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Une génération perdue
par Erich René
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L'un des plus grands maux qui
affectent Haïti ce n'est pas le pillage systématique des
caisses publiques par nos dirigeants politiques successifs ni leur
mépris par rapport aux besoins fondamentaux du peuple mais la
déperdition de la jeunesse.
La génération qui a vu le jour aux environs des
années 1980 n'est vraiment pas chanceuse. Outre le SIDA, elle
est affectée par des scènes sauvages jamais vues dans les
films d'horreur les plus terrifiants. Le rouleau compresseur
envahissant les maisons, emportant les meubles, détruisant en un
clin d'oeil des armatures en béton.
Ces scènes macabres ont imprégné leurs cartes
mentales et troublé leur tranquillité d'esprit. Ils ont
entendu les cris
étouffés de ces victimes de la barbarie. Souvent le
bourreau se trompe de maison et des innocents paient de leur sang des
crimes qu'ils n'ont pas commis.
Cette foule d'anonymes n'hésite pas à renverser les
voitures les quatre roues en l'air, les incendier, s'emparer des
bijoux et des bourses des occupants. Une épaisse fumée
dégageant l'odeur de la chair brûlée indique que
certains individus dénommés macoutes ou attachés
viennent d'être brûlés vifs au nom du changement
social et politique. Lorsque des spectacles aussi ahurissants frappent
l'attention de cette jeunesse comment voulez-vous qu'elle
n'éprouve un sentiment de révolte. De jeunes
Haïtiens et de jeunes Haïtiennes deviennent subitement
orphelins, orphelines par suite de la disparition de leurs parents au
cours de ces événements macabres. Outre les
problèmes d'affection qu'ils commencent à éprouver
ils sont définitivement soumis aux aléas de
l'existence. Les
voilà qui traînent parmi d'anciennes connaissances
de
leurs parents à la recherche du pain quotidien. Ils accumulent
frustrations
sur frustrations pour finalement se retrouver sur le pavé.
Des événements politiques pluriels ont
écourté le nombre de jours de classe en Haïti
En plus du manque d'intérêt que suscitait
déjà ce système scolaire mal adapté, les
programmes prévus ne sont jamais bouclés. Nos enfants
passent les cours primaires et secondaires sans être bien imbus
de certaines notions clés. Ils cumulent lacunes sur lacunes.
Aussi il n'est pas étonnant de nos jours de rencontrer un
élève de certificat qui a du mal à lire un
texte en français, pire encore le comprendre. Nos
bacheliers savent peu.
Quant à l'Université qui a pour mission de
préparer nos cadres administratifs et professionnels pour
assurer la relève elle subit également les secousses de
ces vagues de manifestations qui immobilisent la vie et engoncent
l'économie nationale. Leurs études sont
rabâchées et la plupart de nos diplômés
n'arrivent pas à avoir une formation adéquate pour
exercer leurs
professions convenablement.
Face à ce vide béant qui s'ouvre devant nos jeunes, la
peur du lendemain s'installe. Ils sombrent dans la
mélancolie et le
plus souvent se sacrent dans la drogue. Qui va assurer la
relève? Les anciennes générations restent
les bras croisés pour assister impuissantes au
dépérissement de la nation.
La voie est libre aux diplomates du béton qui arrivent
aujourd'hui au niveau de la candidature à la
présidence. C'est le comble! La génération
présente évolue en marge des principes fondamentaux de la
société haïtienne.
Nos jeunes sont élevés dans un climat d'anarchie. Ils
n'ont plus de modèles à suivre sinon que la barbarie, le
kidnapping, le commerce illicite et le trafic de la drogue. Ils
ignorent notre passé habillé de gloire et ne connaissent
que notre présent trempé de honte et d'indignité
sous les bottes de la Communauté Internationale. La
génération présente ne porte pas les semences de
l'espoir
pour le futur Haïti c'est une génération perdue!
http://www.pyepimanla.com
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