Dans une contribution
antérieure, suite aux célébrations de la
journée de la race le 12 octobre dernier [1], nous avons
rappelé que le génocide des peuples autochtones
d’Amérique fut le prix et la première conséquence
de la conquête et la colonisation européenne de ce
continent à partir de 1492.
Cette fois, nous apporterons un éclairage sur la deuxième
conséquence de cet événement parce qu’il concerne
la
dimension mondiale de la politique génocidaire inaugurée
par
les puissances occidentales au début de l’ère moderne.
Focaliser notre attention sur cette deuxième conséquence
est également nécessaire parce que malgré son
impact sur une grande partie de l’humanité, et malgré
l’importance des crimes contre l’humanité dont il est question,
ces faits ont été systématiquement
minimisés ou complètement occultés dans une
démarche typiquement négationniste. La falsification des
faits et la manipulation de leur interprétation, étant
une condition préalable à la réussite
de l’entreprise négationniste, notre perception de ces crimes et
la compréhension des enjeux qui en découlent, ont
été
faussées au détriment des victimes.
En conséquence, la spécificité de ces aspects,
pourtant composants fondamentaux du conflit entre colonisateurs et
anciennes victimes de la barbarie coloniale, demeure quasiment absente
de l’analyse anti-impérialiste. Mais, depuis ces derniers
décennies, de plus en plus d’exclus, victimes de la double
oppression économique et raciale, veulent prendre leur destin en
main et ne plus laisser à d’autres le soin de décider
à leur place. Cette nouvelle donne
devrait contribuer, sur le plan conceptuel de l’analyse, à
articuler
la déportation africaine à la dimension mondiale de la
conquête
et de la colonisation de l’Amérique. Condition nécessaire
pour rapprocher autour d’un objectif commun les peuples qui luttent
contre
le même fléau.
L’Afrique à l’Amérique
Il faut bien garder à l’esprit que la déportation massive
d’Africains (appelée traite des Noirs), leur expulsion de fait
et de droit hors l’espèce humaine et leur asservissement en
esclavage, fut la deuxième conséquence de la domination
coloniale des Européens en Amérique. Ce
déplacement forcé de l’Afrique vers l’Amérique
sous le contrôle des puissances européennes, demeure la
déportation d’êtres humains la plus gigantesque que
l’histoire n’ait jamais connu ni avant ni après ce long moment
qui a duré plus de trois siècles et demi.
A cause de la négation et de la falsification des faits,
beaucoup ignorent ce que fut la déportation de millions
d’enfants, d’hommes et de femmes africains, razziés chez eux,
enchaînés, entassés à fond de cale et
obligés à traverser l’Atlantique dans des conditions qui
fatalement provoquaient la destruction d’une partie des prisonniers.
Débarqués dans le continent
américain devenu un vaste univers concentrationnaire pour les
victimes
de la suprématie blanche, les déportés africains y
étaient systématiquement dépouillés de leur
appartenance à l’espèce humaine.
La déportation massive ou industrielle de l’Afrique vers
l’Amérique, a été décidée par les
colonisateurs européens après avoir vidé le
continent à cause de l’extermination d’environ 90% de la
population autochtone calculé généralement
à 80 millions d’habitants quoique d’autres estimations parlent
de 100 millions. Ainsi, pour se procurer autant de prisonniers que
nécessaires, les Européens, munis d’armes à feu,
déclenchèrent la guerre contre les peuples africains, qui
eux, ne les connaissaient
pas encore. Ces guerres étaient particulièrement
meurtrières pour les Indigènes d’Afrique qui, (comme les
Indigènes d’Amérique), découvraient la
capacité de destruction des Européens. Ces derniers
comprirent tout l’intérêt qu’ils avaient à
provoquer et multiplier les guerres internes. Ainsi est né et
s’est développé le cercle achat d’armes contre des
prisonniers
africains et capture d’Africains grâce aux armes à feu.
Destruction et falsification
Par son caractère massif, par sa dimension planétaire et
par sa durée supérieure à trois siècles et
demi, le couple traite/esclavage demeure la plus vaste entreprise de
déshumanisation. Et aussi la plus achevée par ses
conséquences durables et
insidieuses comme nous le verrons à continuation. Il importe de
rappeler
que des lieux communs furent élaborés pour justifier la
traite des Noirs ou pour occulter la destruction subie par le continent
africain à cause de cette activité. Grâce à
ces lieux
communs, véhiculés à travers les siècles
jusqu’à nos jours, lorsque ce crime n’est pas
complètement nié, la
responsabilité en est rejetée sur les victimes.
