Mon père
Noël à moi
Les années passent,
les
Noëls défilent, mes espoirs s'effilent, mes envies
et mes attentes cousues
ensemble d'une main maladroite par
le
Destin, fait des points ça et là dans ma vie,
comme on rabiboche un vieux vêtement
« konsi rat pasé adan,ÿ»
troué par les rats.
Le Noël de mon
enfance se
résumait à l'attente. Mon cœur d'enfant
toujours en attente de ce cadeau qui ne
venait pas.
J'admirais l'enthousiasme
et l'impatience de mes camarades lorsqu’elles attendaient le
père Noël. Mais personne
ne s'émouvait de cette petite fille qui attendait
discrètement, sagement et
patiemment, bien moins que le père Noël, juste le
père. Mon père Noël à moi.
Mon plus beau Noël
fut
celui de mes sept ans, lors duquel, le père ou devrais-je
dire le père Noël fit
son apparition, non pas par la cheminée, mais par notre
grande vieille barrière
en tôle, qui
lorsqu’on la tirait,
faisait un bruit atroce au contact du
« tif »,
étalé à terre pour donner au
miséreux un semblant de couloir d'entrée.
« Mimiy! »
Ce
fut là le seul mot prononcé par ma
mère, quand elle vit mon père ouvrir la
barrière. Ce simple mot était censé
résumer toute l'attente d'une petite fille.
Il m'offrit une tête
coiffante. Et je me rappelle encore de cette petite remarque faite par
ma mère
à mon oncle « Salopri la telman pich, i
pa mem acheté on popot antié, i
achté inki tet la!!! »
En deux secondes, comme un
« chodo »
mon cœur a tourné.
Les années filent,
les
noëls défilent mes espoirs s'empilent, mes envies
et mes attentes balayées d'une
main comme on envoie valser un yinyin
qui ne cesse de vous agacer.
D'une main docile
nommée
conscience, estompant ça et là mes attentes de ce
jour, où mon père Noël se
rattraperait et m'offrirait le reste de ma poupée, comme une
manière de me dire, je ne t'aime pas à
moitié mais
tout entière.
Claudia
Jolie-Coeur