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Tourisme
culturel : un Gorée camerounais méconnu
Le village
camerounais de Bimbia au bord de l´Atlantique conserve des vestiges de la
traite négrière. Depuis sa découverte il y a quelques années, ce site, où les
esclaves séjournaient avant d´embarquer, commence timidement à attirer les
touristes. ![]() Bimbia in 1893 Au Cameroun, la province anglophone du Sud-Ouest conserve encore dans
la forêt de Bimbia Bonadikombo, au bord de l´océan Atlantique, des vestiges de
la traite négrière. À 45 minutes en voiture de Douala, on quitte la route
bitumée pour une piste en latérite qui se perd dans la forêt. Seuls les
véhicules tout terrain peuvent s´y aventurer. Il faut ensuite gravir une
falaise escarpée, bordée en contrebas de bambous. L´eau, qui dévale de la
montagne, ruisselle parfois au milieu de la piste. Douze kilomètres encore et
quelques cases en planches s´offrent à la vue. "Nous sommes enfin à
Bimbia", annonce Barro Njamen, notre guide, qui connaît bien le Cameroun.
Des jeunes accourent à notre rencontre en criant en pidgin (une langue dérivée
de l'anglais) "ce sont des touristes, ils veulent certainement
découvrir". Première visite : le Camp Saker, construit en mémoire du
missionnaire anglais Alfred Saker, qui s´installa ici en 1845. Dans une pièce,
négligemment entassés dans un coin, on peut voir trois petits pots, un cadenas,
six bracelets, six clochettes, deux chaînes, une boucle de ceinture et deux
pointes pour les scarifications. "Ces objets sont des vestiges de
l´esclavage ici", commente Barro Njamen, qui, visiblement, n´en est pas à
sa première expédition sur les lieux. Bimbia a en effet été pendant la traite
négrière, l´une des stations d´embarquement d´esclaves de la côte ouest-africaine.
Ces vestiges ont été découverts en 1987 lors des travaux de terrassement du
site sur lequel est implantée l´église dédiée à la mémoire d´Alfred Saker. Vestiges "De plus
en plus, des gens venant de partout nous demandent de les conduire ici",
indique Johnson Janvier Mondoa, guide de la communauté forestière de Bimbia
Bonadikombo. "Ce sont ces choses-ci qui les attirent", ajoute l´un
des pensionnaires du Camp Saker, en montrant du doigt les vieux ustensiles dont
se servaient les marchands d´esclaves. Les clochettes et les bracelets sont
encore solides tandis que le cadenas n´est plus qu´une coque vide toute
rouillée. Bien qu´en mauvais état et ébréchés, les pots ont résisté au temps.
Mais la plus grande curiosité ce sont les lourdes chaînes de quelque deux
mètres de long. Le visiteur peut aisément imaginer les atroces souffrances
qu´enduraient les personnes enchaînées. Le guide nous montre ensuite le chemin
emprunté par les esclaves ainsi entravés. Il mène à la plage où stationnent
aujourd´hui 4 pirogues de pêche fouettées de temps en temps par de petites
vagues. Sur un rocher noir, pointe un canon allemand. Vestige, lui, d´une autre
époque, celle de colonisation allemande, avant la Première Guerre mondiale.
Avant
le grand voyage À 200 m dans
l´océan, on aperçoit Nicholls Island, une île envahie par la forêt. "C´est
là qu´on parquait les esclaves transportés en pirogue, indique Teta Likanjo, un
habitant de la localité. C´était une sorte d´antichambre avant le grand voyage
vers l´inconnu. Les esclaves y restaient jusqu´à ce que le bateau qui devait
les transporter arrive. Si on y fouille bien, on retrouvera sûrement d´autres
objets que les esclaves et leurs maîtres utilisaient." Les esclaves
embarqués sur l´île Nicholls étaient ensuite acheminés vers les Amériques.
Mais, précise Prince Oscar Etute, actuel chef de la localité, si le bateau
n´était pas plein, il faisait escale à Fernando Po (l´actuelle île de Bioko en
Guinée-Équatoriale, Ndlr) ou sur les côtes du Sénégal pour collecter d´autres
esclaves. Seize ans après la découverte de cette nouvelle "route de
l´esclave", Bimbia demeure très peu connue. Seuls quelques guides
indépendants et agences font la promotion de ce site qui est au Cameroun ce que
l´île de Gorée est au Sénégal. L´Unesco et l´Organisation mondiale du tourisme
ont lancé en 1995 à Accra, au Ghana, le programme "Tourisme culturel sur
la route de l´esclave" en vue de faire l´inventaire des sites et lieux de
mémoire liés à la traite et d´étudier leur réhabilitation et leur valorisation
touristique. Au total, 118 sites ont été inventoriés dans 11 pays africains,
dont 10 francophones. Le projet s´attache également à la formation des acteurs
du tourisme culturel. La mise en œuvre complète de ce projet fera-t-elle de
Bimbia un nouveau haut lieu de pèlerinage en Afrique ? par Alexandre T Djimeli (Syfia Cameroun)
Peuplesawa.com
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