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Méfiez-vous des Noirs
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Depuis quelques temps
déjà, nous découvrons une campagne de
prévention sur le Sida, réalisée par les pouvoirs
publics, qui se décline par voie d’affichage urbain et spots
télévisés en prime time, histoire de toucher un
maximum de Français assis devant leurs poste(s) de
télévision(s) en soirée.
Cette
campagne diligentée par le ministère de la santé
est d’autant plus « remarquable » qu’elle met en
scène des noirs dans un rôle principal, chose qui n’est
pas loin de constituer une vraie révolution dans un pays qui
refuse obstinément d’intégrer positivement ses
« minorités visibles », affichant dans ce domaine un
retard sérieux par rapport aux pays pourtant
décriés comme« communautaristes », notamment
les Etats-Unis et le Royaume-Uni.
A travers
cette initiative, la France s’est-elle enfin décidé
à assumer sa multiculturalité, au point d’octroyer une
telle importance aux acteurs noirs? Le doute est plus que permis pour
quelques raisons
évidentes.
Le manque
de cohérence dans le choix du ministère de la
santé !
Faire des
acteurs noirs les relais d’une campagne de sensibilisation sur le Sida
est certainement une banalité dans les pays Anglo-saxons, car
les « minorités visibles » sont prises en compte
dans toutes
les sphères,mais pas en France, patrie des droits de l’homme,
où
il y a de nombreux blocages relatifs à l’histoire coloniale.
Il est
suspect que les pouvoirs publics mettent en scène des
protagonistes noirs comme support d’une initiative aussi importante
pour la communauté nationale , alors que dans le même
temps, d’autres campagnes, ô combien importantes, elle
aussi, pour la santé publique, n’intègrent pas ces
mêmes noirs. Par exemple, combien de comédiens noirs
occupent des rôles dans les spots sur la sécurité
routière, le cancer, l’alcoolisme, sujets touchant toutes les
catégories sans distinction? Aucun.
Faut-il
donc en déduire que l’Homme noir est plus crédible pour
aborder les questions de sexualité et de maladies sexuellement
transmissibles ? Très probablement dans l’imaginaire collectif
Français. Faut-il rappeler que dans le cas du cancer,
l’organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît
aujourd’hui que les populations Africaines sont au moins trois fois
plus concernées par le cancer de la prostate que les populations
Européennes ? Qu’attendent donc les pouvoirs publics
Français pour lancer des opérations d’information
d’envergure hexagonale ? N’existe t-il pas de populations Africaines
dans l'hexagone et
celles d’ascendance Africaine en provenance des Départements
D’Outre-mer ( Antilles, Guyane, Réunion) , sans oublier les
collectivités territoriales de l’océan indien? Il faut
croire que la surreprésentation des cas de cancer de la prostate
chez ces noirs qui vivent en France n'intéresse pas le
ministère de la santé et des
solidarités.
Le choix
de comédiens noirs par le ministère de la santé
n'est pas cohérent, parce que la communauté noire,
au mieux, ne représente que 10% de la population nationale, ce
qui signifie l’impact limité qu’elle peut avoir comme support de
sensibilisation auprès de la communauté nationale,
principalement ceux de souche, c’est à dire les blancs, cela
d'autant plus qu’elle est marginalisée et dispose d’une
importance économique très relative par rapport à
d’autres communautés. On peut donc douter de l'adhésion
de la communauté nationale à cette campagne de
sensibilisation articulée autour de comédiens noirs, qui
au "mieux", est perçue comme une initiative du ministère
de la santé pour la communauté noire, au pire, alimente
la stigmatisation de la communauté noire toute
entière.
Racisme, clichés et univers colonial!
