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Hadriana dans tous mes rêves

Par




René Depestre

 « Il s'agit d'une Haïti dans toute sa diversité, dans toutes ses réalités. C'est Haïti qui est au coeur de ma production, mais pas comme un « poète patriote » qui est à l'étranger qui aime sa patrie... Mais dans l'ambiance des données existentielles qui marquent à tout jamais mon enfance et mon adolescence. »

Hadriana dans tous mes reves

Jacmel (Haïti) en 1938, à l'époque des réjouissances du Carnaval. Patrick Altamont, le jeune narrateur, nous conte deux évènements qui se produisent en simultanéité : d'abord la fin de sa très chère marraine Germaine Villaret-Joyeuse, puis les noces de l'éblouissante Hadriana Siloé, laquelle tombe raide morte au pied de l'autel à la minute où elle prononce le oui sacramentel.

Mais nous sommes en pays vaudou où le rituel des métamorphoses permet de mêler les horreurs de la mort aux rires de la fête. Et si Hadriana, l'héroïne française du récit, est enterrée en grande pompe dans sa belle robe de mariée, elle ressuscite aussitôt sous la forme d'une zombie, l'une des formes mythiques du destin des Haïtiens. Autour ce de thème lié aux mythes de l'esclavage et de la colonisation, symbole de l'ambiguïté du réel-merveilleux dans les cultures de la Caraïbe, l'humour et l'imagination du conteur se débrident pour éclairer le vécu haïtien dans sa fantaisie, sa sensualité, son surréalisme démonté, son désordre toujours hallucinant ...

René Depestre, magicien de l'écriture, sait une fois de plus entraîner son lecteur à l'intérieur d'une sarabande macabre et burlesque au cours de laquelle les danses colorées et la musique sont indissociables des cérémonies funèbres. La joie de vivre et la terreur de passer à trépas procèdent d'une seule et même énergie. Et la verve extravagante et somptueuse de l'auteur nous force à croire à ce récit bourré de personnages plus insolites les uns que les autres.

Hadriana Siloé : Figure métaphorique, sinon de l'île, de son âme et de son destin ?

Plus que n'importe quelle autre jeune fille de Jacmel, Nana Siloé avait un paradis à enterrer.
p. 46

Haïti : Figure métaphorique de l'enfance, du « temps du rêve » ?
Comme d'autres partaient sans but sur les routes, mettant à l'épreuve de divers climats leur rage vababonde de vivre, à toute heure il me suffisait de descendre au jardin pour faire le tour des bonnes et joyeuses fièvres du monde !
p. 176

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
• « Hadriana dans tous mes rêves », Paris : Gallimard (Collection blanche), 1988
 
•    « Gerbe de sang », Port-au-Prince : Imprimerie de l'État, 1946
•    « Le mât de cocagne », Paris : Gallimard (Folio, 3081), 1998
•    « Encore une mer à traverser », Paris : La Table ronde, 2005