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Nous vivons toujours
comme ça, où est le mal ? Quand il s’agit de dénigrer
l’Afrique, les médias occidentaux sont unanimes : il faut sortir la
grosse artillerie médiatique ! Et le comble est qu’ils trouvent toujours
en Afrique et parmi les africains, des oreilles assez bêtes pour les écouter
ainsi que des mains assez lâches pour les applaudir !
Que Dadis Camara reçoive
des journalistes au lit, dans sa chambre, où est le mal ? Nous ne sommes
pas à l’Elysée, à ce que je sache ! Nous sommes à Conakry en Guinée et en
Afrique. Pourquoi veut-on que Dadis Camara reçoive ses invités à la
Sarkozyenne ? Le décor qu’on nous a décrié sur France 24 est un décor africain
et non gaulois. C’est t out à fait normal. C’est comme ça que nous
vivons en Afrique. Où est le problème ? Essayons de voir ensemble
comment, subtilement, l’Europe occidentale nous avilisse toujours dans le but
de mettre la main sur nos immenses richesses encore inexploitées ! Il nous
faut, en effet, tirer la sonnette d’alarme contre le complot insidieux,
malintentionné, ourdi en ce moment contre le peuple guinéen, et plus
généralement contre l’Afrique. Pour cela, il nous faut revenir trois décennies
en arrière pour voir comment l’occident avait tenté, en vain dans les années
70, de saper les fondements culturels et idéologiques du rôle historique de
la femme africaine et donc de saper les fondements, tout court, des
sociétés africaines, en essayant de dresser la femme africaine contre son père,
son frère et son mari. Pour cela, nous emprunterons largement la réflexion
de Monsieur Jean-Paul Ngoupandé (Ancien Premier ministre de la
République centrafricaine), réflexion faite récemment lors d’un colloque
universitaire. Dès les années 70, en
effet, traumatisés par le choc pétrolier, les « démos [n]craties »
occidentales, à travers leurs médias, ont peint la femme africaine de toutes
les vertus, avant de conclure que celle-ci est victime de la masculinité africaine,
entendu victime des sociétés de type patriarcat. Moralement, pour nous
africaines et africains, rien n’est pire que le discours consistant à parer la
femme africaine de toutes les vertus. Celle-ci n’est ni meilleure ni pire que
la femme d’ailleurs. Il ne faut même pas l’idéaliser, car elle est partie
intégrante et moteur fonctionnel de la société africaine : « elle en
porte les qualités et les tares, au même titre que la composante masculine de
la population africaine. Elle est à l’image des problèmes et des blocages
actuels du continent », disait un jour une éminente personnalité africaine
que nous taisons, ici, le nom. De quelle femme
s’agit-il ? D’Eve ou de Lucy dont il est question dans les
médias occidentaux? L’image de la femme
africaine telle que brossée par certains médias occidentaux, comme on brosse
aujourd’hui celle de Robert Mugabe et de celle du chef de la junte guinéenne,
n’est tout simplement pas proche de la réalité sociologique africaine. Cette
image n’est ni celle de l’africaine d’hier ni celle de l’africaine
d’aujourd’hui. C’est une image caricaturale de ce que peut être l’extrémisme
dévastateur des médias occidentaux, quand tout est fait pour que la
moindre fenêtre favorable à la paix et à la réconciliation soit hermétiquement fermée
par la distillation d’une passion aveuglante comme on a pu le constater
régulièrement sur France 24 ou RFI!
Tenez ! Tout le
monde a encore à l’esprit le dénigrement, en 2003, de l’épouse du chef de
l’État ivoirien, Madame Simone Gbagbo, par la presse occidentale,
notamment française. Presque toute la presse occidentale a en effet, pointé du
doigt ce qu’elle appelle « certaines dérives de cette Dame qui
hypothèquent la solution de la très grave crise que traverse, depuis le 19
septembre 2002, cet important pays ouest-africain ». Et, Photos à
l’appui, la presse française a présenté Simone Gbagbo comme « le chef
de file des faucons du régime du FPI (Front populaire ivoirien) ».
Ce seul exemple, tiré de l’actualité, est suffisamment révélateur en ce qui a
trait à la manipulation occidentale du statut de la femme africaine et suffit
pour battre en brèche les propos consistant à présenter la femme africaine
comme une personne mineure, « éternel enfant », soumise et exploitée
par l’homme africain. Non, la femme africaine, hier comme aujourd’hui, n’est
pas « un objet », elle n’est pas « une éternelle enfant ».
