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Tu c'est l'enfance

par  Daniel Maximin

Le Guadeloupéen Daniel Maximin n'est pas un écrivain qui abuse de sa plume mais qui, bien au contraire, distille ses mots avec mesure. Trois romans (L'Isolé soleil, Soufrières, L'île et une nuit) et un recueil de poèmes («L'invention des désirades») en un quart de siècle, voilà qui contraste avec certains de ses «collègues» antillais... Son dernier livre, Tu c'est l'enfance, plonge au cœur même du terroir et des souvenirs.

Tu c'est l'enfance... Le titre sonne comme une énigme. Une énigme qui est aussi une posture d'écriture, un moyen de détourner le piège de la biographie aux fragrances de nostalgie surfaite. Daniel Maximin refuse le «je» de l'autobiographie, de la chronologie convenue, de l'idolâtrie de l'adulte envers son passé et instaure la distance du «tu», ne recourant au «je» que pour exprimer le regard adulte sur son passé. L'emploi du «tu» sera pour l'adulte-écrivain le moyen d'interpeller l'enfant et de s'adresser à son passé retrouvé sans pour cela succomber aux charmes de la mièvrerie et du paraître, de l'adulte qui singe l'enfant, de l'enfant factice, du faux-semblant. Ainsi l'adulte parlera en adulte à l'enfant et, plus rarement, emploiera le «je» pour donner une actualité plus immédiate à sa narration. De ce livre qui vient en cinquième position dans la biographie de l'auteur, on peut dire qu'il s'agit en quelque sorte du creuset fertile et de la matrice de ceux qui l'ont précédé tant il semble que tout ici conduit à l'œuvre. Tout est déjà là et en tout premier lieu, la nature, ses pulsions, ses tressaillements, ses fièvres et ses humeurs, et pour mieux s'en convaincre, dès les premières pages, comme un premier chemin d'initiation, l'ascension à la Soufrière, le volcan d'où jaillissent la force et les drames. Une nature si présente et si déterminante que Daniel Maximin orchestre son livre en quatre chapitres intitulés : le feu, la terre, l'eau, l'air... Au cœur de cette géographie en tourmente apparaissent les hautes figures de la mère couturière, du père «autoritaire» et précurseur de l'écrivain, de la grand-mère et de Man Tété la voisine et de leurs «paroles merveilleuses», et puis, celle du grand-père menuisier à la retraite qui initie son petit fils au travail du bois mais aussi à l'Afrique... Autant de personnages complices et acteurs de l'histoire de l'enfant mais aussi d'un temps (l'auteur est né en 1947) dont l'écrivain restitue le souvenir. Il y a aussi la musique, aux rythmes furieusement caribéens et latinos, et pour dire tout cela les mots, leur saveur et leurs jeux, que l'enfant découvre dans la complicité des livres, «la vraie richesse des parents» et dont «l'abondance compensait l'interdiction de sortir».

Au demeurant, une enfance heureuse, que l'écrivain nous fait partager et au sein de laquelle s'inscrit une œuvre ancrée dans l'insularité de l'archipel, dans les forces telluriques qui en rythment les saisons, dans la distance de l'exil (de l'ex-île) et dans l'ombre du temps retrouvé. Tu c'est l'enfance est publié dans la collection «Haute enfance» (Gallimard), au sein de laquelle Daniel Maximin rejoint ainsi quelques écrivains de la Caraïbe, les Martiniquais Patrick Chamoiseau (Antan d'enfance, Chemin d'école) et Raphaël Confiant (Ravines du devant-jour, Le Cahier des romances), le Haïtien Émile Ollivier (Mille eaux) ou bien encore la Cubaine Zoé Valdès (Le Pied de mon père).

B. M.

Tu c'est l'enfance, Daniel Maximin.
Editions Gallimard, 180 pages.


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