Les Titres du magazine
- Il est
temps de dire
« Assez, c’en est assez du mépris ! »
- Juifs et
sionisme à la
télé : un sentiment de rejet et d’exaspération
- Le
mort saisit le vif
-
Cela
n'ajoute rien, hormis du pathos
-
Le
parrainage d'enfants juifs déportés crée la polémique
- Shoah: La
voix des Roms
rejette l'initiative Sarkozy sur les enfants
-
Shoah
: Les petits soldats mémoriels de Sarkozy
- Shoah:
pour la police
aussi, il faut un devoir de mémoire
- Sarkozy au
Crif, nos
enfants devraient encore faire les frais de la laïcité
-
Shoah
: Simone Veil dénonce l'initiative présidentielle
-
Un
enfant doit-il porter la mémoire d'enfants victimes de la Shoah ?
- La
Shoah sera au
programme des CM2 à la rentrée
- Shoah au CM2:
Sarkozy
désavoué
-
L'idée
du parrainage d'enfants de la Shoah à l'école pas retenue A propos de ce qui se passe à Gaza un texte de Raphaël Confiant - Intellectuels occidentaux
Antilles
/Antillais
- Les
Antillais entrent en
campagne
- Jeunes homos
sans domicile fixe : crever
ou vendre son cul ?
- Marc
Pulvar : Un
Martiniquais vertical nous
a quitté
-Une
étoile du combat
libérateur du peuple Martiniquais s’est éteinte.
-
Une
Photographie pour perpétuer le souvenir !
-
Monsieur
Henri nous a quitté !
-
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Un
enfant doit-il porter la mémoire d'enfants victimes de la Shoah ?
Régis Debray était l’invité dimanche 17 février de
l'émission du Jour du Seigneur « C'est aussi de l'info », en coproduction avec
« La Croix » sur France 2
Régis Debray, philosophe
« Autant le devoir de mémoire est nécessaire, autant son abus est
contre-productif. Je pense qu’il s’agit ici d’un abus de mémoire, puisque c’est
donner à l’émotion la première place quand le but de l’école n’est pas
émotionnel ni compassionnel, encore moins mortifère.
Le but de l’école est de connaître, de comprendre, donc de comparer, de se
distancier. Comprendre la Shoah, pourquoi elle est née, ses conséquences,
comment elle s’est déroulée, cela est une démarche rationnelle. Envahir un
jeune enfant par un fantôme, un spectre de mort, me semble quelque chose – je
ne dis pas que cela relève d’un viol de conscience – qui peut offusquer et qui
peut produire peut-être un rejet.
Je suis inquiet de ce qu’il peut y avoir de contre-productif dans cette louable
intention, d’autant que, et c’est ma deuxième crainte, il y a un risque
d’escalade, d’une surenchère, d’une concurrence des mémoires. Celles-ci
pourraient bientôt provoquer, dans le monde des banlieues, la revendication
d’une adoption des victimes d’Israël en Palestine.
Et puis il y a les Tsiganes, il y a les Arméniens, et puis il y a surtout les
Noirs… J’ai entendu ce matin à la radio un habitant des banlieues qui appelait
en demandant ce qui allait être fait pour les Palestiniens victimes de
bombardements. Autrement dit au lieu d’unifier, j’ai peur que cette initiative
ne divise selon des clivages communautaires et confessionnels. Tout cela me
semble malencontreux.
Enfin, je crois que cette focalisation sur la Shoah restreint beaucoup, me
semble-t-il, la spiritualité juive, qui a 2 500 ans, et qui est extrêmement
riche et variée. Il faut étudier son histoire. Mais la concentrer, l’incarner
dans la Shoah ne me semble pas rendre service à la culture juive.
Quant à l’autre débat du moment, celui qui concerne la laïcité – je ne lui
donne pas de qualificatif, car pour moi ce mot de « laïcité » se suffit à
lui-même –, c’est un grand bien, certes, que le retour des religions se fasse.
L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque va dans ce sens. En effet,
la laïcité n’est pas du tout une bataille contre les religions, mais un
principe de droit public qui dresse un mur entre la loi et le dogme.
Mais ce qui me gêne, c’est de voir un président de la République mettre en
avant ses convictions privées dans une fonction publique. Cette façon de se
mettre en scène soi-même ou d’avancer ses convictions intimes – tout à fait
respectables – alors qu’on représente l’ensemble des citoyens français – qui,
encore une fois, et par chance, n’ont pas à se définir en fonction de leurs
convictions religieuses ou de leur absence de convictions religieuses – me
semble être, non seulement une faute de goût, mais l’amorce d’un dérapage. »
Recueilli par Jean-Marie GUESNOIS
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