Dire
qu’aujourd’hui nos
traditions se perdent est loin d’êtreuneuphémisme, notamment en ce
qui concerne les traditions et les cultures des Antilles, carles valeurs
tendent à s’égaliser ou à
s’araserpar
rapport à la France.
Est-ce le propre des
zones périphériques de s’aligner
systématiquementà
tous les niveaux
culturels et identitairessurleur métropole, aussi
lointaine fusse-t-elle ?
Peut-il y avoir une
cohabitation harmonieuse des cultures, car les Antilles
françaises (quoi qu’on en dise) ne sont en aucune façon des pays
européens, ni
ultra-périphériques.
Ces questions
soulèvent le problème de la relation, donc del’identité. Quelle est notre identité à
partir du moment où sommes autres, pensons autre, vivons autre ?
Correspondons-nous
aux icônes, au profil ou partageons-nousles schèmes de pensée des
métropolitains,ainsi
queles repères
dans l’espace et dans le
temps ?
Non ! Je crois que
nous nous créons des schizophrénies et la phrase d’une
chanteuse afro-américaine : « je suis une femme blanche
emprisonnée dans un
corps de Noir. » Prend tout son sens, puisant sa réalité
dans nos
comportements, nos habitudes exogènes, nous tendons àdevenir autre, le simili des Français de
souche.
Il y a un travail à
accomplir afin de sauvegarder et protéger nos
cultures, ce rôle incombe à nos anciens, car ayant la mémoire, aux
plus
jeune de diffuser cette mémoire, qui est le substratnaturel formant nos identités et faisant
ce que nous sommes.
Une identité non
figée qui ne s’ancre pas dans une posture rigide,une identité souple ouverte à l’autre,
une
identité de partage où chacun peut raconter son histoire.
Curieux de nature,
alors je me suisinterrogé sur nos traditions du 1er mai,
pour la Martiniquej’ai
questionné mes parents, ma mère, pour
la Guadeloupe un concours de circonstance heureux, m’a mis en relation
indirectement avec Hector
Poullet un homme bien dans sa terre et riche
deconnaissances,
ayant une pratique du lieu
(Guadeloupe.) et une mémoire.
La
question posée : Quelles
sont les traditions du 1ermai
en
Guadeloupe ?
Hector Poullet nous
dit : « les fleurs de mai sortent brusquement de terre
à la fin du carême. C'est magique et parfumé. C'était jadis ce qu'on
offrait en
guise de porte-bonheur.
Le bulbe placé dans
une assiette avec un peu d'eau, donneune fleur tous les jours et cependant 15 jours.
Mais la tradition a
disparu et même la fleur, parce qu'aujourd'hui peu de
gens connaissent encore nos fleurs de mai.
Le nom botanique de
la fleur de mai est Kaempferia
rotunda[1], son autre nom
vernaculaire estl’iris de Florence. Mes sources ne
disent pas si la plante est
originaire ou non de Florence ou de la Caraïbe, mais c'est un proche
parent du
Curcuma.
Par ailleurs,j'ai posé la question
à mes 18 étudiants âgés de 25 à 50 ans, pas un seul n'a entendu parler
de
tradition du 1er mai, mis à part les défilés syndicaux. Je leur ai
montré la
fleur de mai, aucun ne l'avait jamais vue.»
Nous nous faisons le
relais de cette fleur de mai, peut-être qu’après avoir
lu ce texte, certains chercheront cette fleur demai et peut-être cette tradition perdue
au cours des ans,
retrouvera un chemin dans nos mémoires.
Tony
Mardaye
[1] kæmpferias furent utilisés pour leurs
vertus dans l'eau générale, l'eau
thériacale, l'orviétan, le baume de Fioravanti…Ils sont aussi utilisés en parfumerie,
en cosmétique et pour
protéger les vêtements des insectes. Le Kaempferia
rotundaest
un rhizome de 5-6cm,
ressemblant à celui du gingembre en miniature, peau brun-rougeâtre,
chair camphrée,
des tubercules.Feuilles
panachées vert
clair et vert-foncé, lancéolées à oblongues, 17 à 27 cm par 7.5 à 9.5
cm Fleurs
blanches avec labelle violet.
Les
Editions Spéciales de Pyepimanla le Magazine Antillais