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- Le parrainage d'enfants juifs déportés crée la polémique 

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Le parrainage d'enfants juifs déportés crée la polémique 

un double grillage de barbeles dans un camp de concentrationProposée par le président de la République, cette mesure est contestée par des syndicats et des associations de parents d'élèves.

«Bienvenue» pour les uns, «irrecevable» pour les autres, l'idée que «chaque élève de CM2 se voie confier la mémoire d'un enfant victime de la Shoah» a suscité hier des réactions nuancées, tant parmi les enseignants et les parents d'élèves que sur la scène politique. Chargé d'expliquer l'annonce faite, la veille au soir par le chef de l'État, le ministre de l'Éducation nationale, Xavier Darcos, a lui-même concédé que «l'idée est un peu normative», avant d'inviter chacun à «faire confiance aux enseignants». Dans le même temps, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer les effets pervers susceptibles d'être induits par ce nouvel outil pédagogique.

Si personne ne remet ouvertement en cause le bien-fondé de cette initiative, qui vise à «confier» chaque année la mémoire d'un des 11 000 enfants juifs déportés depuis la France à chacun des 700 000 élèves scolarisés en CM2, afin de perpétuer le souvenir de la Shoah, plusieurs dérives possibles sont d'ores et déjà mises en avant.

Sur le terrain strictement pédagogique, certains représentants de parents d'élèves, tel le président de la FCPE, Faride Hamana, jugent que l'idée, certes «louable», serait plus adaptée à des élèves de collège ou de lycée. «Si on veut que cette expérience profite réellement aux enfants, il faut qu'ils aient la maturité d'encaisser ce choc émotionnel et d'assimiler ce qu'ont vécu les enfants déportés», explique-t-il. Secrétaire général du Snuipp-FSU, majoritaire chez les enseignants du primaire, Gilles Moindrot estime pour sa part qu'«en liant artificiellement un enfant victime du nazisme à un élève de CM2, on risque de développer chez celui-ci un sentiment de culpabilité qui ne favorisera pas sa compréhension du phénomène historique».

«Concurrence mémorielle»

Sur le plan politique, par ailleurs, on peut craindre que l'initiative du chef de l'État n'attise la «concurrence mémorielle» qui sévit déjà entre diverses communautés. Maire socialiste de Sarcelles, François Pupponi avertit ainsi : «Certaines communautés trouvent déjà que la République ne prend pas suffisamment en compte leur propre souffrance. C'est le cas des Antillais, qui voudraient voir reconnu le drame de l'esclavage, ou celui des Arméniens pour ce qui concerne le génocide de 1915.» Inspecteur de l'Éducation nationale en Seine-Saint-Denis, Alain Seksig complète : «Les parents pourraient avoir le sentiment qu'on ne s'intéresse qu'aux juifs sans prendre suffisamment en compte leur mémoire. Faudra-t-il ensuite que l'on écrive le nom de toutes les victimes de la guerre d'Algérie ?»

Interrogé sur Radio Classique, Dominique de Villepin s'est insurgé pour sa part contre l'idée même que l'on puisse «décréter ou légiférer dans le domaine de la mémoire». Implicitement, l'ancien premier ministre relance ainsi la controverse ouverte il y a quatre mois, lorsque Nicolas Sarkozy avait imposé la lecture, dans chaque lycée, de la lettre écrite par Guy Môquet avant d'être fusillé.

Balayant ces objections, Serge Klarsfeld, qui s'est longuement consacré à la recension des 11 000 enfants déportés depuis la France, s'est dit «profondément touché» par l'initiative du président. Chargée par Xavier Darcos de mettre en œuvre ce projet, Hélène Waysbord entend, quant à elle, dissiper les malentendus : «Il s'agit de raconter la peur, la traque, la vie qui tient à un petit miracle, une famille qui vous cache ce qui n'est pas inutile quand certains enfants pensent que Rambo a existé. En revanche, nous ne raconterons ni l'extermination ni les chambres à gaz.» Une voix s'est également élevée à gauche pour défendre la proposition du président. Celle de Ségolène Royal, qui a estimé que cette initiative allait «dans le bon sens.

Cécilia Gabizon et Cyrille Louis
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