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Les neuf fausses-consciences d’un artiste de l’imaginaire créole


manicouLa fausse conscience n’est pas une inconscience, à  proprement parler, ni même une incompétence, elle est cette posture hautaine, ou parfois cette suffisance malsaine, qui pousse des êtres agités par le regard d’autrui (et autrui ne peut-être qu’européen) à se poser comme des éclaireurs de conscience, des passeurs d’identité ou de mémoire, des  maîtres de je ne sais quelle parole créole qui apaiserait et recentrerait (re-concentrerait même) un nous informel.

Avec la légèreté d’un colibri, un des artistes de l’imaginaire créole a récemment magnifié l’incapacité historique du PPM (Parti Progressiste martiniquais) à penser le politique, le devenir Martinique, en présentant ce qui n’est qu’un vulgaire moratoire PPM comme un projet politique éclairé.  Toutes les opinions mêmes les plus écervelées se valent mais, dans un pays démocratique, même si cette démocratie était parachutée, celles qui souffriraient d’une validation empirique devraient, logiquement, être la risée du petit peuple. Se proclamer indépendantiste pour présenter la démarche PPM comme une "idée claire" relève de la mauvaise foi et/ou de la fausse conscience. Le PPM donne matière à rire, les "indépendantistes" du PPM ont repoussé les limites du ridicule. Si bwabwa te ka tjwe, se tjou rat.

Né d’une scission de la Fédération Communiste de Martinique en octobre 1956, le parti césairien (créé le 22 mars 1958) n’a jamais réussi à envisager le devenir martiniquais, se contentant  de proposer des moratoires infantilisants (et "l’autonomie constitutionnalisée" est un moratoire infantilisant, pire, un délire abracadabrantesque) chaque fois qu’un changement avait été possible en Martinique. Le politique, par définition c’est rendre possible le changement, c’est la réforme permanente, c’est, dans le cas de la Martinique, projeter quotidiennement un nous informel. Or le PPM a appelé à voter pour une Assemblée Unique gérée par l’article 73 de la constitution française, oubliant au passage qu’il s’agit d’une consultation populaire et non d’un vote sanctionnant une gouvernance, avant de comprendre que l’on voterait le 24 janvier, si le non à la création d’une Collectivité d’Outre-mer régie par l’article 74 de la même constitution française l’emportait le 17, pour créer une Collectivité Territoriale Unique, ce qui n’est quand même pas une simple réunification des conseils généraux et régionaux. Perdus dans un folklore de numérologie (ou cartomancie), l’artiste de l’imaginaire créole et quelques érudits du droit français et/ou du devoir de mémoire, ont jeté les dés du 73 dans un sèbi-douvan-dèyè pour deux sous d’imagination (imaginaire se tròp chay ba mwen) et de culture politique qu’ils n’avaient pas. Le nègre fondamental, père du PPM, affirmait lui-même être arrivé en politique inopinément ; "Ils sont venus me chercher", ils se sont les hyper-assimilationnistes et/ou communistes de l’après deuxième guerre mondiale. L’artiste de l’imaginaire créole, épaulé de son  docteur es devoir de mémoire et de l’éminent bricoleur du droit français et européen, semble chercher fiévreusement un héritage nègre qui eut pu étoffer une esthétique créole en perte de foi. L’eldorado nègre c’est toujours quelque part, outre-mer, an-tjou-man-deviran.  

1-   Il n’y a pas de projet PPM. Voter pour ou contre un article de la constitution française, n’est aucunement un projet politique. Venir raconter que le "projet du PPM" serait plus sérieux ou "plus clair" relève de la malhonnêteté intellectuelle, si ce n’est cette insoutenable méthode du ressassement des penseurs créoles. Dans ce cas, l’on parlerait de méthode ou de stratégie, ça ferait intelligible mais puisque la consultation portera sur la création d’une Collectivité d’Outre-mer et en rattrapage, sans doute pour faute grave ou incompréhension, sur la création d’une collectivité territoriale Unique, le dimanche suivant, il ne peut y avoir de stratégie ni de méthode puisque la COM ou la CTU sont des collectivités territoriales françaises au même titre que la commune de Macouba ou la communauté de communes du centre de la Martinique. Le SMDE et l’Agenda 21 sont deux projets en quête de ressources juridiques pour leur mise en œuvre, les articles 74 et  73 ne peuvent, en aucun cas, être assimilés à un projet politique d’autant que et pour autant que le statut actuel de la Martinique, DOM-ROM (ou DROM), statut de transition, est déjà régi par l’article 73 de la même constitution française. 


