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André Chézimar : le Maître
par
Mitch Zéline


Issu du quartier de Sainte Thérèse à Fort-de-France, implanté à New York depuis 27 ans, André Chézimar, trompettiste, a travaillé son instrument autant en Martinique qu’à New York. Il revendique son passage à l’école pour l’apprentissage et la maîtrise. Son installation à New York  s’est passée sans trop de difficulté grâce à une tante présente déjà sur le sol américain. Il a été contraint d’apprendre l’espagnol et l’anglais très rapidement. Son objectif en tête : travailler la trompette, il était blindé pour affronter les rigueurs de la vie

New-yorkaise. «  Le billet vert est primordial sinon vous vous retrouvez vite dans la rue » dit-il.

Une fois le pont traversé, André laisse derrière lui toute cette pression commerciale de Manhattan pour se retrouver dans le New Jersey entouré de sa famille. En tant que Martiniquais, il sait se situer par rapport aux différentes situations qui s’offrent à lui. Quand je titille André sur notre patrimoine musical par rapport au monde extérieur, ses yeux s’illuminent et j’entends les propos suivants : «  je dois te dire  une première chose ; ma manière d’agir ou de réagir face à certaines personnes fait qu’elles savent que je ne suis pas Américain et que je possède une autre culture. La différence est vraiment flagrante quand je me mets à jouer de la trompette, les accents sont placés autrement et cela suscite curiosité et admiration.

 

Un docteur en sociologie est venu me voir pour me demander tout ce qui était sorti sur la musique  martiniquaise parce qu’il préparait un livre « Salciologie » qui raconte la force de la salsa dans la musique du monde. Je lui ai fourni des choses sur Marius et tous les autres gars de la période, des livres sur le « Bèlè », etc. Il n’arrêtait pas de dire « c’est pas possible, c’est pas possible ! » tellement il était subjugué par cette musique. 

Nous avons peur de jouer notre musique alors qu’à travers le monde elle est très respectée. Ni l’Américain, ni le latino ne pourront nous enlever cette musique qui permet notre identification. Un gars me disait que pour faire évoluer notre musique, il fallait partir, créer et revenir proposer. Je reconnais une part  de vérité dans ce qu’il disait mais en même temps j’ai honte que cela se passe comme ça.  

J’en ai fait l’expérience puisque dans ma jeunesse avec les copains, je ne jouais même pas le « Bèlè» mais le Gwo Ka. Une fois à New York, j’ai ressenti le besoin de tout apprendre sur le « Danmyé », le « Ladja » ou encore le « Bèlè ». Il a fallu que j’aille ailleurs pour prendre conscience de cette valeur. Nous ne partageons pas assez. 

Quand je viens dans mon boulot au Sam Ash, j’emmène un disque de mon pays et je le mets pour la clientèle avec fierté. Un noir  américain vient me voir  un jour en me demandant si je connaissais Marius Cultier, j’ai eu la chair de poule. Je  suis allé chez ce cinéaste et j’ai constaté qu’il avait toute la discographie de Marius. Il ne faut pas avoir peur d’identifier nos valeurs.  

Mon rêve actuel c’est de pouvoir jouer un « Bèlè » comme une biguine avec les mêmes structures instrumentales et changer les concepts harmoniques. Ce produit-là ouvrira sans nul doute un vaste champ d’exploration pour les autres. »   

André a horreur des musiciens dépourvus de franchise. Lui en revanche, n’hésite pas à transmettre son savoir à tel point que de grands instrumentistes l’appelle  « Master ». Certains s’étonnent qu’il ne soit pas enseignant.  

Tout ce foisonnement autour de sa personne l’encourage à rester là-bas. D’ailleurs, il conseille à tous ceux qui veulent tenter l’aventure aux States d’apprendre plus que correctement la langue et ensuite de travailler sa lecture musicale.


Mitch Zéline 

Article a part dans le  Dynamitch Magazine n° 35
Août-septembre 2005
Contact: Sam Ash 001 212 398 60 52

http://www.samash.com