logo

Accueil 
Actualités
Archives 
 
Forum Contact

   

Samuel Ajayi Crowther
Un père de l'Eglise en Afrique noir


Par Mardaye Tony et Nicol Lesaint

Téléchargez le document en format  word
Jeanne Decorvet dans son ouvrage : Samuel Ajayi Crowther, un père de l'Eglise en Afrique noire,  publié aux éditions du CERF, se propose de retracer la vie du premier évêque noir (1806-1891), et ce : «  avant la colonisation  qui verra les grandes puissances découper l'Afrique en frontières arbitraires et après l'invraisemblable période où ces mêmes puissances se sont livrées sans retenue à un commerce ahurissant d'êtres humains. »

Cet ouvrage est particulièrement intéressant, car outre son intérêt biographique retraçant la vie de cet homme, elle nous plonge dans une Afrique inconnue, mystérieuse, une Afrique traditionnelle, mais ouverte à la modernité, et  surtout, elle nous fait découvrir la volonté d'un peuple d'accéder à la « civilisation ». Et en filigrane, elle dénonce les jeux politiques des acteurs occidentaux et  africains qui ont conduit à restreindre l'influence de l'Eglise anglicane en Afrique de l'Ouest. 

En suivant le parcourt de cet homme exceptionnel, elle raconte la vie et les pratiques religieuses de l'Afrique de la fin du 19 e siècle.  Pour ce faire, elle s'appuie principalement sur des sources émanant  du C.S.M., les lettres et rapports de Crowther et sur une bibliographie relativement importante.


L'Afrique noire est connue des occidentaux depuis l'aube des temps. Mais elle  reste une terre  inconnue et lointaine. La crise économique sévissant en Europe au 15 eme siècle, poussera les Etats à se lancer à conquête de nouveaux territoires et débouchés commerciaux :  «  l'estuaire du Sénégal et presqu'île du Cap Vert est  atteint en 1444, le cap de Bonne espérance en 1487 et le continent est contourné par Vasco de Gamma en 1497. » Les  européens s'y établiront et construiront des forts et des comptoirs, mais ils restent cantonnés sur les côtes et ne pénètrent pas à l'intérieur du continent.  Les commerçant installés sur les côtes font du commerce et du négoce, de l'or, de l'ivoire et surtout des esclaves. Car au 18 e siècle, les besoins  en esclaves sont immenses, particulièrement pour la mise en valeur de l'Amérique découverte par C. Colomb en 1492.

Les indiens décimés par les maladies, les conquistadors et montrant peu de résistance aux travaux pénibles, seront remplacés par les Nègres dans les mines d'argent et d'or. Puis, le développement « industriel » du pétun, du café, de l'indigo et surtout de la canne à sucre, ainsi que le coton, nécessitera des besoins considérables de main d’œuvre.  L'Afrique particulièrement vulnérable sur le plan technologique, est tout indiqué pour cela. Donc des hommes seront razziés par des rois africains  pour être troqués contre des armes, de l'alcool, des pacotilles, des verroteries à des marchands,  des capitaines européens, qui à leur tour, échangeront le « bois d'ébène » c'est à dire les esclaves, contre du sucre, pour simplifier contre de la marchandise, qui sera vendu en Europe. Ne nous y trompons pas, l'esclavage des nègres n'est pas le fait de brigands ou de voleurs, mais celui des princes, en premier lieu, celui des princes d'église qui apporteront leur caution morale à cet ignoble trafic,  car sans cela rien n'aurait pu se faire, puis celui des princes d'Etat (africains ou européens) qui s'enrichiront ou qui enrichiront leurs pays.

Pour abonder le marché  américain, des régions seront dépeuplées, dévastées, des villages détruits et des populations razziées. Les conséquences de ce commerce sont innombrables, outre la ponction de populations chiffrée  à 20 ou 50 millions d'individus, chiffres contestable, car bien inférieur à la réalité, c'est : «  la désorganisation de toute une société, l'effritement de toute culture, de toute identité, et le désespoir qui, sur une si longue période, conduit même ceux qui restent à une mentalité de soumission. »  

Ce trafic perdurera  pendant des siècles.  Puis en 1761, les Quakers renoncèrent à leurs droits sur  leurs esclaves. Les chrétiens  anglais « à la suite du puissant réveil religieux lancé par John Wesley au XVIII ème siècle, obtinrent la suppression de l'esclavage sur le sol anglais, puis ils s'attaquèrent ensuite aux colonies. »   Thomas Clarkson constitua en 1787 un comité  pour l'abolition de la Traite  des Noirs. « Le Député Wilberforce, aidé par le Premier ministre Pitt  provoquèrent un large mouvement d'opinion animé par les Eglises et finit par arracher au parlement anglais la suppression de la traite sous pavillon britannique  en 1807. A partir de ce moment, la Marine  Royale se lança dans une chasse  systématique des navires négriers. Les marins sont arrêtés, condamnés en tant que criminels, les captifs sont libérés et déposés sur une vaste presqu'île de Sierra Leone  au nom symbolique de Freetown. Le Parlement britannique abolit l'esclavage dans ses propres colonies en 1833.

Suite
--------------------------------------------------------------------------------------------
1) le profit est tel que la question de conscience, qui est effectivement posée au début par Charles Quint et une partie de son entourage, plus tard par  Louis XIII, sera chaque fois étouffée et éliminée. Les autorités morales elles-mêmes sont contaminées : Eglises et universités forgent des justifications qu'on ne met plus en question. Les opérations de razzia et de traite d'êtres humains qui auraient dû rester l'affaire des pirates et des corsaires, s'installent dans les institutions, sont gérées par magistrats et polices.
2) p.23