Ainsi, bien qu’à présent il n’ y ait plus grand monde
pour, ouvertement, justifier la traite négrière ou vanter
ses bienfaits, dans n’importe quel manuel à ce sujet, le lecteur
sera, systématiquement, invité à ne pas ignorer
que « les Africains ont été responsables de leur
propre malheur puisque ce sont eux-mêmes qui, en échange
des pacotilles transportées d’Europe, ont livré leurs
parents, leurs frères et même leurs propres enfants aux
commerçants européens ».
Le lecteur sera sommé d’apprendre que «
c’étaient les Africains qui contrôlaient le négoce
négrier devenu pour eux l’activité économique la
plus importante
». Une fois n’est pas coutume, les Africains seront
décrits
moins attardés que d’habitude puisque doués d’un sens des
affaires grâce auquel « ils savaient faire jouer la
concurrence
entre les marchands européens qui devaient faire attention pour
ne pas se faire escroquer ». Et il sera beaucoup question
des
roitelets africains qui auraient fait des bénéfices
fabuleux
grâce au commerce d’êtres humains [2].
Responsabilité et complicité
des victimes
Cette question de la responsabilité et de la complicité
des victimes appelle, pour le moins, une brève mise au point.
Nous savons que la destruction de 90% environ des peuples
d’Amérique, fut possible grâce à un concours de
circonstances dont la supériorité militaire et la ruse
des envahisseurs jouèrent un rôle décisif. Faisant
jouer habilement les rivalités, les Européens
réussirent à s’appuyer sur une partie des victimes pour
exterminer la plupart d’entre eux et cela a très bien
fonctionné.
Dans l’univers concentrationnaire d’Amérique qui a duré
plus de trois siècles et demi, le système juridique
créé pour gérer au quotidien la bestialisation des
Noirs, a inventé, à l’intérieur des victimes, une
stratification raciale qui permettait aux esclavagistes de s’appuyer
sur la collaboration des Noirs sang mêlé ou métis
pour perpétuer leur asservissement. D’ailleurs, ces
complicités continuent, cinq siècles plus
tard, à entraver l’unification des peuples qui luttent contre la
domination impérialiste. Ce qui rend d’autant plus pertinente
l’actualité de cette analyse.
Il n’est point besoin de démontrer que pendant la seconde guerre
mondiale, partout dans les pays occupés, les nazis se sont
largement appuyés sur la collaboration d’une partie de la
population qui a livré une partie de ses frères aux
forces d’occupation. Sans ces complicités, l’entreprise nazie
d’extermination n’aurait jamais atteint l’ampleur que nous savons.
Mais, il faut savoir que dans toutes les situations où de
rapports bourreaux/victimes s’installent, les bourreaux trouvent
toujours quelques complicités parmi les victimes. Même
parmi les victimes juives, les nazis bénéficièrent
de
complicités qui pourtant, ne sauraient changer quoi que ce soit
à
leur écrasante responsabilité [3].
Même expulsés hors l’espèce humaine, les Africains
ne forment pas pour autant une espèce à part, si bien que
parmi eux aussi, les agresseurs trouvèrent des collaborateurs
sans lesquels, la destruction du continent africain n’aurait pas
été aussi accomplie sur le plan économique, social
et démographique. Cependant, la trahison des clercs n’est pas
l’apanage des Africains, ni
l’exclusivité d’une époque. Et le peuple d’Argentine en
sait
quelque chose, comme vient de le montrer le film documentaire
Mémoire
d’un saccage [4].
Occultation d’un désastre
démographique
La responsabilité rejetée sur les victimes africaines a
beaucoup contribué à réduire la sympathie ou la
solidarité que parfois peuvent inspirer les victimes. Cette
manipulation a conduit
à faire abstraction des conséquences
socioéconomiques et démographiques des guerres
négrières déclenchées par les
Européens contre les peuples d’Afrique. En conséquence,
ce continent a été présenté comme ayant
toujours été attardé et traversé par des
guerres tribales. Ce qui ajouté à l’hostilité du
climat, expliquerait son actuel état de misère.
Cette vision de l’Afrique, aussi négative que faussée,
fut construite pour les besoins de la domination impérialiste,
mais cette vision est devenue partagée par tous y compris ceux
qui luttent contre la domination impérialiste [5]. Cependant, il
doit devenir possible d’approcher la question de la dévastation
du continent africain avec une vision moins cloisonnée que
d’habitude
pour, enfin, le sortir de la traditionnelle interprétation
européo
centrée.
