La
France a publié la sienne. Il en existe d'autres. L'Express les
a recensées et ajoute aux noms des compagnies interdites ceux
des pays aux contrôles jugés défaillants
Après
l'été meurtrier qu'a connu le transport
aérien, elle était attendue avec impatience. Mais la
liste noire divulguée le
29 août par les autorités françaises n'a
guère répondu aux espoirs placés en
elle. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) a
sorti de son chapeau
cinq «compagnies interdites» (Air Koryo, Air St. Thomas,
International Air
Service, Linhas Aereas de Moçambique, Phuket Airlines), presque
inconnues dans
l'Hexagone et peu susceptibles d'être empruntées par des
passagers français.
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Il
faut que les pays s'accordent sur les critères à
respecter
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«La
montagne a accouché d'une souris», ont quasi unanimement
regretté les professionnels (pilotes de ligne,
tour-opérateurs…). Quant aux passagers, mis à part ceux
qui préparent un séjour
en Corée du Nord - et qui éviteront désormais la
compagnie Air Koryo - ils ne sont guère plus avancés. La
DGAC a elle-même reconnu que l'utilité de cette liste
était «très marginale», soulignant cependant
sa valeur d'incitation pour chaque pays européen et l'Union
européenne. Celle-ci souhaite en effet publier d'ici à la
fin de l'année sa propre liste. Et devra, pour cela, convaincre
ses 25 Etats membres d'adopter ce mécanisme.
En attendant, de quoi disposent les passagers?
D'indicateurs certes imparfaits, mais qui ont le mérite
d'exister.
L'Express en a recensé deux: d'un côté, la somme
des
listes noires de pays européens, soit 42 compagnies; de l'autre,
la
liste des 54 pays dont les contrôles sur leurs propres compagnies
sont
défaillants. Explications et mode d'emploi.
La première liste que
nous présentons est l'addition des compagnies proscrites par les
différents
pays européens dont les listes noires sont disponibles: la
France,
la Suisse, l'Italie, la Belgique et le Royaume-Uni. Une liste non
exhaustive,
donc, mais qui dévoile le nom de 42 compagnies jugées
dangereuses
par au moins un pays européen.
42
compagnies à l'index
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Aerolift Co. Ltd
Sierra Leone
Africa Lines*
République centrafricaine
Afrik Air Links
Sierra Leone
Air Guinea Express GIP
Guinée équatoriale
Air Koryo
Corée du Nord
Air Leone Ltd
Sierra Leone
Air Mauritanie
Mauritanie
Air Memphis*
Egypte
Air Rum
Sierra Leone
Air St. Thomas
Etats-Unis
Air Salone Ltd
Sierra Leone
Air Universal
Sierra Leone
Air Van Airlines*
Arménie
Atlantic Express
Gambie
BGB Air*
Kazakhstan
Central Air Express*
Rép. dém. du Congo
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Destiny Air
Services Ltd
Sierra Leone
Gambia International Airlines
Gambie
Gee Bee Air
Grèce
GST Aero Aircompany*
Kazakhstan
Guinea Paramount Airlines SA
Guinée équatoriale
Hemus Air
Bulgarie
ICTTPW*
Libye
International
Air Service
Liberia
International Air
Tours Limited*
Nigeria
Johnsons Air Limited*
Ghana
Kuban Airlines
Russie
Linhas Aereas Moçambique
Mozambique
Mahfooz Aviation Ltd
Gambie
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Ozu-Avia Air Company
Kazakhstan
Paramount Airlines Ltd
Sierra Leone
Phoenix Aviation
Kirghizistan
Phuket Airlines
Thaïlande
Satgur Air Transport Corp. TGR
Liberia
Silverback Cargo Freighters*
Rwanda
Slok Air International Ltd OKS
Gambie
Star Air
Sierra Leone
Tajikistan Airlines
Tadjikistan
Teebah Airlines
Sierra Leone
Union des transports africains SA
Guinée équatoriale
Weasua Air Transport Ltd WTC
Liberia
West Coast Airways Ltd WCA
Sierra Leone |
La portée des
listes
noires nationales est toutefois limitée, et ce pour plusieurs
raisons.
Sur le plan technique, tout d'abord. Depuis 1996, les pays
européens
pratiquent certes des contrôles inopinés sur les appareils
qui
se posent sur leur sol. C'est sur la base de ces contrôles que
des
listes noires sont mises en place. Mais ces contrôles,
particulièrement développés dans l'Hexagone -
entre 2 500 et 3 000 visites surprises par an - restent
insuffisants: ils consistent principalement en une vérification
rapide des papiers et des commandes extérieures de l'avion. Cela
permet, certes, de repérer les gros pépins, mais non de
se faire une idée précise de l'état de l'appareil.
