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Lorsque la peine, la
souffrance devient pesante ou difficile à supporter, il y a des
personnes qui préfèrent répartir la charge avec un
proche, un individu qu’elles estiment. Certains par contre adoptent une
stratégie différente, comme toute peine est
intrinsèquement singulière, la souffrance l’est tout
autant : propre. Alors chacun reste libre de sa gestion et du
remède qu’il convient d’apporter afin d’y remédier.
D’aucuns, rares sont ceux qui s’enfoncent dans la
déréliction, faisant défection à la vie et
ne s’en sortent pas ou très longtemps après, mais c’est
leur choix, quoi qu’on en dise !
Une amie, une jeune martiniquaise, travaillant au sein d’une Ambassade
accréditée auprès du Saint-Siège à
Rome a choisi de la partager, elle m’a fait l’insigne honneur de me
considérer comme étant digne de l’accompagner sur un bout
de chemin, je la remercie, et lui renouvelle mon affection. Elle a
vécu la mort du pape Jean Paul II de l’intérieur, la
relation qui l’unissait au Saint Père, je ne peux rien en
dire, ce ne sont pas des questions que nous abordons habituellement, ce
que je sais, c’est que la disparition du Saint Père l’a
profondément bouleversée et affectée.
Pendant toute cette période de deuil, nous avons
échangé - parler fait du bien, écrire tout autant.
Et comme nous avions convenu, je vous livre son ressenti. Ce n’est pas
une indiscrétion, ni du voyeurisme, il était prévu
qu’il en serait ainsi dès le départ, il n’y a rien de
personnel ou d’indécent dans les extraits que j’ai choisi. J’ai
trouvé ses écrits émouvants, d’une grande
spontanéité, sans artifices, ce qui fait toute leur
beauté, car dans ces moments c’est l’émotion qui domine,
force est de compatir. Son témoignage pris sur le vif permet une
autre lecture de ce fait historique, vu par
l’une des nôtres, une enfant du pays, une fille de la Martinique,
quelqu'un de chez nous.
Le premier Jour
« Tony, tu as appris la nouvelle : la mort du Pape Jean-Paul II.
Ici à Rome on a ressenti une grande tristesse et je pense aussi
dans le monde entier. (…) comme tu dois déjà le savoir,
le corps du saint-Père sera exposé dans la basilique
Saint-pierre à partir d'aujourd'hui et des lits ont
été installés à la Fiera di Roma et des
tentes à Tor vergata pour recevoir les pèlerins, qui ne
trouveront pas de chambres d'hôtel. J'espère qu'il seront
nombreux à venir, si tu en connais dis- le moi on pourrait tous
se rencontrer à Rome.
Est tu en contact avec le Nonce apostolique de la Martinique ?
J’espère qu'ils viendront eux aussi pour les funérailles
prévues, je pense ou jeudi ou vendredi prochain.
Le deuxième jour
Bien sur à en juger par le nombre de personnes à Rome, on
n’a jamais connu une telle popularité. On attend deux cents
chefs d'Etat. En ce qui me concerne, je m'occupe de la
délégation haïtienne, je travaille auprès du
saint-siège et donc
il faut s'organiser.
Le troisième jour
Aujourd'hui dans le métro c'est la joie, la peine, de la
bousculade, la ville est prise d'assaut, les Romains sont très
impressionnés par l'onde humaine de toutes les
nationalités, qui s'unissent et déferlent dans la ville
pour rejoindre le Vatican. Le maire de Rome a décidé de
rebaptiser la gare de Termini pour l'appeler Jean-Paul II, il se
félicite de l'organisation qu'il a mise en place en un temps
record et qui fonctionne.
Concernant la communauté des caraïbes dans son ensemble,
c'est assez difficile de l'évaluer sur place, puisque pour
l'instant je suis dans l'Ambassade pour les préparatifs, mais je
sais que Fidel Castro voulait venir mais ne viendra pas, les
haïtiens seront présents, j'essayerai de voir ce qui l'en
est de nos compatriotes.
Le quatrième jour
Je te remercie. En effet ces derniers jours, tout le monde s’attendait
à la mort du Pape mais franchement personne n'était
vraiment préparée. Quand j'ai appris la nouvelle à
mon Père au téléphone il s'est mis à
pleurer. J’étais très triste. A Rome, nous nous sommes
sentis tout à coup orphelins. On a pris conscience de toutes les
années d'efforts, de l'oeuvre
titanesque du Saint-père pour la Paix. Ses nombreux voyages
à
la recherche de l'être humain pour l'accompagner dans ses
difficultés
et revitaliser sa foi.
Certains disent même que l'on a évité une
troisième guerre mondiale grâce à lui.
Les pèlerins arrivés à Rome sont plus de deux
millions et on pense qu'ils atteindront les quatre millions d'ici
vendredi, jour des funérailles : la ville est «
blindée » parce que les deux ex présidents des
Etats-Unis sont arrivés avec Bush. Deux cents chefs
d'états sont attendus. La protection civile nous conseille de
nous recueillir sur d’autres places : Tor Vergata, Circo Massimo, etc.
On sent un stress, une fatigue des services de sécurité,
mais le bonheur des pèlerins qui veulent entrer dans la
basilique pour voir une dernière fois le Saint-père, est
très grand
depuis l'arrivée des trois présidents américains.
La Télévision, la radio, les services de
sécurité et d'assistance envoient des Sms sur nos
portables, nous demandant de ne plus nous rendre vers la basilique
Saint Pierre, mais de se diriger vers d'autres places. A Rome ou sont
installés des écrans géants, on informe les
pèlerins de ne plus venir.
Je crois que demain, beaucoup de gens qui se sont pressés
dans la capitale, se contenteront de voir les funérailles
à la télévision.
Le cinquième jour
Merci pour tes mails réconfortants, le moment attendu est donc
arrivé, les funérailles se sont bien
déroulées, en fait je les ai regardées à la
télévision. Dans les rues, très tôt ce
matin, il y avait une grande effervescence, à Rome beaucoup de
pèlerins ont dormi à même
le sol sous les tentes aménagées ou sur des sacs de
couchage,
et ont suivi la cérémonie sur grands écrans, des
journalistes commentaient en direct, certains se lamentaient, disant
que les funérailles ressemblaient plutôt un show
télévisé, et qu'il fallait respecter le
caractère religieux de l’évènement.
La préoccupation de certains pèlerins ou touristes
était de se faire photographier près du Pape seulement
pour la photo. Mais dans l'ensemble on ressent déjà un
regret c'est un moment historique. On évoque les possibles
successeurs et naturellement on
exclu un pape noir. Lorsque le journal a dû développer sa
thèse
concernant l'impossibilité d'un pape noir, dans les commentaires
émis par certains, on remarque qu’à chaque fois les
arguments
ne tiennent pas, c'est un principe.
Maintenant l'heure est au changement ... »
Paris, Rome : avril 2005
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