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Inde - Chine: un duel de géants pour une suprématie régionale![]() La querelle entre les deux pays à l'occasion de
la visite du dalaï lama symbolise la féroce bataille pour la suprématie
régionale. Considérée
comme «une provocation» par la Chine et comme une affirmation de souveraineté
par l'Inde, la visite du Dalai Lama, chef spirituel des tibétains dans
l'état indien d'Arunachal Pradesh, frontalier du Tibet provoque une nouvelle
tension entre les deux géants d'Asie. A 40 km de la frontière chinoise, Tawang
qui abrite le plus grand monastère tibétain en Inde, a été la première étape du
Dalai Lama fuyant Lhassa en 1959. La Chine qui
lors de la guerre de 1962 avait occupé l'Arunachal Pradesh revendique cette
région qu'elle qualifie de «territoire disputé» en l'absence d'un règlement de
la question frontalière qui l'oppose à New Delhi. Conscient du traumatisme et
de l'humiliation toujours ressentis en Inde face à la défaite de 1962, le
quotidien du Peuple rappelait récemment: «l'Inde a-t-elle oublié la leçon de
1962 quand ses provocations répétées ont conduit à la guerre. L'Inde est une
nouvelle fois sur la mauvaise pente». En laissant le Dalai Lama accomplir cette
visite malgré les protestations virulentes de la Chine, New Delhi a voulu pour
sa part réitérer que «l'Arunachal Pradesh fait parti intégrante de l'Inde». Cette guerre
verbale, dont personne ne pense qu'elle ira au delà, illustre la méfiance qui
caractérise les relations entre les deux puissances qui se disputent pour la
suprématie en Asie. L'émergence de l'Inde sur la scène internationale inquiète
d'autant plus la Chine que celle-ci s'est faite sous l'ombrelle américaine. Le
traité de coopération nucléaire civile signé entre New Delhi et Washington
irrite Pékin. Symbole du rapprochement entre les Etats-Unis et l'Inde, ce
traité qui offre des concessions inédites à un état non signataire du traité de
non prolifération nucléaire, témoigne pour Pékin de la volonté américaine
d'utiliser l'Inde pour contenir la Chine. La nouvelle assurance de New Delhi
sur la scène régionale inquiète aussi Pékin qui regarde avec suspicion la
multiplication des manœuvres entreprises par l'armée et la marine indienne avec
les Etats-Unis comme avec le Japon ou l'Australie. Ces derniers
mois, les dirigeants indiens se sont aussi éveillés au danger de la frontière
toujours problématique avec la Chine. Au grand dam de Pékin, New Delhi a
annoncé en juin le déploiement non loin de la frontière chinoise de deux
divisions de montagne supplémentaires et de deux escadrons de chasseurs. L'Inde
a aussi entrepris des travaux d'infrastructures (terrain d'atterrissage,
routes) pour tenter de compenser son sous-développement dans une région
stratégique alors que la Chine a depuis longtemps construit routes, aéroports
et chemin de fer de son côté de la frontière. Malgré les
visites officielles devenues plus régulières ces dernières années,
l'augmentation constante du commerce bilatéral, les tentatives de coopération
dans le domaine énergétique, la Chine reste dans le subconscient indien un
ennemi potentiel. En 1998, le premier ministre d'alors Atal Bihari Vajpayee
avait dû reprendre son ministre de la défense qui avait déclaré que la bombe
nucléaire était nécessaire face à «la menace chinoise». Plus récemment
le rédacteur en chef de l'Indian Defense Review, une publication proche de
l'armée, Bharat Verma prévoyait que la Chine attaquerait l'Inde avant 2012, à
la fois pour masquer ses problèmes internes et afficher sa suprématie en Asie.
Les relations étroites entre Pékin et Islamabad ne sont pas faites pour plaire
à l'Inde mais c'est la récente pénétration chinoise dans «son arrière cour» qui
inquiète New Delhi. La Chine a investi un milliard de dollars au Sri Lanka pour
la construction du port d'Hambatota, sur la côte sud et a développée une série
d'infrastructures sur les côtes du Bangladesh, de Birmanie, de Thaïlande sans
compter le port pakistanais de Gwadar. Dans un nouvel
ordre mondial qui se cherche, les deux géants d'Asie veulent garantir leur
place. La Chine a pour l'instant plusieurs longueurs d'avance sur l'Inde et
entend bien les conserver alors que l'Inde cherche à rattraper très vite le
temps perdu. Dans cette lutte souterraine, la visite du Dalaï Lama à Tawang n'a
été qu'une occasion de plus pour les deux pays d'affirmer leur point de vue. Françoise
Chipaux Image de
une: frontière entre la Chine et l'Inde, à Bumla, dans l'Etat de
l'Arunachal Pradesh, le 11 novembre 2009. REUTERS/Adnan Abid 16/11/09
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