Le
30 janvier, un
tribunal de village, composé de pasteurs de l’église et de responsables
locaux,
a déclaré coupable de sorcellerie et condamné à mort un villageois du
district
d’Unggai-Bena, dans la province des Eastern Highlands, qui était âgé de
quarante ans. Plusieurs hommes du village l’ont ensuite tué à coups de
machettes.
Le 6 janvier, à Mount Hagen, plusieurs hommes ont emmené une
femme à la
décharge de Kerebug, lui ont ôté tous ses vêtements, l’ont bâillonnée
et l’ont
brûlée vive, parce qu’elle était soupçonnée de pratiquer la sorcellerie.
« Alors que des dizaines de personnes
ont été tuées à l’issue de
véritables chasses aux sorcières, il ne fait aucun doute que le
gouvernement ne
prend pas les mesures adéquates afin de protéger ses citoyens et de
préserver
l’état de droit, a déclaré Apolosi Bose, chercheur d’Amnesty
International
sur les îles du Pacifique. Les forces de police et les
autorités
judiciaires doivent intervenir immédiatement avant que ce genre de
violences
commises par des groupes d’autodéfense ne fassent d’autres
victimes. »
Amnesty International a souligné que la Gendarmerie royale de
Papouasie-Nouvelle-Guinée (RPNGC) se montre bien souvent incapable de
faire
respecter la loi. À titre d’exemple, après les homicides du
8 février, la
police a dit qu’elle s’était rendue sur les lieux du crime afin de
confirmer la
mort des deux hommes, mais que des villageois lourdement armés avaient
empêché
les policiers d’emmener les cadavres pour une autopsie à l’hôpital.
« Bien souvent, la population se méfie
de la police et de la justice. Elle
invoque des causes surnaturelles pour expliquer les événements et punit
les
sorciers présumés, a expliqué Apolosi Bose. La
gendarmerie, le bureau
du procureur et les autres autorités compétentes doivent redoubler
d’efforts
afin d’endiguer les violences commises par des groupes d’autodéfense,
et de
sensibiliser la population aux moyens dont elle dispose pour obtenir
justice en
toute légalité. »
Le 26 janvier, Amnesty International et Human Rights Watch ont
adressé des
lettres communes au ministre de la Justice Alan Marat et au chef de la
police
Gari Baki pour exprimer leur inquiétude au sujet des informations
faisant état
de meurtres liés à la sorcellerie, qui touchent particulièrement des
femmes, et
demander aux autorités de lutter plus fermement contre ces violences et
ces
meurtres. Elles n’ont reçu aucune réponse à ce jour.
Amnesty International a appelé la RPNGC à mener des enquêtes énergiques
sur
toutes les affaires de ce type et à faire en sorte que les responsables
présumés soient déférés à la justice.
11
février 2009
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