« Tant que nous pouvons
pleurer, nous pouvons chanter »
Le mardi 16 août 2005, ce
n’est pas moins de cent soixante personnes, dont cent cinquante-deux de
nos compatriotes, qui ont péri lors du crash du MD-82 de
la compagnie West Caribbean Airlines au Venezuela. Et tout
comme vous, quand j’eus à connaître la nouvelle, je fus
subjugué par l’émotion. Et tout comme vous,
quand j’eus parcouru la liste des victimes, je n’ai pu juguler mes
sanglots et retenir mes larmes, car je connaissais.
Le ressenti tient en peu de mots
: C’est une horreur ! La confrontation à un
tel évènement vous désoriente,
l’hébétude vous transit, on s’affale, les
réminiscences du passé affluent, la remembrance de
l’autre vous envahit, les traces communes de vie se font
prégnantes et les visages des regrettés dansent dans
votre tête. Dans ce laps de temps, le chagrin est immense, la
tristesse forte et le moment de la verbalisation pas encore venu.
L’autre n’est pas mort, il est encore en vous, il est
signifiant, sa réalité physique perceptible, s’inscrivant
dans vos alentours et vous enveloppant de sa présence.
On se raccroche comme on peut au
téléphone, s’informant de l’ampleur de la
tragédie, recherchant les informations, zappant d’une
chaîne à l’autre, et on tombe sur une image
surréaliste : un député martiniquais, d’une
tribune improvisée à l’aéroport du Lamentin,
égrène d’une liste le nom des victimes, comme s’il
s’agissait de leur décerner un premier prix.
Je ne pus réprimer un sentiment
malaisé, l’acte me parut indécent et brutal, tant le
manque d’empathie était flagrant. Certes, il fallait
peut-être pallier à l’incurie des autorités
aéroportuaires, mais sans doute pas de cette
manière. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, la
Martinique est en deuil, les Martiniquais sont en deuil, je suis en
deuil.
Mais la vie a de cela
d’étrange, c’est qu’elle est imprévisible. Chacun d’entre
nous croit que demain lui appartient, mais en fait il n’en est rien,
car chaque jour passant nous rapproche inéluctablement de la
mort. Je
ne fais qu’énoncer une vérité, d’autres diront
un truisme, mais je crois que nous avons trop souvent tendance à
l’oublier, remettant à demain ce que nous pouvons faire
aujourd’hui ou ne disant pas les mots attendus aux êtres
que nous chérissons, je n’en suis pas exempt. Nos cent
cinquante-deux compatriotes nous ayant quitté, sont là
pour nous le rappeler : demain ne nous
appartient pas. Mais dans leur cas, j’eus aimé à
croire que ce fût le hasard, le sort, le destin ou
Dieu le responsable. J’eus aimé à croire que tous
ces morts ne furent que le jouet d’une tragique circonstance,
émanant d’une force irrépressible et irrésistible,
mais tout en moi me convainc du contraire. Il n’en est rien,
car la répétition des crashs à une
fréquence
anormale, notamment ceux des avions détenus par les compagnies
de charter. Non ! On ne fera pas accroire que ceci n’était pas
prévisible.
Dorénavant, la prudence nous
commande d’éviter de voyager sur ces vols à
bas prix, proposés par des compagnies dont l’objet n’est pas
tant, de transporter leurs passagers dans des conditions optimales de
sécurité, mais de maximiser les profits en minimisant les
coûts. Ne soyons pas les pertes acceptables d’un système
qui tourne à l’envers du bon sens.
La Martinique est meurtrie, le pays est tout petit
mais il n’en sortira que plus grand, dès lors, que nous aurions
surmonté cette épreuve tous ensemble, laissons la
colère derrière nous et honorons la mémoire de nos
disparus.
Aux familles martiniquaises et colombiennes
éplorées, à mes compatriotes dans
l’affliction, je vous présente mes condoléances et
je vous témoigne de mon affection.
Mardaye
Tony
Paris :
19/08/05
( Le député mis en cause a présenté ses
excuses, pour son acte qui a choqué plus d'un. )