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- Juifs et sionisme à la télé : un sentiment de rejet et d’exaspération

- Le mort saisit le vif

- Cela n'ajoute rien, hormis du pathos

- Le parrainage d'enfants juifs déportés crée la polémique 

- Shoah: La voix des Roms rejette l'initiative Sarkozy sur les enfants

- Shoah : Les petits soldats mémoriels de Sarkozy

- Shoah: pour la police aussi, il faut un devoir de mémoire

- Sarkozy au Crif, nos enfants devraient encore faire les frais de la laïcité

- Shoah : Simone Veil dénonce l'initiative présidentielle

- Un enfant doit-il porter la mémoire d'enfants victimes de la Shoah ?

- La Shoah sera au programme des CM2 à la rentrée

- Shoah au CM2: Sarkozy désavoué

- L'idée du parrainage d'enfants de la Shoah à l'école pas retenue

A propos de  ce qui se passe à Gaza un texte de Raphaël Confiant

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Un enfant doit-il porter la mémoire d'enfants victimes de la Shoah ?

barbeles et miradorRégis Debray était l’invité dimanche 17 février de l'émission du Jour du Seigneur « C'est aussi de l'info », en coproduction avec « La Croix » sur France 2

Régis Debray, philosophe


« Autant le devoir de mémoire est nécessaire, autant son abus est contre-productif. Je pense qu’il s’agit ici d’un abus de mémoire, puisque c’est donner à l’émotion la première place quand le but de l’école n’est pas émotionnel ni compassionnel, encore moins mortifère.

Le but de l’école est de connaître, de comprendre, donc de comparer, de se distancier. Comprendre la Shoah, pourquoi elle est née, ses conséquences, comment elle s’est déroulée, cela est une démarche rationnelle. Envahir un jeune enfant par un fantôme, un spectre de mort, me semble quelque chose – je ne dis pas que cela relève d’un viol de conscience – qui peut offusquer et qui peut produire peut-être un rejet.

Je suis inquiet de ce qu’il peut y avoir de contre-productif dans cette louable intention, d’autant que, et c’est ma deuxième crainte, il y a un risque d’escalade, d’une surenchère, d’une concurrence des mémoires. Celles-ci pourraient bientôt provoquer, dans le monde des banlieues, la revendication d’une adoption des victimes d’Israël en Palestine.

Et puis il y a les Tsiganes, il y a les Arméniens, et puis il y a surtout les Noirs… J’ai entendu ce matin à la radio un habitant des banlieues qui appelait en demandant ce qui allait être fait pour les Palestiniens victimes de bombardements. Autrement dit au lieu d’unifier, j’ai peur que cette initiative ne divise selon des clivages communautaires et confessionnels. Tout cela me semble malencontreux.

Enfin, je crois que cette focalisation sur la Shoah restreint beaucoup, me semble-t-il, la spiritualité juive, qui a 2 500 ans, et qui est extrêmement riche et variée. Il faut étudier son histoire. Mais la concentrer, l’incarner dans la Shoah ne me semble pas rendre service à la culture juive.

Quant à l’autre débat du moment, celui qui concerne la laïcité – je ne lui donne pas de qualificatif, car pour moi ce mot de « laïcité » se suffit à lui-même –, c’est un grand bien, certes, que le retour des religions se fasse. L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque va dans ce sens. En effet, la laïcité n’est pas du tout une bataille contre les religions, mais un principe de droit public qui dresse un mur entre la loi et le dogme.

Mais ce qui me gêne, c’est de voir un président de la République mettre en avant ses convictions privées dans une fonction publique. Cette façon de se mettre en scène soi-même ou d’avancer ses convictions intimes – tout à fait respectables – alors qu’on représente l’ensemble des citoyens français – qui, encore une fois, et par chance, n’ont pas à se définir en fonction de leurs convictions religieuses ou de leur absence de convictions religieuses – me semble être, non seulement une faute de goût, mais l’amorce d’un dérapage. »

Recueilli par Jean-Marie GUESNOIS