2-   Le désengagement de l’Etat français. Les exécutifs des collectivités territoriales françaises (Commune, Département, Région) versent, régulièrement, des larmes sur l’insuffisance des dotations. Une CTU ou une COM assimilée (Une COM est une collectivité territoriale qui n’est ni une Commune, ni un Département, ni une Région alors maintenant que le PPM a compris que ce qui sortirait d’un oui le 24, après un "non" le 17, sera une CTU et non une simple addition du conseil régional et du conseil général,  alors on peut passer à l’étape suivante et leur expliquer qu’une COM 74 peut-être assimilée -St-Barth, St-Martin, St-Pierre et Miquelon- ou spécialisée –Polynésie française, Wallis-et-Futuna, etc.-) n’aurait aucune des ressources juridiques nécessaires pour gérer les nombreuses crises sociales que l’identité législative génère,  de facto.  Or l’identité législative (déjà invalidée dans un Etat unitaire décentralisé, voire, plus tard, un Etat unitaire régional) c’est la crise sociale en permanence ; 63 ans de départementalisation l’ont démontré.  Alors quand notre artiste de la politique créole trouve une supériorité, une clarté  au galimatias  PPM, il faut en rire, ri diri plere lantiy. Le politique n’est pas le roman du dorlis recadré. Nou pa nepi sav si fok foute’y twa kout yenn makata oben si fok se mare an kwa-wozo ba’y pou’y se pran an kout klète nan pipirit.
 

3-   Légitimiste, le peuple martiniquais. La faiblesse d’une COM spécialisée c’est l’instabilité politique, ce qui accélèrerait la  désactivation durable de la vraie revendication politique (indépendance-association, intégration caribéenne jusqu’à l’idéal d’indépendance-autarcie qui impatiente  tous les traumatisés politiques de Martinique, assimilationnistes, socialistes, progressistes, marxistes-léninistes orthodoxes, internationalistes, certains des autonomistes et mêmes quelques patriotes, indépendantistes) ; ce qui donnerait un caractère politique démesuré  à une petite et simple  autonomie administrative. La faiblesse d’une CTU-73 ou d’une COM assimilée (toute CTU se transformerait invariablement en COM-assimilée), c’est l’explosion et la dispersion de la revendication sociale. Les ressources juridiques limitées ne laisseraient d’autre perspective que  l’alignement du modèle social d’ici sur le modèle social de là-bas ; l’on créerait alors une machine à produire des mouvements  sociaux. Compte tenu de la faible socialisation politique et de l’insignifiance de la culture politique martiniquaise, la population martiniquaise reste fortement légitimiste (réélisant même des maires fraudeurs) et donne des majorités trop confortables qui, historiquement, ont plombé la bonne gouvernance locale, favorisant le clientélisme ; et qui  demain, endigueraient ponctuellement l’instabilité politique d’une COM spécialisée mais renforceraient  les conservatismes.
 

