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La Guinée et les Guinées

sekou toure
Sékou Touré

On parle beaucoup en ce moment de ce qui se passe en Guinée. Nous allons y revenir. Mais on mentionne souvent qu’il s’agit de la Guinée Conakry. C’est dire qu’il y a d’autres pays qui revendiquent le nom historique et géographique de Guinée et qui se différencient finalement par les colonisations qu’ils ont subies.

Il y a la Guinée équatoriale également ex-Guinée espagnole et la Guinée Bissau ex-Guinée portugaise. Quelles que soient la responsabilité des dirigeants des indépendances dans les difficultés de leurs pays, ils ont hérité de territoires aux frontières artificielles et à la cohésion humaine éclatée.

La Guinée est le nom donné par les Européens à la côte africaine baignée par l’atlantique du cap vert à l’Angola à l’exception des royaumes de l’ouest islamisés. La Guinée, côte très forestière a connu la domination des empires mandingue et ashanti. Quand les Européens arrivent des Etats constitués existent, outre le Ghâna achanti, le Dahomey, le yorouba et le Benin. Il s’agit de vrais pays qui vont être dynamisés par la rivalité coloniale franco britannique sans oublier les Espagnols et les Portugais. C’est une région qui a particulièrement souffert également de la traite négrière.

Aujourd’hui quand on parle de la Guinée sans précision, on pense au pays le plus important portant ce nom celui de la Guinée Conakry ex Guinée française. S’il y a une exception guinéenne source de bien des difficultés, on peut en trouver les racines dès une indépendance atypique dans l’Afrique noire française. C’est le seul territoire en 1958 à demander et obtenir une indépendance immédiate hors de l’influence française avec rupture totale avec Paris et l’union proposée par le général de Gaulle. Sékou Touré, l’homme fort et artisan de ce non à la France, se tourne vers la Chine et l’URSS et crée une sorte de république populaire avec parti unique. L’expérience refermée sur elle-même se révélera catastrophique. La dérive totalitaire va aboutir à la misère économique et l’éparpillement tribal. Sékou Touré s’en rendra compte et va en 78 regarder à nouveau vers la France. Mais le retard accumulé va peser jusqu'a ce jour sur un pays pourtant au sous sol très riche.

Lansana Conte

Quelques étapes pour bien comprendre

· Après la mort de Sékou Touré en 84 le colonel Lansana Conté, devient président de la République. Il amnistie les prisonniers politiques, s'attache à démanteler le système socialiste, réduit le pouvoir de l'armée et se rapproche de la France et de ses voisins. La Guinée s'ouvre au capitalisme occidental en déréglementant les investissements.

· Décembre 1993: Les premières élections pluripartites confirment Lansana Conté dans ses fonctions. Cependant, les violentes émeutes qui accompagnent les élections révèlent la fragilité de ce processus démocratique.

· 1996 : Une mutinerie, frôlant le coup d'État, révèle la démoralisation de l'armée. La nomination comme Premier ministre de l'économiste Sydia Touré rassure les organisations financières internationales, mais n'arrive pas à entamer l'opposition des deux grandes communautés, les Peuls et les Malinkés, qui reprochent au président Conté de favoriser les Soussou, originaires, comme lui, du littoral.

· Décembre 1998 : Lansana Conté est réélu avec 56 % des suffrages exprimés. Ces élections sont violemment contestées par l'opposition, et son représentant charismatique Alpha Condé (RPG) est mis en résidence surveillée.

· Janvier 2007 : grève générale et émeutes dans les principales villes du pays.

· 26 février 2007 : le président Lansana Conté nomme Lansana Kouyaté premier ministre, avec des pouvoirs élargis.

- 20 mai 2008 : Lansana Kouyaté est limogé par le président Lansana Conté qui nomme Ahmed Tidiane Souaré au poste de Premier ministre.

- 22 décembre 2008 : Lansana Conté meurt des suites d'une « longue maladie ».

- 23 décembre 2008 : une junte se présentant sous le nom de Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) prend le pouvoir par un coup d'État, et le lendemain, Moussa Dadis Camara s'autoproclame président de la République

dadis camara

- 28 septembre : en Guinée, la police ouvre le feu sur la foule manifestant contre la junte de Moussa Dadis Camara, au pouvoi ; le bilan, variable selon les sources, serait de plusieurs dizaines de morts.

Depuis la Guinée et son chef d’Etat sont sous pression internationale avec suppressions d’aides économiques et gel de la coopération notamment française. L'homme providentiel promettant de sortir du néant un pays saigné par la lente agonie du régime de Lansana Conté (1983-2008), est dorénavant perçu comme un autocrate potentiellement dangereux. Avant même le 28 septembre, l'opposition guinéenne et une partie de la communauté internationale lui demandaient déjà de quitter le pouvoir. Mais Dadis Camara, originaire de Nzérékoré, dans une Guinée forestière qui n'avait jamais donné de dirigeant au pays, s'accroche à un pouvoir auquel il n'avait sans doute jamais rêvé. Est-il inspiré par son « homologue » mauritanien Mohammed Ould Abdel Aziz, ancien militaire putschiste légitimé, cet été, par les urnes ? Toujours est-il que, reniant ses engagements, Dadis Camara prépare « son » élection de janvier 2010. Il nomme ses préfets, court-circuite les juges, met la Banque nationale à ses pieds, place ses hommes ou ceux de ses proches à la douane, au port, dans les grandes entreprises... Une dizaine de ministres sont, comme lui, des « Forestiers ». Et dans l'armée, Dadis s'appuie sur une poignée de militaires.

Aujourd'hui, placé sous la pression internationale, Dadis Camara temporise. Et s'il parvient à passer au travers de la tempête on peut au moins assurer que l’avenir de la Guinée sera dangereusement imprévisible.

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