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Au Vietnam, la
prostitution est interdite et ne cesse d'augmenter
Dans une société de consommation qui se développe vite, des
femmes et des hommes vendent leur corps. Certains pour gagner beaucoup d’argent
; d’autres, contraints par la misère, pour survivre
Sur une musique techno ravageuse, six ou sept jeunes filles musardent autour du
bar ovale du Gossip, une boîte branchée du centre-ville de Ho Chi Minh-Ville.
Du regard, elles cherchent un client fortuné, évaluant l’épaisseur de son
portefeuille. Premier prix annoncé, 100 dollars. « Elles sont censées consommer
des boissons pour travailler ici, explique un habitué du club. C’est un droit
d’entrée, un échange de bons procédés. » L’obligation semble s’arrêter là. « La
plupart des filles sont des indépendantes à Ho Chi Minh-Ville », poursuit-il.
Le Vietnam communiste interdit la prostitution. Officiellement, elle n’existe
pas. La police fait en sorte qu’elle reste discrète. Régulièrement, elle ferme
des discothèques où le marché du sexe devient trop visible. Elle envoie les
prostitués en « centres de rééducation ». Dans ces conditions, il n’y a pas
d’explosion du nombre de bars comme le Gossip. La tendance est plutôt à
l’embellissement des lieux de plaisir dans le centre-ville, tendance qui va de
pair avec le développement économique rapide du Vietnam. De plus en plus,
prostitués et clients fréquentent de beaux hôtels et des dancings en vogue. Ils
ou elles patrouillent à moto à la recherche du client solitaire. Ils racolent
par téléphone portable ou sur Internet.
« Elles se lancent sur un coup de tête »
D’après une étude menée par l’Alliance Anti
Trafic, 54 % des prostituées de Ho Chi Minh-Ville exercent cette activité
pour gagner beaucoup d’argent et s’offrir ce dont elles rêvent. « Ce sont des
filles qui veulent s’acheter l’iPhone, la moto, les fringues de marque, estime
Georges Blanchard, directeur de cette organisation au Vietnam. Elles viennent
d’une société qui porte l’empreinte des restrictions liées au communisme. Quand
elles sortent de leur paillote de la campagne, elles découvrent une avalanche
de choses qu’elles n’imaginaient pas. Elles se lancent sur un coup de tête.
Quand elles ont connu cela, c’est extrêmement difficile de les ramener dans une
vie simple. »
Peu de prostitués, en effet, parviennent à quitter leur activité. Médecins du
monde (MDM) propose à certains d’entre eux un emploi d’éducateur pour leurs
pairs. « En général, ils refusent, explique Tan, coordinatrice pour cette ONG.
Ils peuvent gagner, en une seule journée, le salaire mensuel que nous leur
proposons. Et ils ne veulent pas qu’on leur impose des horaires et des règles
de travail. »
Lan, une Vietnamienne de 19 ans qui travaille dans un karaoké de Phnom Penh, au
Cambodge voisin, gagne jusqu’à 700 dollars par mois, un très gros salaire dans
ce pays. « J’arrêterai quand j’aurai suffisamment d’argent », promet-elle.
Problème, elle n’économise pas. Elle envoie une partie de son salaire à sa
mère. Elle s’offre régulièrement des produits onéreux, DVD, maquillage et
bijoux. Juge-t-elle son travail pénible ? « C’est surtout ennuyeux quand les
clients ivres ne me paient pas », explique-t-elle. Elle ignore les moqueries de
ses voisins.
40 à 60 % des prostitués victimes du sida
À Ho Chi Minh-Ville, 40 à 60 % des prostitués
sont infectés par le virus du sida. L’usage du préservatif est en hausse.
L’année 2008 a été la première où le nombre de nouvelles infections a diminué
chez les « travailleurs du sexe ». Mais la crise économique fait baisser le
nombre de clients et, du coup, les prostitués sont incités à accepter des
rapports non protégés, car ils les facturent plus chers. Des professionnels de
la santé craignent une recrudescence de l’épidémie, surtout dans les quartiers
pauvres, où les prostitués ne peuvent se permettre de voir le nombre de leurs
clients diminuer.
Dans le district 6, par exemple, un des plus pauvres de la ville, on voit des
femmes recevoir leurs clients sur une natte étendue sur le trottoir, pour 60
000 dôngs, soit 2,60 €. « Elles ne sont pas prises dans des réseaux, explique
Vincent Trias, coordinateur pour MDM. Elles sont en général mariées. Leurs
enfants sont parfois sur le trottoir pendant qu’elles travaillent. »
Affranchies des réseaux, mais pas libres pour autant. « Contrairement aux
prostitués du district 1 qui peuvent envisager un avenir meilleur, elles ont
les yeux vides », répond-il. Elles n’ont guère d’alternative. Ho Chi Minh-Ville
accueille chaque année environ 150 000 ruraux à la recherche d’un emploi.
Malgré une croissante forte, la mégalopole de plus de sept millions d’habitants
n’arrive pas à absorber cette main-d’œuvre, et la condamne ainsi souvent au
pire.
Rémy
FAVRE, à Ho Chi Minh-Ville
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