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L’Élysée
bricole un plan de plus pour l’outre-mer

Nicolas
Sarkozy présentait hier, à l’Élysée, les mesures retenues à l’issue des
états
généraux de l’outre-mer décrétés au printemps. L’occasion de recycler
de
vieilles recettes : concurrence, défiscalisation, cadeaux au
patronat.
Il aura fallu
dix longs mois, après l’éclatement d’une crise sociale sans précédent
dans les
départements d’outre-mer, pour que le gouvernement dévoile son
« plan de
modernisation de l’outre-mer » promis en février par le président
de la
République. Hier, Nicolas Sarkozy a présidé un conseil interministériel
de
l’outre-mer. Avant de présenter, à l’Élysée, les 137 mesures
retenues à
l’issue des états généraux de l’outre-mer décrétés pour tenter de
désamorcer la
colère, après 44 jours de grève générale en Guadeloupe, et
33 jours
en Martinique. Ces mesures concernent, résume l’Élysée, « le
renforcement
de la concurrence dans le secteur privé, le développement et la
structuration
des filières de production locale, la modification des règles de
gouvernance,
la meilleure insertion des territoires dans leur environnement
régional, ou
encore l’amélioration concrète de l’égalité des chances ». Façon
de
prendre acte du diagnostic économique et social accablant mis en
lumière par
les mouvements sociaux du début d’année, tout en restant dans les clous
de
politiques libérales aux conséquences désastreuses. Ceci, alors que la
situation sociale s’est aggravée dans les départements d’outre-mer, où
le taux
de chômage, déjà deux à trois fois plus élevé que dans l’Hexagone, a
bondi de
15 % en un an.
Nicolas Sarkozy
a ainsi promis, pour lutter contre « la cherté de la vie »,
des
« mesures énergiques » pour « renforcer la
concurrence ».
Il a plaidé pour « un modèle économique endogène, susceptible de
favoriser
la création de richesses et d’emplois locaux ». Au plan politique,
enfin,
il a défendu l’ouverture d’un « nouveau cycle historique, marqué
par une
relation rénovée avec la métropole ». Mais, a-t-il prévenu,
« ces
territoires sont des terres de France, et le resteront ». Les
politiques
de défiscalisation et de cadeaux au patronat, qui ont inspiré la loi
sur le
développement de l’outre-mer (Lodeom) votée au printemps, restent une
pierre
angulaire de la politique ultramarine. À titre d’exemple, sur les 118
millions
d’euros de crédits supplémentaires de la mission outre-mer, votés
mercredi à
l’Assemblée nationale, 92,7 millions seront consacrés à la hausse de la
compensation, par l’État, des exonérations de cotisations sociales aux
organismes de sécurité sociale. A contrario, les députés ont décidé de
retrancher la prime pour l’emploi de l’augmentation de salaire de 200
euros
gagnée par les grévistes dans les DOM, et dont la moitié est prise en
charge
par l’État pendant trois ans par le biais d’un RSA aménagé.
« Calme
plat ! Aucun bouleversement notable. C’est ce qui, d’emblée,
frappe à la
lecture de ce budget des outre-mers pour 2010. Qui étonne surtout, tant
sa
tranquillité contraste avec la force et l’ampleur des mouvements
sociaux qui se
sont exprimés », a commenté, en séance, la députée communiste
réunionnaise
Huguette Bello.
De leur côté,
le LKP en Guadeloupe et le Collectif du 5 février en Martinique
reprochent
toujours à l’État de « ne pas respecter les engagements »
pris, en
mars, sur les salaires, les prix, la formation des jeunes ou encore
l’emploi.
Au total, les
promesses du plan Sarkozy demeurent bien en deçà de la
« refondation des
relations entre les départements d’outre-mer et l’Hexagone » que
la
mission sénatoriale sur les DOM juge indispensable. Dans un rapport
publié en
juillet dernier, celle-ci pointait des « politiques publiques
menées à
l’aveuglette » et appelait à « combattre les idées fausses et
les
clichés dévastateurs », pour aller, dans les DOM, vers « une
prise en
compte effective de leurs spécificités ».
Rosa Moussaoui
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