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Après Singapour, quelle Guadeloupe sportive en 2012 ?

par

Le sociologue Harry Mephon

Etre favorable à la candidature de Paris et vivre en Guadeloupe c’est se sentir concerné de manière particulière convaincu de la qualité du dossier parisien et surtout de l’importance que ces Jeux pouvaient apporter comme un vain espoir de relance du sport dans les Dom. La victoire surprise de Londres pour l’organisation des Jeux Olympiques de 2012 le 6 juillet à Singapour a été l’objet de nombreuses réactions au niveau national et international. Certaines s’attaquant aux institutions décrépies qui se lézardent, d’autres fustigeant les élites coupées de la réalité aveuglées par leur vanité et leur autosuffisance sans oublier l’attaque en règle des Anglais jugés- à travers son premier ministre Tony Blair- agressifs, affairistes, maffieux. Rien ne dit que les Britanniques sont condamnables. A-t-on le droit de donner des leçons ?

Quand on perd il faut être fair-play jusqu’au bout et surtout tenter de comprendre les raisons de ces échecs récurrents : la troisième fois en vingt ans. Cet ultime échec traduit la profonde crise de société que traverse le pays depuis des décennies et surtout le manque de crédibilité au niveau international du modèle français ; sur cette élection de son modèle sportif. Au moment où les langues se délient, force est de constater que l’équipe était divisée et les sportifs sont restés en arrière plan, très loin des politiques et des hommes d’affaires. Rassembler 50 000 personnes au Champ Elysée ne veut pas dire que l’on a le soutien populaire et encore moins que nous vivons dans un pays où le sport représente une forte valeur nationale avec un budget qui représente moins 1% du budget national. Le film franchouillard de Luc Besson présentant un Paris éternel de la belle époque, monocolore, chauvin, quelque peu xénophobe n’a pas su convaincre les partenaires hésitants. Londres présentée comme une métropole multiethnique, multiculturelle prêtre à recevoir la jeunesse du tiers monde se place dans un rêve universel partagé et accepté. Le refus systématique de la France de vouloir intégrer ses minorités et les mettre aux avant postes de responsabilités importantes décriant des pays communautariste, notamment les Etats-Unis de Colin Powell et de Condoleezza Rice et la Grande-Bretagne de la baronne Valérie Amos doit aussi nous interroger sur la place que ces minorités- notamment celles des ultra-marins - aurait pu jouer dans la décision en les mettant un peu plus en avant dans un espace francophone diversifié aux yeux du monde. Sur ce plan les Anglais on su séduire les membres du CIO en s’appuyant sur cette image. En France cette carte demeure inconcevable dans les esprits.

Dominique de Villepin, le premier ministre se voulait rassurant c’est engagé. Il a promis au monde sportif le 6 juillet de construire les équipements majeurs prévus dans le dossier Paris 2012.et qu’il « Consulterait dans les prochains jours les représentants du sport français pour lancer un grand programme sportif national et pour faire rayonner le sport français » au premier rang de ce programme la réalisation des « infrastructures que nous avions envisagées et qui manquent à notre pays » En Guadeloupe, à part le choc émotionnel instantané, les réactions se font attendre. Profiterons-nous de ce revers pour comprendre à quel point il est urgent de renouveler nos projets sportifs et de rebondir sur les propos ministériels? La Guadeloupe est-elle concernée dans le cadre de ses infrastructures ; sera-t-elle consultée ? Et si, c’est le cas de quelle manière ? Pour quelle efficacité ?

Les déboires de cette candidature loin de nous attrister doivent préparer une résurrection, l’amorce d’une refondation du sport guadeloupéen qui traverse une crise sans égal en relation avec la crise de la société guadeloupéenne. Les modèles fortement inspirés d’un modèle qui ne fait pas recette au niveau international sont aussi à interroger ainsi que tout ceux qui les proposent et les renforcent dans une Guadeloupe que certains veulent inégale et discriminante. On ne doit pas oublier que la victoire de l’équipe de France Black Blanc Beur lors du mondial 1998 n’a pas arrêté les discriminations bien au contraire. Les retombées pour les DOM, la Guadeloupe en particulier se font attendre en dépit du rôle joué par Thierry Henry et Lillian Thuram. Depuis une décennie, les Guadeloupéens disparaissent de manière progressive des équipes nationales aux profits d’autres minorités (africaines et Arabes). Dans la sélection d’Helsinki aucun Guadeloupéen préparé dans le département n’y figure contrairement à nos voisins martiniquais ; Cela ne dérange aucune conscience locale. Peut-on encore continuer dans cette voie sans s’interroger sur les possibilités de produire localement de nouvelles élites sportives? As-ton bien saisi les conséquences et les enjeux de cet échec ? Le sport en France reste un des rares territoires où l’Etat réserve aux Domiens un minimum de reconnaissance. Il est temps de se réveiller d’avoir confiance en nous. Mais existe-il en Guadeloupe une réelle volonté de forger pour notre pays un projet spécifique ambitieux conforme à nos caractéristiques ? Les hommes de ce pays sont ils prêts aux sacrifices nécessaires que nécessite une telle aventure en faisant des ruptures avec certaines tendances autodestructrices ?