Ainsi l'avion de la West Caribbean qui s'est crashé le 16
août dernier au Venezuela, faisant 160 victimes (dont 152
Martiniquais), avait-il été contrôlé
à deux reprises par les autorités françaises dans
les mois précédant l'accident.
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54 pays déficients
Liste d'Etats ne répondant pas aux critères
de la Federal Aviation Administration (Etats-Unis) ou de l'Organisation
de l'aviation civile internationale (ONU) en matière de
contrôle de la sécurité de leurs compagnies
aériennes:
Albanie -
Argentine
- Bangladesh - Belize - Biélorussie - Birmanie - Botswana -
Bulgarie
- Burkina Faso - Cambodge - Cameroun - Chypre - Congo (Rép.
dém.
du) - Côte d'Ivoire - Croatie - Equateur - Gambie - Ghana -
Grèce
- Guatemala - Guyana - Haïti - Honduras - Hongrie - Kenya -
Kiribati
- Laos - Macédoine - Mali - Mongolie - Mozambique - Nauru -
Nicaragua
- Niger - OECS (Organisation des Etats de la Caraïbe orientale) -
Ouganda
- Palaos - Papouasie-Nouvelle-Guinée - Paraguay - Portugal -
République
dominicaine - Russie - Samoa - Sénégal -
Serbie-et-Monténégro
- Swaziland - Togo - Tonga - Trinité-et-Tobago - Turks et Caicos
-
Uruguay - Vanuatu - Venezuela - Zimbabwe
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Autre limite de ces
listes
nationales: elles recensent des compagnies interdites, qui, par
définition,
ne peuvent donc pas être empruntées par les
résidents
du pays en question. Il est utile de les connaître, mais, dans
leur
pays du moins, les voyageurs ne risquent pas de les utiliser. En outre,
les
listes nationales ne concernent que les compagnies ayant fait une
demande
d'atterrissage dans le pays concerné. «Or ce qui serait
véritablement
utile pour les passagers, insiste François-Michel Gonnot,
rapporteur
de la Mission d'information sur la sécurité du transport
aérien
de voyageurs, c'est une liste de l'ensemble des compagnies
potentiellement
dangereuses. Mais, pour cela, il faudrait pouvoir rassembler les
données
de tous les pays européens.» C'est cette liste noire
européenne
que prévoit de mettre en place la Commission de Bruxelles, en
compilant
au niveau de l'Union les différentes listes nationales. Mais cet
objectif
se heurte à un certain nombre d'obstacles: pour qu'il soit
atteint,
il faut que les pays s'accordent sur les critères à
respecter
ainsi que sur les compagnies à proscrire. On en est encore loin:
certaines
sociétés aériennes sont autorisées dans des
pays
et interdites dans d'autres, à l'image d'Air Mauritanie, dont
les
avions peuvent atterrir dans les aéroports français, mais
non
dans ceux du Royaume-Uni.
Notre seconde liste est complémentaire de
la première:
elle détaille les 54 pays dont le contrôle sur leurs
propres
compagnies est nettement insuffisant. Elle provient d'observations
faites
par les Etats-Unis et l'Organisation de l'aviation civile
internationale (OACI),
un organisme incontesté qui dépend de l'ONU.
Contrairement aux
pays de l'Union européenne, les Etats-Unis imposent en effet
à toute compagnie souhaitant pénétrer sur son
territoire un audit de son fonctionnement, ainsi que de celui de
l'autorité nationale dont
elle dépend.
Des
vérifications également effectuées par l'OACI
auprès de ses 188 pays membres. Au total, ce sont 30 pays qui
ont été épinglés par l'OACI, et 26 par
l'autorité américaine, pour un contrôle
défaillant de leurs compagnies. Deux pays sont même
pointés du doigt par les deux administrations: le Belize et la
Guyana. Une liste où
l'on trouve une majorité de pays du tiers-monde, mais pas
seulement:
cinq pays d'Europe en font également partie - le Portugal, la
Grèce,
Chypre, la Hongrie et la Bulgarie. Elle ne répond certes pas
à
toutes les questions que peut se poser le consommateur, mais a le
mérite
de se fonder sur des observations faites dans ces pays mêmes.
Ces deux indicateurs permettent au voyageur d'éviter certains
dangers.
Il faudra cependant attendre encore avant que celui-ci, lorsqu'il monte
dans
un avion, soit parfaitement informé des risques qu'il prend. La
liste
noire européenne, annoncée par le commissaire aux
Transports,
Jacques Barrot, pour la fin de l'année, et le renforcement des
contrôles
vont dans ce sens. Mais cette amélioration de l'information et
de
la sécurité aura forcément un coût qui sera
répercuté…
sur le passager.