|
S’intéresser
au binôme cheveu (crépu) / peau (noire) pour
révéler les lieux de passage de la domination
ethnoculturelle d’un groupe par un autre est dicté par le souci
d’adopter – dans le traitement de la problématique complexe de
l’imitation et/ou de l’emprunt interculturel – une démarche
empirique qui donne à voir l’empreinte, sur le corps et le
cheveu des dominés, des modalités concrètes de
l’exercice de l’influence des dominants, que l’on aurait objectivement
un peu plus de mal à cerner, à travers la seule
étude de leur discours.
Outre de devoir
s’ajuster en permanence aux évolutions sociales qui s’imposent
à eux, les dominés, privés de projet de
société et de modèle de développement
autocentré, se voient condamner à se remorquer à
un développement exogène,
qui ne leur laisse de choix qu’entre l’emprunt et l’imitation de traits
socioculturels non adaptés à leurs
spécificités
raciales et culturelles, mais qui les aident cependant à ne pas
être
exclus de « la marche du monde ». Aussi, dans les
sociétés issues de la colonisation, des
phénomènes de mimétisme comportemental et culturel
ont-ils vu le jour, qui ont été
caractérisés en terme de dénaturation (par rapport
aux références raciales et culturelles initiales des
populations africaines mises en esclavage ou asservies sur leur
territoire même), avant de faire l’objet d’une stigmatisation en
termes assez systématique d’aliénation culturelle.
Les études et
analyses portant sur cette aliénation ont moins exploré
les
modalités et manifestations somatologiques (physiologiques) de
pratiques
esthétiques que l’on n’a pas manqués de qualifier de
mimétiques,
mais qui ne peuvent s’appréhender hors le contexte de la
société de consommation occidentalisée qui
s’impose à la planète tout entière, et qui pousse
à décloisonner les significations proprement culturelles
prêtées à ces phénomènes, sans pour
autant les affranchir d’une lecture en terme d’influence de la culture
occidentale dominante sur les cultures dominées.
Biographie
Juliette
Sméralda est docteur en sociologie, actuellement Attachée
Temporaire d’Enseignement et de Recherche (ATER) à
l’université Marc Bloch, Strasbourg II. La sociologie de la
dominance et l’interculturalité sont ses domaines de recherche.
http://www.pyepimanla.com |