4-   "L’autonomie constitutionnalisée". Plus qu’une incohérence c’est une simplicité de culture et d’initiative politiques. Cette notion d’"autonomie constitutionalisée" ou, autre simplicité, "autonomie dans l’égalité sociale", démontre une insuffisance de culture politique ; l’autonomie est politique, institutionnelle, fiscale ou administrative. Le Traité de Lisbonne travaille à une plus grande uniformité de l’organisation politique de l’Europe et le modèle qui s’imposera, sans doute après le prochain traité, c’est l’Etat Unitaire Régional  qui prévoit une autonomie politique et institutionnelle des collectivités territoriales des Etats membres. Le Traité de Lisbonne, signé le 13 décembre 2007 et ratifié par la France le 14 février 2008, est officiellement entré en vigueur le 1er  Janvier 2009.  Quelque part, l’Etat Unitaire Décentralisé qui régie la France depuis 1982/1983, (les lois Deferre et la révision constitutionnelle de mars 2003) prévoit une autonomie administrative pour les collectivités territoriales de ce pays. Encore une fois, l’autonomie administrative (ou autonomie fiscale) est loin, très loin de l’autonomie politique et institutionnelle. L’autonomie administrative (COM spécialisée) suppose un contrôle à posteriori (Conseil d’Etat); dans une autonomie politique et institutionnelle, les compétences sont domiciliées, constitutionnellement garanties et de nature législative, il n'y a pas de contrôle à posteriori. Dans une CTU, il y a un double contrôle, à priori (les habilitations) et à posteriori (Conseil d’Etat et renouvellement des habilitations tous les deux ans), entre deux habilitations une mandature se sera écoulée. Une CTU c’est, à coup sûr, l’immobilisme institutionnalisé. Après le moratoire de 1983, proclamé pour échapper à la première autonomie administrative  en chantier, le PPM nous propose, 26 ans plus tard de, ni plus ni moins, différer cette nouvelle possibilité d’autonomie administrative pour, d’ici 10 à 15 ans, jouer la carte de l’autonomie administrative quand l’autonomie politique et institutionnelle sera proposée. Une curiosité, notre érudit du droit français et du droit européen, avait démissionné du PPM au moment du moratoire de 1983, une escapade PNA, MODEMAS et heureux il revient pour un nouveau moratoire, comme pour effacer une erreur de jeunesse.  Derrière la pompeuse notion d’"autonomie constitutionnalisée" se profile un attachement vicieux et même vicié au statut quo, le régime d’assimilation ramené par la Fédération Martinique du Parti  Communiste Français en mars  1946. Le poète reconnaissait qu’ils avaient  voulu l’égalité sociale mais n’avaient obtenu que l’assimilation. Il faut croire que l’égalité sociale était distincte de l’assimilation ; pen an, bè a ek an baton kako-dou adan  pou fè kapistrel la landji, rale an dousin lang. 


5-   L’égalité sociale du PPM. Lors de la grande grève de février, notre artiste de l’imaginaire a accouché, avec  8 autres grands intellectuels guadeloupéens et martiniquais, d'un texte, comme un manifeste du parti martiniquais constitutionalisé (euh dans la constitution française, bien sûr) qui avait pour ambition de projeter dans le post-capitalisme une société féodale, une économie de comptoir et cet apartheid indépassé qui gêne même les politiques français, les plus conservateurs. Cette marque d’insuffisance politique, ce manque flagrant d’imagination politique (l’imaginaire, ça me dépasse), montrait  bien l’incapacité de nos braves indépendantistes en gueule à penser la Martinique en dehors de l’habitation coloniale. Car enfin, un mouvement social d’une telle ampleur même s’il passait sur la tête des élus martiniquais, demandait non pas qu’on réfléchisse sur les seules revendications matérialistes mais sur la dimension politique qu’elles pouvaient contenir. Dans la même logique que cette autonomie constitutionnalisée PPM qui se projetterait dans l’égalité sociale avec La France (c’est d’un idéal qu’il s’agit, la construction sociale n’est pas uniforme sur tout le territoire français, d’où les aménagements, ajustements et réajustements, l’égalité sociale ne peut être qu’une revendication ponctuelle), le post-capitalisme de notre colibri se projetterait essentiellement dans le post-matérialisme français, conceptualisé par les écologistes français ; l’écologiste martiniquais, sa’w di Henri, n’ayant pas droit à la photo de famille.


