Les
quantièmes d’un passé tricentenaire, trois dates, comme il
eut pu en
avoir mille, dix mille d’une histoire balayée par l’ignominie
où faseyait
haut un drapeau fleurdelisé et des hommes désappropriés de leur corps,
dépossédés d’eux-mêmes marchant bas, les yeux baissés dans des siècles
d’épaisses ténèbres, qu’ils affectaient Siècle des Lumières.
Dans la
multiplicité des ans et des ciels obombrés,
perça un rai de lune, un soleil palot, une couleur chiffonnée restitua
leur
corps à ces êtres spoliés, une illusion, le temps que Napoléon,
l'assoiffé de
sang et de guerre, ne
rétablisse
l’ignominie.
Mais les
hommes dépossédés d'eux-mêmes, ayant goûté un tant soit peu à la
liberté,
quelle volonté aurait pu les réenchaîner à la bassesse, à
l’avilissement à la
brutalité ?
-
Aucune !
L’heure
vint de briser les chaînes, l’heure des simagrées vint aussi,
et ce fut
le temps des chemins de traverse, une longue quête de dignité,
éclaboussée par
les massacres dès qu’il se soit agi de revendiquer sa place au monde ou
30
centimes d’augmentation.
Et comme des
féciaux :
mai
1802 ;
mai 1848 ;
mai 1967 ;
ils
ouvrirent les hostilités et proclament
leur fin.
Nous,
toujours enferrés dans un sous-développement chronique,
un chômage endémique, une misère récurrente, une violence permanente,
une
dépendance toujours plus forte.
Pendant ce
temps, on se regarde, on se disputaille, on
joue à être l’autre, jusqu’à reproduire ses schèmes,sa pensée, son étalon-mètre :
la couleur. Nous perpétuons
cet autre en nous-même, et quand je regarde mon pays et ceux qui
l’habitent ,
je me demande vers quoi tendent nos lendemains.
Tony Mardaye
Les
Editions Spéciales de Pyepimanla le Magazine Antillais