Des noirs
pour parler du Sida, il ne pouvait y avoir aux yeux des pouvoirs
publics de meilleurs « interlocuteurs » pour une «
cause humanitaire » aussi terrifiante. En choisissant des
comédiens noirs, le ministère de la santé accuse
habilement la communauté noire, accentuant ainsi les
discriminations quotidiennes qui minent l'existence de ses membres en
France. Cela confirme surtout combien il est aisé de trouver des
boucs émissaires pour justifier la morosité dans
une société en pleine crise. Dans ce domaine, les
pouvoirs publics
ne dérogent pas aux bonnes vieilles méthodes, celles
là
qui consistent à ne voir les « minorités visibles
»
que sous l’angle de l’imaginaire colonial, à l’instar des
représentations
« Y’a bon banania », Rhum Négrita, en passant par
«
Apéricubes ». C’est dire toute la richesse de la panoplie
coloniale.
Des
acteurs noirs qui recommandent au peuple tout l’intérêt de
se faire dépister, c’est l’évidence même, comme
l’estime le ministère de la santé public qui
n’hésite pas à forcer la caricature en voulant imposer
des boubous aux comédiens noirs
( lire l’ interview du réalisateur de la campagne en
pièce jointe)
Pour les pouvoirs publics, seule la fin justifie les moyens : il faut
informer
la communauté nationale des risques encourus à
s’approcher
des noirs et de leurs « mauvaises manières ».
Que des
acteurs noirs soient le relais d’une campagne de sensibilisation sur le
Sida en France, cela permet, ne serait-ce que de façon
subliminale, d’entretenir la boîte à fantasmes sur une
prétendue sexualité « débridée
» et « bestiale », éléments qui
alimentent les discours sur le mythe originel du Sida. N’est-ce pas sur
la base de ces raccourcis simplistes que l’Afrique s’est vue octroyer
la paternité
du virus du Sida ?
Cette
campagne de sensibilisation est cynique et scandaleuse, car elle
s’éloigne non seulement de son public cible, c’est à dire
la France dite de souche,
en ne s’adressant pas directement aux plus vulnérables que sont
les
hétérosexuels, homosexuels et toxicomanes, mais surtout
elle
désigne la communauté noire comme vecteur
avéré de la propagation du virus du Sida en France. C’est
là tout l’art du
transfert de responsabilités d’une majorité vers la
minorité. Cela peut sembler grossier, mais ça permet de
conditionner les masses qui prennent tout ce qui passe dans les
médias pour argent comptant.
Une France
frileuse et réactionnaire!
Dans cette
campagne sur la prévention du Sida, le ministère de la
santé démontre combien la France reste fidèle
à
la vision étriquée qu’elle s’est construite pendant des
siècles
sur l’Afrique et les noirs en général. Par cette posture
rigide,
la preuve est faite que ce pays se regarde le nombril, tourne son
regard
vers le passé, stigmatise la différence pour mieux
dissimuler
son repli systématique sur son passé.
D’ailleurs,
nous en avons eu la preuve, il y a quelques semaines lors
du vote du CIO pour l’organisation des JO de 2012. Pendant que Tony
Blair misait sur la diversité culturelle de la ville de Londres,
la jeunesse, l’audace, la France, elle, présentait un film de
Luc Besson , pour le moins franchouillard,
ethnocentriste et monocolore, où elle invitait son passé,
c’est
à dire le Baron de Coubertin, le Paris éternel, le Paris
de
Gustave Eiffel).Tout y était luxe, calme, beauté et
volupté,
et il n'y avait pas de noirs susceptibles de profaner la blancheur
originelle
de cette France d'hier. Douce France, chère pays de mon enfance
!
Entre ce
pays qui se regarde dans le rétroviseur et celui qui
accuse "l’étranger", il n’y a rien de bien rassurant. Faut-il
pour autant encourager une campagne recommandant la mise en quarantaine
de la minorité
noire par les autres composantes "ethniques" de la communauté
nationale
? Non. Par conséquent, pour aider la France à assumer son
cachet
multiracial, donc à mieux construire son futur, nous devons
dire
STOP maintenant au mépris institutionnel des "minorités
visibles"
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