Dans le cadre de la
catastrophe aérienne du Venezuela au cours de laquelle la
Martinique a payé un lourd tribut, le Collectif des Antillais,
Guyanais, Réunionnais a mandaté officiellement
Maître Gilbert COLLARD, pour se constituer " Partie Civile " dans
le cadre de l'instruction judiciaire ouverte jeudi par le Procureur de
la République de Fort-de-France Serge SAMUEL, pour
des chefs d'homicides involontaires, afin que soient garantis les
droits des
victimes et ceux de leurs familles.
Le Collectif, qui souhaite
accéder au dossier afin de s'assurer que toute la lumière
sera faite sur le crash, entend également adresser un signal
fort aux compagnies aériennes qui, à un titre ou un autre
desservent l'Outre-Mer.
Ce drame doit
permettre d'ouvrir une vraie réflexion sur les conditions de
transport de l'hexagone vers l'Outre-Mer, plusieurs fois
dénoncées par le Collectif. Car, ce ne sont pas
uniquement les compagnies étrangères ou les charters qui
posent le problème de la sécurité des passagers.
Les vols entre l'hexagone et l'Outre-Mer ont connu récemment de
graves incidents et les compagnies comme les pouvoirs publics,
alertés par le Collectif, ont réagi tardivement et dans
la plus totale opacité.
1°) Les compagnies
aériennes qui desservent l'Outre-Mer, sous couvert de lignes
régulières, fonctionnent en réalité comme
des charters :
• Les charters utilisent
des avions âgés, déjà amortis. C'est aussi
le cas pour
CORSAIR et AIR FRANCE dont les B 747-300 qui volent vers l'Outre-Mer
ont
entre 20 et 30 ans. Ceci est d'autant plus scandaleux qu'AIR FRANCE
pratique une politique différente suivant les destinations :
Pour l'Europe, les États-Unis ou le Japon, les avions les plus
récents ont entre 6 et 7 ans de moyenne d'âge ...
• Les charters
réalisent des économies substantielles en terme de
service aux passagers. C'est aussi le cas des deux compagnies
européennes qui ont un nombre de personnels
réduits en vol et offrent un service à bord de
piètre qualité.
• Les
charters utilisent des avions réaménagés pour
prendre plus de passagers. Les B-747-300 conçus pour 470
passagers sont utilisés en version 507 passagers pour Air France
et 580 pour Corsair.
La seule différence
réside dans
les prix prohibitifs pratiqués vers l'Outre-Mer par les
compagnies régulières pendant les périodes de
vacances ; près de trois fois un prix charter, soit 1200
à 1500 euros alors que le seuil de rentabilité est autour
de 400 euros.
2°) En cas de menace
grave sur la sécurité, les compagnies aériennes
comme les autorités
étatiques font preuve d'opacité totale.
D'octobre 2004
à janvier
2005, des dizaines d'incidents graves et répétés,
qui
pouvaient présenter un danger pour la sécurité des
passagers,
ont affecté plusieurs compagnies aériennes, et
particulièrement Corsair. Le Collectif des Antillais, Guyanais,
Réunionnais a saisi l'ensemble des ministres concernés,
la DGAC, ainsi que tous les parlementaires français en
décembre 2004 et janvier 2005.
Plus de 80
interventions politiques, questions écrites ou orales de
parlementaires ont reçu des réponses inexactes de Gilles
de Robien et de François Goulard en charge du dossier (voir
notre dossier sur notre site Internet : , rubrique
Continuité et prix des billets). Ces ministres minimisaient les
incidents, indiquaient qu'ils n'étaient pas liés à
l'âge des avions et affirmaient que jamais ils n'avaient
posé le moindre problème de sécurité.
Or la Direction
Générale de l'Aviation Civile, qui avait tout d'abord
tardé à réagir, fait suite aux pressions fortes du
Collectif et pose un ultimatum d'un mois à Corsair pour revenir
à des niveaux de sécurité acceptables sous peine
de perdre l'habilitation de vol. C'est à dire que Corsair aurait
pu voir cloué au sol tous ses appareils qui allaient vers
l'Outre-Mer. (Corsair placée sous surveillance
étroite se voyait imposer une meilleure coordination entre ses
deux ateliers, des embauches de personnels supplémentaires...).
S'il s'agissait
d'incidents mineurs
comme l'ont prétendu ensuite les ministres, aurait-on
utilisé une telle menace exceptionnelle qui n'est dictée
que par des considérations de sécurité majeure ?
Il est clair qu'il s'agit
de mensonge d'État par omission. Le Collectif proteste devant le
parti pris des ministres et de la DGAC. En matière de
sécurité, les passagers ont un droit naturel à une
information objective et non
manipulée. Le Collectif rappelle aux responsables en charge des
dossiers
qu'ils s'exposent à voir engager leur responsabilité
personnelle
en cas de drame aérien.
Le
Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais dénonce
par ailleurs les conditions de contrôle de la DGAC qui est
basé sur la bonne foi
des compagnies aériennes. Ces inspections ne peuvent être
que
succinctes et sans effet significatif car la DGAC se fie aux
déclarations de révision sans pouvoir les vérifier.
Le Collectif prône
l'adoption de mesures concrètes, plus volontaristes que le
dispositif « Label bleu » envisagé par les
pouvoirs publics qui paraît de faible impact. Celui-ci n'est en
effet assorti d’aucune obligation envers les transporteurs et ne prend
pas en compte les politiques différenciées des compagnies
aériennes, comme Air France, suivant les destinations.
FOSS
Patrick KARAM
Président du Collectif des Antillais Guyanais Réunionnais