Il y a quelques années,
prenant part à un colloque universitaire sur le rôle et la place de la femme
dans l’évolution de l’Afrique, Monsieur Jean-Paul Ngoupandé (Ancien
Premier ministre de la République centrafricaine) avait avancé, sous forme de
boutade, que « la femme en Afrique, c’est Lucy, et non
Ève ». Comment comprendre cette boutade de cet imminent universitaire
centrafricain? En effet, selon Jean-Paul Ngoupandé, Lucy est
la première dans l’ordre de la création, c’est-à-dire l’alpha, celle qui est à
la source de la vie en Afrique. Contrairement à Lucy, Ève, la femme
occidentale, elle, dérive de l’homme puisque occidental, d’après le livre de la
Genèse (écrit par les philosophes occidentaux et non par des africains). C’est
Eve et non Lucy qui a été « fabriquée » à partir d’une côte
extraite de la poitrine d’Adam. Il y a là une différence de
taille, à la fois religieuse, culturelle et idéologique, entre la
conception judéo-chrétienne, et donc conception occidentale de la femme et
celle de l’Afrique traditionnelle, non seulement préislamique mais aussi
précoloniale. Jusqu’à une époque récente, la femme, dans les cultures
occidentales, était un peu synonyme de péché, d’impureté et d’âme damnée de
l’homme : « La femme douze fois impure », comme disait
le poète occidental… Il s’agit de la femme européenne et non de
« Lucy », la femme africaine. Lucy, elle, n’a pas été fabriquée à
partir des côtes d’Adam mais c’est bien Eve, le prototype de la femme
occidentale, peinte de tous les péchés par la sagesse occidentale. Bien sûr, nous ne disons
pas, ici, que le statut de la femme est plus enviable dans les cultures
africaines qu’ailleurs. Non ! Mais nous voulons simplement souligner ce
que les médias occidentaux ont volontairement tu. Ils n’ont, par exemple, pas
dit que les sociétés africaines animistes [préislamiques et précoloniales] sont
d’abord et avant tout des sociétés matrilinéaires. La femme ne peut pas y être
telle que rapporte régulièrement la presse occidentale, notamment française. Qu’est-ce que la
tradition matrilinéaire
Autre fait qui bat en
brèche la vision occidentale de la femme africaine : dans les contes
populaires africains tout comme dans les récits mystiques, nulle part il est
souligné que la femme est issue de l’homme (la côte d’Adam). Le péché originel
n’est pas imputé à la femme africaine comme ce fut le cas dans la religiosité
occidentale. Telle que perçue en Afrique, la femme est ce qu’il y a
de plus sacré. La pire des injures, celle qui peut conduire au crime par
les réactions violentes qu’elle entraîne, est celle qui est adressée à la
mère d’autrui, surtout lorsque cette insulte fait allusion au sexe
maternel. Une telle insulte entraîne nécessairement réparation. Insultez
n’importe quel africain à travers sa mère ou insultez sa mère en sa présence et
vous verrez sa réaction. Le monde entier n’a-t-il pas vu la réaction de
Zinedine Zidane à la finale de la coupe du monde en 2006 en Allemagne ? Le
joueur italien l’a insulté à travers sa mère et sa sœur. Ce qui est
inadmissible pour un africain. La suite, vous la connaissez ! Finalement la femme
africaine est la racine de la vie dont elle est aussi la garante, à
chaque étape de la croissance de la vie qu’elle donne : l’enfant qu’elle
met au monde. Les Africaines, traditionnellement, sont terriblement conscientes
de cette énorme responsabilité et il n’y a pas pire opprobre que le fait, pour
une femme africaine, d’abandonner son enfant. Voilà pourquoi, dans les sociétés
africaines, l’éducation des enfants a toujours été affaire de femme. On écoutait récemment des
défenseurs européens des droits de la femme évoquer la liberté pour une mère
d’abandonner son enfant. En Afrique, ce ne serait pas une liberté, mais un
crime, sans doute parmi les plus inexpiables. Voilà pour les fondements
culturels et idéologiques, que confirme le rôle historique de la femme dans nos
sociétés, à commencer par son rôle économique. Or l’occident nous y apprend
autre chose. Et nous autres africaines et africains, nous les
applaudissons ! Nous allons même jusqu’à ancrer dans notre mentalité que
notre culture n’est pas bonne ! Moi je dis le contraire ! Chères sœurs africaines, chers frères et africains quand
les médias occidentaux se mettent à dénigrer certains de nos dirigeants,
posons-nous d’abord la question de savoir dans et pour quels intérêts ils l’ont
fait ainsi ? En quoi Robert Mugabe est-il un monstre ? Et où est le
mal quand Dadis Camara reçoit des journalistes en étant en pyjama, sur sont
lit, dans sa chambre à coucher ? Puisque ça été toujours comme ça notre
façon de vivre. Où est le mal ? Cordialement vôtre.
Michelot Yogogombaye
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