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« Une journée pour voir Javouhey, notre terre d'accueil »

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photo Chris 973

Le 10 novembre 1979, les premiers Hmongs arrivaient à Javouhey. Tsa Siong, 16 ans à l'époque, était de ce voyage. Il se souvient.

Tsa Siong s'en souvient comme si c'était hier. Et en parlerait pendant des heures. Le 10 novembre 1979, il foulait le sol de Mana. Avec soixante autres Hmongs. Les premiers qui allaient fonder le village de Javouhey. C'était il y a trente ans jour pour jour. Le village fête l'événement aujourd'hui. « Il nous a fallu une journée pour voir notre terre d'accueil. » L'avion les dépose à Rochambeau, le 9 novembre. À Cayenne, l'opposition à la venue des Hmongs est virulente. Il y a des manifestations. Impossible pour eux de s'y arrêter. « Le bruit courait qu'on était des Japonais. À partir de là, les Guyanais ont manifesté pour dire « non » à notre venue » , raconte Tsa Siong. D'autres opposants prétendent qu'ils vont amener des maladies ou planter de l'opium. Tsa Siong ne peut s'empêcher de sourire en y repensant.

À l'époque, il fuyait les camps de réfugiés du sud-est asiatique. Des camps « avec des barbelés » , précise-t-il. « Tout est parti de la guerre d'Indochine. On nous a proposé de se réfugier en Thaïlande. Après cette guerre, chaque acteur a pris sa part. »

Un prêtre, le père Bertrè, « visite » ce qui deviendra Cacao. Et la léproserie de l'Acarouany, qui était traitée. « C'est à partir de ce moment que nous avons pris le vol vers Cayenne. » À l'arrivée, des camions de l'armée les « transportent » à Kourou. Ils y mangent et y dorment. Le lendemain, ils repartent à 7 heures. Ils arrivent à la bretelle de Mana à midi. Puis prennent la pirogue pour l'Acarouany.

« Certains ont refusé (de s'y installer), de peur des maladies. Pour ne pas dire que c'était un village hmong, pour l'image, on nous a proposé « Javouhey » , du nom de la fondatrice de Mana. Nous avons accepté. Elle nous a protégés et continue de le faire » , poursuit Tsa Siong.

D'autres convois de Hmongs arrivent, toutes les deux ou trois semaines. « Tous les hommes du camp ont mis la main à la pâte pour construire ce village. » Les femmes, elles, sont dans les champs.

« On nous a appris l'alphabet français. Quand on a dit qu'on voulait en apprendre plus, on nous a fait savoir que nous étions là pour faire de l'agriculture. » Il sourit de nouveau, en se demandant quand même pourquoi, trente ans après, l'obtention de la nationalité française n'est toujours pas une formalité.

« Nous ne comprenions pas le français et parlions à peine trois mots. Ce que j'ai apprécié c'est notre intégration et notre accueil après les polémiques. Les Guyanais ne savaient pas qu'on était des Hmongs. Du moment où ils l'ont su, tout s'est bien passé. »


LE 10 NOVEMBRE 1979, LES PREMIERS HMONGS ARRIVAIENT À JAVOUHEY - Une arrivée discrète

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photo Fred the Root

Une soixantaine de Hmongs arrivent le 9 novembre 1979 à Rochambeau. Ils n'ont pas droit aux honneurs de la presse.

À deux ans d'intervalle, des destins médiatiques différents. L'arrivée des premiers

Hmongs à Cacao avait fait la une de France-Guyane. Avec photos prises sur le tarmac de Rochambeau. Le 9 novembre 1979, l'arrivée des Hmongs de Javouhey est très discrète. Nos confrères de l'époque n'étaient visiblement pas dans la confidence.

Une semaine plus tard (le journal ne sortait que les mardi et vendredi), l'information fait dix-neuf lignes en une. L'actualité est dominée par la recrudescence du palu, l'opposition des conseillers généraux à un projet d'indemnisation du chômage, l'électrocution d'une fillette à Iracoubo et le « succès de la kermesse du foyer de l'enfance » . Pour les Hmongs, il faut se contenter des éléments suivants : « Vendredi soir (9 novembre) à 22h30, par le vol Air France en provenance de Paris, arrivaient en Guyane une soixantaine de Hmongs. La chose avait été entourée de la plus grande discrétion puisque seules quelques personnalités étaient au courant. Les Hmongs étaient aussitôt dirigés vers la région de Mana, où sera implanté un nouveau village. Il s'agissait principalement de chefs de famille venus s'installer en attendant l'arrivée prochaine des familles. »

Le journal ne reparlera de Javouhey que le 25 décembre. Entre-temps, la Guyane a été tenue en haleine par le report, puis le succès, du premier tir d'une Ariane. Le jour de Noël, le correspondant de Mana écrit, en créole : « Un groupe de Hmongs est arrivé. Ceux qui sont là ont planté du riz, du maïs, des bananes et de la canne. Un bébé hmong est né. Félicitations au papa hmong et à la maman hmong. »


LE 10 NOVEMBRE 1979, LES PREMIERS HMONGS ARRIVAIENT À JAVOUHEY - Repères

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photo Nicholas Laughlin

- Festivités. Aujourd'hui, les Hmongs fêtent leurs trente ans de présence à Javouhey. Le village compte environ 1 200 habitants désormais. Les festivités commenceront à 16 heures par une messe à l'église. À 17 heures : historique du village présenté par les enseignants de l'école publique Tchi-Tsou. À 19 heures : discours et vin d'honneur. À 20 heures : dîner. À 21 heures : soirée culturelle avec la participation des associations de Javouhey, Charvein, Mana et Cacao.

- Histoire. L'arrivée de Hmongs en Guyane a eu lieu dans le plan du président Giscard-d'Estaing pour le département. Le but était de trouver une solution pour les Hmongs, qui avaient combattu avec la France en Indochine, et de développer la Guyane en la peuplant. Il n'y avait alors que 76 000 habitants. À l'époque, seuls les maires de Roura (Claude Ho-A-Chuck) et de Mana (Emmanuel Bellony) étaient de droite et ont donné suite. La France a hésité entre La Réunion, la Martinique et la Guyane comme terre d'accueil. Les Hmongs ont demandé à un prêtre français, le père Bertrè, de leur dire quel territoire ressemblerait le plus au leur. Il leur a conseillé la Guyane.

- Beaucoup d'oppositions. En 1976-1977, le dossier des réfugiés hmongs (on disait aussi « Méos » , à l'époque) a pris une tournure politique. France-Guyaneécrivait : « Il faut le reconnaître, la venue éventuelle de quelques familles méos en Guyane n'a encore soulevé aucun enthousiasme. [...] L'Union des travailleurs guyanais (UTG) a protesté auprès du préfet contre un projet éventuel d'implantation d'agriculteurs méos. »

- Nouvel An. D'autres festivités se dérouleront fin décembre à Javouhey. Cette fois-ci, il s'agira du Nouvel An hmong.

- Un troisième village ? Après Roura et Mana, Saint-Élie sera-t-elle la troisième commune de Guyane à accueillir des réfugiés hmongs ? Comme nous le révélions le 31 octobre, le maire Charles Ringuet a rencontré le préfet et des responsables associatifs hmongs pour discuter du projet. Le but est de redynamiser le village et de proposer une solution pour les réfugiés vivant dans des camps en Thaïlande.


Adelien LINO France-Guyane 10.11.2009





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