Cette démarche permettrait, au moins sur le plan conceptuel
de l’analyse, de surmonter l’incompréhension envers les
revendications avancées par les exclus africains et celles
évoqués par des Noirs qui, dans les pays
d’Amérique, se perçoivent comme descendants d’Africains.
A partir de là, il deviendrait possible d’inscrire ces
revendications avec leur spécificité, dans la lutte
globale de tous les peuples de la planète contre la
globalisation de la misère. Au moins, deux
événements peuvent nous aider dans ce sens. Le premier
implique un dépassement de la perception que nous avons de
l’Afrique à cause d’une ignorance soigneusement entretenue par
les idéologues de la domination impérialiste et la
suprématie blanche.
L’Afrique avant le 17 siècle
En 1996 est sorti « Afrique Noire. Démographie Sol et
Histoire » [6], première étude pluridisciplinaire
visant à trouver le nombre d’habitants que l’Afrique
intertropicale
pourrait nourrir convenablement. Au cours de ses recherches pour
trouver
la densité optimale, l’auteure, spécialiste en
géographie
humaine, s’est posée la question de savoir dans quelle mesure
les
effets démographiques de la traite des Noirs expliquent les
faibles
densités de population de l’Afrique noire et s’il est possible
d’avoir une idée des incidences démographiques de la
conquête
coloniale puis de l’administration et de l’exploitation directes des
colonies.
Sortant des sentiers battus, Louise Marie Diop Maes a choisit une
méthode jusqu’alors assez négligée : trouver les
textes traduits
des auteurs arabes et soudanais relatifs à l’Afrique noire du 8e
au 17e siècle, relever tous les détails concernant le
nombre d’habitants, les confronter avec ce qu’en avaient dit les
voyageurs et
les navigateurs européens des 15e, 16e, 17e siècles. Puis
inventorier assez de textes contemporains relatant le résultat
des
fouilles archéologiques sur le plus grand nombre possible de
territoires
de l’Afrique noire et les comparer avec les dires des témoins de
l’époque précoloniale.
Le résultat des recherches menées par Diop Maes a
dévoilé au grand jour le niveau de développement
économique et humain atteint par les sociétés de
l’Afrique noire avant le 16e
siècle. C’est-à-dire, avant que ces peuples ne deviennent
la cible des attaques militaires qui, entre le début du 16e et
le
début du 20e siècle ont dévasté
complètement
le continent.
Les méfaits de la mondialisation
Les recherches menées par Diop Maes ont eu le mérite
de mettre à notre portée, pour la première fois,
des informations qui depuis fort longtemps auraient dû être
évidentes pour les chercheurs, africanistes et historiens
travaillant sur ces sujets. Ainsi, lorsque les populations d’un pays ou
d’un continent deviennent la cible d’agressions militaires
ininterrompues, créant des situations chaotiques et
d’insécurité, c’est tout le tissu économique et
social qui se dégrade. Aucune population n’a jamais
survécu à la destruction de son habitat sans subir des
conséquences démographiques assez drastiques.
On se rappellera que la guerre de Cent Ans, malgré l’inexistence
d’armes à feu à l’époque, a divisé par deux
la population de la France. Et d’ailleurs, trente ans de guerre ont
suffi pour réduire de moitié la population de l’Empire
germanique entre 1618 et 1648 avec l’utilisation des armes à
feu. Nous savons qu’en Amérique, les peuples Indigènes
soumis aux attaques des
Européens, à l’asservissement et à la destruction
de
leur habitat, ont été exterminés à 90%
environ, en l’espace de quelques décennies.
Or, le continent africain a été pendant quatre
siècles environ, le théâtre des guerres d’abord
déclenchées par des Européens et, par la suite,
des guerres internes alimentées par les demandes des
colonisateurs européens qui réclamaient de plus en plus
d’Africains dans l’univers concentrationnaire d’Amérique. Comme
les Africains déportés ainsi que leurs descendants,
mouraient à un rythme particulièrement
accéléré, les naissances n’arrivaient pas à
compenser les pertes. Des millions d’hommes de femmes et même
d’enfants razziés tous les ans
en Afrique, déportés et débarqués en
Amérique, n’ont jamais suffi pour renouveler la population
concentrationnaire.