6-   La leçon ASSAUPAMAR/MODEMAS, mal apprise. Ecologiste et souverainiste hier, notre malfini aux neuf consciences, vante sous les traits d’un projet, un contenu rocambolesque qui déroge même aux priorités des écologistes de Martinique. Lè’w wè ti poul douvan se malfini ki dèyè’l dit un énoncé haïtien, intraduisible ici parce que traduttore traditore et aussi parce que le politique suppose une maîtrise des énoncés régionaux et continentaux.  Personne n’a jamais lu ou entendu un mot d’encouragement, un foute-fè, voire un pa moli d’un élu PPM sur le combat des écologistes de Martinique contre la très grave pollution au chloredécone, les effractions répétées au code du littoral français, les dégâts de l’agriculture productiviste, etc. Quand deux écolos de Martinique, Louis Boutrin et Raphael Confiant ont écrit Chronique d’un empoisonnement annoncé pour dénoncer le scandale du chloredécone, très vite une association des marchandes de Foyal fut créée de toutes pièces pour discréditer ces deux "fossoyeurs de l’économie martiniquaise".  Alors, s’il y avait un projet PPM, lisible et intelligent (c’est là, la condition sine qua non d’un projet, lisibilité et intelligence, les deux étant liées), il inventerait une troisième voie de l’autonomie politique et institutionnelle,  de l’indépendance-association, de l’intégration caribéenne, appellerait à l’abstention ou à voter un bwa-pou-n'ale ou "yes we can"-martiniquais (An-an nou pare, "Si se puede") sous une forme ou une autre, après tout ça n’est qu’une consultation populaire et pas un contrat de gouvernance, mais certainement pas "oui au 73" comme ils disent, tèbè-gaiement.  


7-   Le Tout-monde. L’artiste de l’imaginaire créole insiste sur l’interdépendance du monde, ce qui relativise l’idéal d’indépendance, plus loin le déconstruit ou le fige. L’indépendance pour ces braves néo-PPM  n’est toujours pas un processus mais un état, un lieu figé quelque par dans le devenir politique de la Martinique, dans l’espace-temps Martinique. On ne pourrait y aller que par un vrai saut dans l’inconnu d’où l’on ne reviendrait jamais ; les yeux dans le guidon, "Coco Lambert dans le bambou". L'interdépendance des économies a, en fait, délimité et renforcé  les arrière-pays culturels et politiques partout dans le monde, comme secteur informel ou comme secteur traditionnel non-capitaliste. Or en Martinique, tous, du chef d’entreprise à la marchande de lotjo, constatent la faillite d’une économie de comptoir  mais, curieusement, tous veulent pérenniser le système. Le PPM et ses indépendantistes constitutionalisés trouvent encore quelques vertus à la vicieuse (an volpòn) identité législative. Ailleurs, ce sont les arrière-pays qui, chaque jour, renouvèlent l’économie-monde (la culture-monde également) prévenant ainsi un effondrement brutal d’un système en crise permanente, une rupture du développement capitaliste dépendant ; en Martinique, il n’y a pas d’arrière-pays, ni même d’avant-pays. Nek, "Matinik se ta nou".


8-   Un ethnologisme des mornes. L’imaginaire créole exalté ne consiste qu’en un  vulgaire ethnologisme qui replante un décor colonial poussiéreux, parfois, communisme des mornes, il refait le monde. Cette incapacité à sortir de la plantation même par l’imaginaire, cadre bien le syndrome PPM, Neg-mawon sur les hauteurs de Trénelle et "doudou des îles" dans les couloirs de la représentation politique française. Ici et là-bas, ce qui fait défaut c’est cette capacité à peser de tout son poids d’homme sur le futur.   


9-   Essentialiste à l’envi. La pensée politique de l’artiste de l’imaginaire créole, adossée à quelques espoirs de distinction, outre-mer/nan-tjou-man-deviran, n’est pas plus vaillante que la pensée politique césairiste, arc-boutée sur un eldorado nègre outre-mer et incapable d’envisager l’avenir. La pensée politique du nègre fondamental s’était vite diluée dans les dérades de la social-démocratie parisienne et l’excentrisme (dashiki, afro-sirik et tambours Ka) de la jeune négritude foyalaise. Nous rirons, très rapidement, de la  trop opportuniste et petite escapade politique de l’artiste de l’imaginaire créole quand cette farce (ou tragédie, insisteraient les vieux marxistes) aura fait son temps.      

Les imaginaires courent le monde en chien-fer fou de zombis inconsolés et  finissent toujours par trébucher  sur quelques feuilles blanches de l’histoire, un pays resté enclavé dans l’argile des fausses-consciences là où le cancan politicien a, définitivement, pétrifié et défiguré les acteurs.

   Simao moun Wanakera

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