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Le sushi de l'empire du Milieu
Depuis quelques
années, la mode du sushi a envahi la France. On savait les Japonais habiles commerçants,
mais pas au point de passer, à Paris, de 600 enseignes environ au début des
années 2 000 à probablement plus de 1 000 aujourd'hui. Ce développement a été
fortement accéléré, si l'on peut dire, par deux émissions d'"Envoyé
spécial" qui ont jeté l'opprobre sur la cuisine chinoise à la suite
d'enquêtes de la répression des fraudes. La liste est longue, il est vrai, des
manquements aux règles d'hygiène et des infractions maintes fois constatées : fabrication
clandestine de dim-sum (raviolis) dans des caves, concentration de produits
cancérigènes (propanols chlorés) dans des sauces de soja. Du jour au
lendemain, les restaurants chinois ont connu une chute brutale de leur
fréquentation et certains ont fermé boutique. Les patrons de ces restaurants
appartenant souvent à la diaspora asiatique (Cambodgiens, Laotiens, Coréens...)
n'ont guère hésité longtemps à transformer leurs établissements en tables
japonaises vouées aux sushis et sashimis. D'autres ont suivi. L'enseigne Sushi West, fondée
en 2 000 par Laurent
Boukobsa et Benjamin
Azoulay, compte aujourd'hui dix adresses à Paris et deux à Marseille. Le
chef, May
Detsaboun, est né à Vientiane (Laos). Il est fier, aujourd'hui, de réaliser
pour cette enseigne florissante "des makis dans lesquels l'algue
traditionnelle japonaise est remplacée par une fine couche d'omelette." Les
puristes apprécieront. Le succès des
sushis tient surtout à l'image superficielle que les Français ont de la cuisine
japonaise. On ignore tout ici, par exemple, du râmen (prononcer lâ-men), un
plat très populaire au Japon, composé de bouillon, de nouilles de blé tendre et
de garnitures variées. Or c'est un plat d'origine... chinoise ! Quant au sushi,
ses variantes sont nombreuses : le nigiri-sushi n'est composé de poisson cru et
de riz parfumé que depuis les années 1950. La congélation du poisson avant sa
consommation est censée éviter les risques de parasitose (anisakiase). Seule
certitude, il faut près de dix ans pour former un maître chef sushi (sushiya)
capable de cuire et d'assaisonner le riz selon l'usage, d'affûter lui-même ses
couteaux, de choisir le poisson et de le découper en fines lamelles avant
d'assembler le tout avec dextérité. Un conseil : ne choisir parmi les
restaurants asiatiques que les meilleurs. Pour les "vrais"
restaurants japonais, il y a bien la liste établie par le Comité d'évaluation
de la cuisine japonaise. Problème, elle n'a pas été actualisée depuis 2007. Le
meilleur et l'un des moins chers est Wada (Paris 17e). Les Chinois ?
Ils n'ont pas démérité : Chen -Soleil d'Est (15e)
est le plus fameux avec son pigeon aux cinq parfums mariné dans une décoction
de racines chinoises. Vong (Paris 1er) excelle dans les grands
classiques tels le canard pékinois. Epatant également, Chez Ly (17e)
où les meilleurs produits sont mis au service de la cuisine de Hongkong et de
plats thaïlandais. La bonne nouvelle, c'est l'ouverture de Kim Anh (15e)
au déjeuner en semaine, avec sa délicieuse cuisine vietnamienne parfumée de
coriandre, de menthe, de fenouil, d'aneth et d'anis étoilé. |
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