Conséquences démographiques,
économiques et sociales
A l’abolition de la traite des Noirs et de l’esclavage au 19
siècle, la population africaine calculé à 200
millions d’habitants vers 1860 se trouvait déjà
probablement divisée par trois ou par quatre. Mais, elle n’eut
pas le temps de panser ses blessures, assailli de tous
côtés par les guerres de conquête coloniale de plus
en plus meurtrières grâce à la sophistication des
armes dont disposaient les troupes européennes. Vers la fin de
la première moitié du 20 siècle, la destruction du
continent africain était accomplie. Pour ne mentionner qu’un
exemple,
on se rappellera qu’entre la fin du 19e et le début du 20e
siècle, dans la région congolaise, l’Administration du
Roi Léopold II de Belgique provoqua une
extermination estimée à 10 millions d’Indigènes.
[7]
Le dépeuplement du continent ainsi que la misère et
l’indigence de ses habitants malades et affamés, décrits
par les voyageurs qui abordèrent l’Afrique noire au début
du 20e siècle, contrastent avec les pays densément
peuplés, l’économie fleurissante, l’agriculture
abondante, l’artisanat diversifié,
le commerce intense et surtout, avec le niveau de bien être
social
décrits par les voyageurs, géographes et navigateurs
ayant
abordé l’Afrique noire entre le 8e et le 17e siècle, et
dont
nous connaissons maintenant les témoignages grâce aux
recherches
de Diop Maes.
S’agissant de la traite, il existe une tendance à se focaliser
sur le nombre d’Africains soustraits au continent. Or, quels que soient
les millions d’hommes, de femmes et d’enfants razziés en
Afrique, déportés et débarqués dans
l’univers concentrationnaire d’Amérique, le déficit
démographique subi par l’Afrique noire s’explique surtout par
l’insécurité omniprésente et permanente
créé par la guerre. Parce que comme l’a si bien
souligné Diop Maes : « l’Afrique noire a connu une guerre
de Cent ans qui a duré quelques trois cents ans avec les armes
de la guerre
de Trente Ans, puis celles des 18 et 19 siècles » [8].
Ce couple traite/esclavage est à l’origine de la première
mondialisation. Mais, son absence dans le discours de Marx, a par la
suite exonéré les révolutionnaires, dont les
théoriciens du marxisme, d’inscrire la lutte et les aspirations
des Africains dans le projet révolutionnaire. Et aussi de
reconnaître la spécificité de la double oppression,
économique et raciale, qui frappe les Africains et aussi leurs
descendants partout dans les pays d’Amérique ou ailleurs. Autant
dire que leur lutte contre l’oppression raciale et pour l’affirmation
de leur identité, fut même déclarée
contraire au combat révolutionnaire. Cela est pour beaucoup dans
les incompréhensions qui ont éclaté au grand jour
à Durban.
Durban et les réparations
Fin août début septembre 2001 eut lieu à Durban, en
Afrique du Sud, la Conférence Mondiale contre le Racisme. Ceux
qui à l’époque ont suivi les informations à ce
sujet, se souviendront des affrontements décidément
antagoniques
qui ont traversé le déroulement de la Conférence.
En
effet, pour la première fois, dans un forum mondial, de
surcroît
organisé par l’ONU, les anciennes puissances
négrières,
esclavagistes et colonisatrices, se trouvèrent
confrontées
aux exigences de réparation présentées par les
peuples
survivants de la déportation négrière, de
l’asservissement
en esclavage et de la barbarie coloniale.
Dans un remarquable article publié dans le mensuel Le Monde
diplomatique sous le titre « L’avenir du passé
»
[9], l’auteur analyse le caractère irréconciliable des
deux
visions du monde qui se sont trouvées face à face pendant
la Conférence de Durban. Mais en plus de cet affrontement
plutôt
de bonne augure, il y eut aussi d’autres affrontements moins ouverts et
moins bien assumés car cela se passait dans les rangs des gens
progressistes qui, en principe, luttent contre le même ennemi.
Ce fut le cas des incompréhensions vite devenues affrontements
entre d’un côté, les Organisations non gouvernementales,
les mouvements et partis révolutionnaires ou simplement
progressistes, contrôlés par des ressortissants des pays
impliqués dans les crimes juridiquement liés à la
traite, l’esclavage et la colonisation, et de l’autre
côté, les organisations des victimes non
européennes, notamment africaines et descendants d’Africains
déportés vers l’Amérique. Il ne faut pas oublier
que dans les pays d’Amérique, que ce soit au Centre, au Sud ou
au Nord du continent, mais ailleurs aussi, ce mouvement pour les
réparations, est né en dehors des organisations
contrôlées par la gauche. Ce qui explique les tensions et
affrontements entre délégations parfois originaires d’un
même pays.
