Deux décrets viennent de durcir
l’accès aux soins des étrangers sans titre de
séjour.
L’Aide Médicale de l’Etat (AME) est destinée aux
personnes vivant en France, qui sont exclues de la couverture maladie
dite universelle et dont les ressources sont inférieures
à un plafond de 576 € par mois. L’accès aux soins des
étrangers sans titre de
séjour dépend de l’AME.
Depuis décembre 2002, le gouvernement n’a cessé de
remettre en cause le dispositif d’AME par voie législative : le
droit à l’admission immédiate à l’AME même
dans les cas où « la situation l’exige » a
été supprimé, et il est devenu obligatoire de
justifier de 3 mois de présence ininterrompue sur le territoire
pour obtenir l’AME.
L’application de ces mesures représentait déjà un
frein majeur pour l’accès aux soins avec des conséquences
sanitaires lourdes : aggravation des pathologies par retard de prise en
charge aboutissant à des hospitalisations en urgence sans
possibilité
de poursuite de soins, car l’hospitalisation n’ouvre plus droit
à
l’AME, absence de toute politique de prévention au niveau de
cette
population déjà fragilisée par ses conditions de
vie,
qu’il s’agisse d’adultes ou d’enfants.
En 2004, des projets de circulaire et de décrets
préparaient un nouveau durcissement des modalités
d’accès. Sous la pression de nombreuses associations et
syndicats, ces projets ont pu être mis en échec. La Caisse
Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) avait elle-même émis
un avis défavorable en février 2004, estimant
que les projets du gouvernement compromettaient « l’accès
aux
soins » des personnes concernées et contrevenaient «
aux exigences élémentaires de santé publique et de
sécurité sanitaire… ».
Profitant de l’été, le gouvernement vient de publier deux
décrets reprenant presque mot pour mot les dispositions
rejetées l’année dernière par la CNAM et les
associations. (J.O du 29 juillet 2005 ), supprimant ainsi le principe
déclaratif, un principe de base de l’aide sociale depuis plus
d’un demi-siècle, principe qui permettait à des personnes
en situation de besoin de justifier par déclaration
écrite de leur identité ou de leurs ressources et ainsi
d’accéder à des droits fondamentaux même s’ils
n’ont pas ou n’ont plus avec eux de papiers.
Avec ces décrets au contraire, le demandeur doit justifier,
à l’aide de papiers parfois très difficiles à
obtenir ou très onéreux, de sa présence
ininterrompue depuis 3 mois sur le
territoire français, de toutes ses ressources, auxquelles il est
prévu d’ajouter les avantages en nature que
représenterait un logement
occupé à titre gratuit, ce qui revient à
surévaluer
les ressources du demandeur. Il est également prévu de
faire
assumer les prestations, normalement prises en charge par l’AME, par
les
personnes tenues à l’obligation alimentaire à
l’égard
du demandeur.....
Ces deux décrets viennent renforcer la politique gouvernementale
qui, actuellement, vise particulièrement les étrangers
sans titre de séjour (arrestations, rétentions,
expulsions par charters). Le gouvernement fait de ces étrangers,
déjà victimes de nombreuses exclusions, des boucs
émissaires, en les accusant de fraudes, sans aucune preuve, et
en les dissuadant de faire valoir leur droit aux soins.
Seule une prise en charge à 100% des soins par l’Assurance
maladie solidaire et obligatoire pourrait garantir un égal
accès aux soins pour tous. Il nous faut nous mobiliser car :
le gouvernement a encore sous le coude un décret
qui permettrait la mise en application de la loi votée en 2002
mettant fin à la gratuité des soins pour les
bénéficiaires de l’AME.
la réforme de l’Assurance maladie votée il y a un
an par le parlement organise une baisse de la couverture par
l’Assurance maladie solidaire et obligatoire, ouvre de ce fait la porte
aux assurances privées et aggrave les inégalités
d’accès aux soins.
Mobilisons-nous pour l’accès aux soins pour tous.
Décret
n° 2005-860 du 28 juillet 2005 / NOR :SOCA0422024D (JO du 29
juillet
2005) relatif relatif aux modalités d’admission des demandes
d’aide
médicale de l’Etat
Décret
n° 2005-859 du 28 juillet 2005 / NOR :SOCA0422023D (JO du 29
juillet
2005) relatif à l’aide médicale de l’Etat et modifiant le
décret n° 54-883 du 2 septembre 1954 modifié pris
pour l’application
de l’ensemble des dispositions du décret du 29 novembre 1953
relatif
à la réforme des lois d’assistance