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Samuel Ajayi Crowther
Un père de l'Eglise en Afrique noir
Par Mardaye Tony et Nicol Lesaint
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L'histoire d'Ajayi se déroule
dans ce contexte tumultueux. En effet, elle commence au printemps 1822,
quand les navires anglais arraisonnent le long des
côtes du golf de Guinée, un bateau négrier
portugais. A
son bord, 187 captifs nus sont entassés dans les cales.
Les marins
Anglais déferrent les esclaves et les conduisent vers l'ouest,
vers la Sierra Léone et Freetown. Et parmi eux, un adolescent :
« Ajayi. Il habitait Ochogun, une ville de 12
000 habitants au milieu de la grande forêt yoruba. Une
ville
entourée d'un rempart de boue séchée long de six
kilomètres, surmonté d'une palissade de bois et
précédé d'un fossé et défendu par 3
000 hommes. Depuis des mois, des guerriers Foulbé alliés
aux musulmans du nord et leurs cavaliers, en tout 20 000 hommes,
attaquèrent Ochogun, massacrèrent ceux qui
résistaient et firent prisonniers bons nombres d'habitants.
Ajayi, sa mère, ses deux sœurs et sa cousine furent
capturés et conduits à 30 kilomètres de là
vers la ville Isehing. Le butin fut réparti entre les soldats,
Ajayi et sa sœur échurent au chef, sa mère et son autre
soeur au soldat les ayant capturé, puis l'adolescent fut
échangé contre un cheval. Un mois plus tard, les
esclaves furent amenés à Dadda, là il put revoir
sa mère, avant être cédé à un
homme : « on l'introduisit dans une chambre où gisaient
des esclaves enchaînés. Il fut saisi et
enchaîné lui aussi ! » Vendu à
une femme musulmane, il travailla avec elle, à filer le coton,
puis amené à la côte il fut à nouveau
vendu à un marchand portugais et « encalé »
dans un bateau négrier.
Après
six semaines de navigation, le 17 juin 1822, Ajayi
débarqua sur une terre inconnue, dans une ville peuplée
d'esclaves libérés provenant de toutes les tribus
d'Afrique de l'Ouest. Hébergé à l'internat
de l'école de la Mission Anglicane, Ajayi
s'adapte à sa nouvelle vie. Curieux de tout, il s'instruit,
apprend
l'anglais et aussi un métier manuel : la menuiserie. S'attirant
la sympathie de ses maîtres et des missionnaires : « en
particulier
les Davey qui l'appellent leur fils et voudraient l'adopter. »
Cette
famille lui offre un livre : la Bible. Ce livre le fascina et il en
tira
: » Dieu a envoyé son fils afin qu'il me rachète...
je ne suis plus esclave, mais fils »
Baptisé
le 11 décembre 1825, dans la grande église anglicane de
Freetown
par le révérend John Raban, il reçut un nom de
baptême
: Samuel et un nom de famille, celui de l'un des membres du
comité
: Crowther. Il avait environ 19 ans.
Les Davey
retournant en Angleterre, invitèrent Ajayi. Il découvrit
un monde surprenant, différent du sien, un climat autre,
de larges avenues, des magasins pleins d'objet inconnus. Il fait des
connaissances, se crée un cercle d'amis, s'enrichit
intellectuellement, sa vision du monde s'élargit. A son
retour en Sierra Leone, il est
nommé par le gouvernement, instituteur dans un village
proche
de Freetown, il retrouve Asano, une esclave libérée,
Yoruba
comme lui-même, baptisé du nom de Susan Thompson,
institutrice,
qui deviendra sa femme en 1829 ou 1830.
Il
travailla avec le pasteur John Raban à faire du yoruba, une
langue écrite, dressa un très important vocabulaire et
étudia les structures grammaticales de cette langue. « La
mission se développait rapidement. Les nouvelles
communautés avaient besoin de pasteurs. Il fallait aussi
envisager d'envoyer à l'intérieur de l'Afrique, jusqu'ici
inexplorée, des évangélistes africains, parlant
les langues africaines, pour apporter l'Evangile à leurs
frères de race. »
Un
collège fut construit (Fourah Bay) qui forma la presque
totalité des cadres ouest africains des premières
décennies. L'enseignement était poussé :
théologie, l'exégèse, la dogmatique, le latin, le
grec, l'hébreu, l'arabe et le coran. Car à
l'intérieur de l'Afrique de nombreuses tribus étaient
gagnées par l'islam. Ajayi fut promu directeur d'études
au collège de Fourah Bay. Mais pendant ce temps,
l'horreur continuait, la traite devenue clandestine, était
plus cruelle et dévastatrice que jamais. Le prix des esclaves
avait augmenté et le commerce plus fructueux. Entre 1830
à 1850, c'est pas moins de 150 000 esclaves qui quittaient les
côtes africaines. La
chasse aux bateaux négriers, montrait ses limites. Les
anti-esclavagistes, pensaient qu'ils fallaient arrêter le trafic
à sa source,
à l'intérieur de l'Afrique. Il apparut
évident
aux anti-esclavagistes de trouver un moyen pour remplacer «
l'infâme négoce par le commerce honnête » :
Mais
à cette époque c'est un livre (De la traite des esclaves
en Afrique et des moyens d'y remédier) qui est à la base
des réflexions et des discussions (...) qui en Europe
bouscule
et bouleverse bien des idées reçues. Il a
été
écrit par Fowell Buxton, le fondateur de la "
société
pour l'extinction de la traite des esclaves et la civilisation de
l'Afrique".
Il estime que : « la délivrance de l'Afrique ne
sera
rendue effective que par l'exportation de ses propres ressources.
»
Mais l'aspect purement économique, ne lui semble pas
suffisant
et il ajoute : « ce qu'il faut que nous fassions pour l'Afrique
: élever le caractère moral de ses peuples et y
encourager
tous les genres de cultures dont le sol est susceptible. » Et en
bon chrétien, il croit que c'est le christianisme et la
connaissance
de la Bible qui transforment les mentalités. Buxton fait appel
aux
missions et leur propose son plan : « L'instruction ne suffit pas
pour supprimer l'esclavage. Il faut développer la culture et le
commerce. » Pour ce faire il convient de pénétrer
à
l'intérieur de l'Afrique, mais le climat, le paludisme, la
fièvre
jaune, déciment les expéditions, mais
suite
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3) p.32
4) Galates, 4, 4-7
5) p.44
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