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Le terrible sort des prostituées.
 


Elles seraient, selon les comptages de la police, entre 300 et 600 sur Paris. Victimes de réseaux de type familial, les prostituées africaines demeurent, trois ans après l’entrée en vigueur de la loi Sarkozy contre le racolage, les plus visibles dur la voie publique. Chassées comme les « filles » d’Europe de l’Est des boulevards des maréchaux, un temps regroupées au bois de Vincennes, elles n’ont pas gagné les replis cachés d’Internet ou des salons de massage. Ces jeunes femmes continuent d’arpenter les trottoirs du XVIII e arrondissement de la capitale. Boulevard Barbès, à la Chapelle ou la Goutte-d’Or – en particulier la rue Myrha – cette prostitution encore mal connue revêt des visages particulièrement sordides, proche d’un esclavagisme moderne.

Ces derniers mois, le démantèlement de trois réseaux dans ces zones par les enquêteurs de la BRP (brigade de répression du proxénétisme) en a révélé quelques particularités : lieus de passe insalubre, appartements squattés, méconnaissance des règles d’hygiène, rapport sans protection… Ces femmes d’origine nigériane, ghanéenne ou camerounaise sont contraintes de se vendre à bas prix pour rembourser «  une dette souvent comprise entre 10 000 et 50 000 $ ». C’est la prostitution la plus sordide. Elles sont souvent vendues par leur famille puis maraboutées pour être maintenues dans un état de servitude », confie Guy Parent, le patron de la BRP, où l’on assure que d’autres enquêtes sont en cours. Car le phénomène, un temps enrayé sur la portion basse de la rue Myrha, se perpétue. « Dans cette seule rue, quatre autres immeubles où ont été repérées des allées et venues, suspectes recèlent des réseaux de prostitution », confie un policier parisien.

 
Un habitat délabré

De tout temps, Barbes et ses alentours ont été un quartier de prostitution, comme le relate une ancienne du trottoir. « Barbès, au début des années 1970 c’était les taules d’abattage », se souvient Danielle, 65 ans. L’époque a changé mais les proxénètes continuent de profiter d’un habitat délabré qui subsiste dans ces quartiers. « Il s’agit d’usage qui se perpétuent et qui sont très durs à combattre », confirme Guy Parent.

  
L’enracinement de la prostitution, certes, mais surtout la dimension internationale et les méthodes des filières qui l’alimentent aujourd’hui expliquent le constat de quasi-impuissance qu’autorités et association s’accordent à dresser. «  L’accumulation de plusieurs problème rue Myrha fait que la solution est difficile à trouver, note Serge Fraysse, l’adjoint chargé de la prévention de la délinquance dans le XVIII e. On peut adopter la stratégie du délogement quand les habitants sont excédés, ça régule le problème, mais ça résout rien. Quand au démantèlement, on nous dit qu’il ne s’agit pas vraiment de réseaux mais de familles élargies, donc plus difficiles à pénétrés. » Dès lors, existe-t-il une solution réellement efficace ?

Absence de protection

Jean-Marc Auguin, de l’association Intermèdes dont l’équipe est présente tous les mardis soir à Marcadet-poissoniers, avoue se sentir « démuni ». « Il est très difficile d’avoir accès à ce qui touche à la singularité d’un parcours », souligne cet intervenant. «  Ce sont des victimes de la traite, que chaque opération policière chasse et déplace sans aucun souci de leur protection ! », tempête pour sa part Claude Boucher, du Bus des femmes. Cette militante plaide pour l’orientation d’office des «  Africaines » dans des abris sécurisés à l’issue des interpellations. Car une fois libres, les filles maraboutées retournent invariablement à la prostitution. La mairie, elle, veut croire que « les opérations de réhabilitation de l’habitat engagées dans le quartier vont à terme faire bouger les choses ». Bouger les choses ou simplement déplacer le problème ?
 
Enquête de Pascale Egré et Frédéric Gouaillard. Le Parisien du Mercredi 2 Novembre 2005.