Un événement à ne plus
négliger
A Durban, les victimes de la suprématie blanche ont
rappelé que la mondialisation, surtout la mondialisation de la
violence, du saccage des peuples, de leur appauvrissement et de
l’asservissement en esclavage, avait commencé plusieurs
siècles auparavant. Que ses premières victimes ont
été d’abord les Indigènes d’Amérique et
ensuite ceux de l’Afrique. Et qu’entre la mondialisation de jadis et
celle dont il est question maintenant, la plus grande différence
se trouve dans le fait qu’à présent, même les
citoyens
des anciennes puissances négrières sont frappés
par
les méfaits de la globalisation, alors qu’autrefois, ils
étaient associés à ses avantages, ne serait-ce que
par la distribution de quelques miettes [10].
Le moment est peut-être venu de comprendre que la
spécificité de la double oppression des Noirs, et en
conséquence de leurs revendications, découlent de la
singularité de leur position dans l’histoire. Et cette
singularité, pas choisie par les Noirs, remonte à
l’époque où des millions d’êtres humains
chassés en Afrique, enchaînés et entassés au
fond de la cale des bateaux négriers, furent obligés
à traverser l’Atlantique pour être
dépouillés de leur appartenance à
l’espèce humaine dans l’univers concentrationnaire
d’Amérique.
Dans les pays d’Amérique, les femmes, surtout dans les milieux
populaires, en plus de l’appauvrissement croissant, sont
confrontées à la violence quotidienne ou guerre de basse
intensité tolérée voire exercée par les
gouvernements locaux sur lesquels s’appuie la domination
impérialiste. Beaucoup parmi elles développent des formes
de lutte qui rejoignent les alliances qui avaient lieu entre
Indigènes et Africains lorsque voici plusieurs siècles
commençait
la mondialisation de l’asservissement et le saccage des peuples.
Ainsi, la création d’associations formées par des Femmes
paysannes, indigènes et noires qui, à partir de leur
spécificité ethnique, culturelle ou autre, s’organisent
et luttent ensemble contre
l’ennemi commun. Aux idéologues et théoriciens de la
révolution, ou simplement des luttes populaires, de comprendre
que : «
Si l’oppression est une, elle se circonstancie selon l’histoire et les
conditions géographiques : le Noir en est la victime, en tant
que
Noir, à titre d’Indigène colonisé ou d’Africain
déporté. Et puisqu’on l’opprime dans sa race et à
cause d’elle, c’est tout d’abord de sa race qu’il lui faut prendre
conscience. [11] » Tirer les leçons de cette
évidence doit être facile,
ou en tout cas possible, depuis que l’événement Durban
eut
bien montré à la face du monde que le passé n’est
pas
derrière nous.
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NOTES:
[1] Voir : http://risal.collectifs.net/article....
[2] Pas besoin de sélectionner une bibliographie pour cela.
Dans n’importe quel manuel concernant « la traite », il
sera
question, souvent avec insistance, de la responsabilité des
Africains.
Le rappel sera plus ou moins grotesque selon que l’auteur soit
négrophobe ou négrophile. C’est une question de
degré.
[3] Concernant la collaboration dont les nazis
bénéficièrent parmi les victimes, lire Raul
Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, Paris, Fayard, 1988. Et
plus précisément sur la collaboration de notables juifs
en France entre 1940-1944, lire Maurice Rajsfus, Des
Juifs dans la collaboration, Paris, Etudes et documentation
internationales,
1980.
[4] Dans le Film documentaire, Mémoire d’un saccage, Fernando
Solana décortique les complicités locales dont
bénéficient les multinationales et les organismes
multilatéraux, BM, FMI, pour vampiriser l’économie des
pays du tiers monde.
[5] Pour la genèse et l’évolution de l’image de l’Afrique
chez les Occidentaux, lire William Cohen, Français et Africains,
Les Noirs dans le regard des Blancs 1530-1880, Paris, Gallimard, 1980.
[6] Louise Marie Diop Maes, Afrique noire, démographie, sol
et histoire, Paris, Présence africaine, 1996.
[7] Concernant ce génocide, lire Adam Hochschild dans sa
remarquable et très documentée étude Les
fantômes du Roi Léopold, Paris, Belfond, 1998.
[8] Diop Maes, op. cité, p.234
[9] Christian de Brie, L’avenir du passé in Le Monde
Diplomatique, octobre 2001.
[10] Le lecteur consultera profitablement Noam Chomsky, L’an 501 La
conquête continue, Montréal, Ecosociété,
1993.
[11] Jean-Paul Sartre, Orphée noir, Préface à
l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache en
langue française, 1948.