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Mon île n'est
pas très grande on a vite fait le tour
Mais elle recèle une souffrance
plus grande qu'un pays entier
Mon île est un
pays atroce
Dès que vous
enfoncez dans la forêt
Vous trouverez des vies qui s'agitent
- impalpables -
Déambulant dans les corridors de
l'histoire
Demandant réparation des outrages
Mon île est une
terre qui pleure car le chant du feuillage se transforme en
gémissement que l'alizé ne cesse de relayer à
travers les mornes
Mon île est un
pays vorace
De sueur
De sang
De larmes
Car pour chaque canne
qui fut coupée
Combien de coups de fouet furent
donnés
Va sur le morne les balatas
témoigneront des drames
oubliés
Va dans la mangrove les
palétuviers te raconteront les
souffrances contenues
Va dans la ravine les siguines attesteront
que :
Mon île est une
terre féroce
De sang
De sueur
De larmes
CAR
Pour chaque balisier
couleur rouge
Pour chaque arum couleur rouge
Pour chaque hibiscus couleur
rouge
Pour chaque flamboyant
couleur rouge
Qui étale son arrogance sous nos
cieux
C'est une goutte de notre sang qu'elle
régurgite.
Savez-vous combien de
foetus avortés à cause de l'histoire
Savez-vous combien de tués pour
qu'un naisse
Entrez dans les profondeurs de
la forêt et vous comprendrez que mon île est une
terre rebelle
Elle ne se donne pas, elle se prend par la force
Mon île est une
terre insoumise
Elle ne s'offre qu'avec réticences
Mon île idyllique vantée par les poètes est une
terre de souffrance
Mon île paradiasiaque hantée
par les touristes est une
catin qui s'ouvre à l'ailleurs
ET
Mon île soporifique
désertée par dizaines de
milliers
prend dans le souvenir une forme irréelle
- Enchanteresse -
Car le Nègre oublie vite.
MAIS EN FAIT
Femme, toi seule la rend belle.
Une île sous le vent
Evariste Zephyrin
Paris : 1995
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