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Les neuf
fausses-consciences d’un
artiste de l’imaginaire créole
Né d’une scission de la Fédération
Communiste de
Martinique en octobre 1956, le parti césairien (créé le 22 mars 1958)
n’a
jamais réussi à envisager le devenir martiniquais, se contentant
de
proposer des moratoires infantilisants (et "l’autonomie
constitutionnalisée" est un moratoire infantilisant, pire, un
délire
abracadabrantesque) chaque fois qu’un changement avait été possible en
Martinique.
Le politique, par définition c’est rendre possible le changement, c’est
la
réforme permanente, c’est, dans le cas de la Martinique, projeter
quotidiennement un nous informel. Or le PPM a appelé à voter pour une
Assemblée
Unique gérée par l’article 73 de la constitution française, oubliant au
passage
qu’il s’agit d’une consultation populaire et non d’un vote sanctionnant
une
gouvernance, avant de comprendre que l’on voterait le 24 janvier, si le
non
à la création d’une Collectivité d’Outre-mer régie par l’article 74 de
la même
constitution française l’emportait le 17, pour créer une Collectivité
Territoriale Unique, ce qui n’est quand même pas une simple
réunification des
conseils généraux et régionaux. Perdus dans un folklore de numérologie
(ou cartomancie),
l’artiste de l’imaginaire créole et quelques érudits du droit français
et/ou du
devoir de mémoire, ont jeté les dés du 73 dans un sèbi-douvan-dèyè pour
deux
sous d’imagination (imaginaire se tròp chay ba mwen) et de
culture
politique qu’ils n’avaient pas. Le nègre fondamental, père du PPM,
affirmait
lui-même être arrivé en politique inopinément ; "Ils sont
venus
me chercher", ils se sont les hyper-assimilationnistes et/ou
communistes de l’après deuxième guerre mondiale. L’artiste de
l’imaginaire créole,
épaulé de son docteur es devoir de mémoire et de l’éminent
bricoleur du
droit français et européen, semble chercher fiévreusement un héritage
nègre qui
eut pu étoffer une esthétique créole en perte de foi. L’eldorado nègre
c’est
toujours quelque part, outre-mer, an-tjou-man-deviran. 1- Il n’y a pas de projet PPM. Voter pour ou contre un article de la constitution française, n’est aucunement un projet politique. Venir raconter que le "projet du PPM" serait plus sérieux ou "plus clair" relève de la malhonnêteté intellectuelle, si ce n’est cette insoutenable méthode du ressassement des penseurs créoles. Dans ce cas, l’on parlerait de méthode ou de stratégie, ça ferait intelligible mais puisque la consultation portera sur la création d’une Collectivité d’Outre-mer et en rattrapage, sans doute pour faute grave ou incompréhension, sur la création d’une collectivité territoriale Unique, le dimanche suivant, il ne peut y avoir de stratégie ni de méthode puisque la COM ou la CTU sont des collectivités territoriales françaises au même titre que la commune de Macouba ou la communauté de communes du centre de la Martinique. Le SMDE et l’Agenda 21 sont deux projets en quête de ressources juridiques pour leur mise en œuvre, les articles 74 et 73 ne peuvent, en aucun cas, être assimilés à un projet politique d’autant que et pour autant que le statut actuel de la Martinique, DOM-ROM (ou DROM), statut de transition, est déjà régi par l’article 73 de la même constitution française.
2-
Le
désengagement de l’Etat français. Les exécutifs des collectivités
territoriales
françaises (Commune, Département, Région) versent, régulièrement, des
larmes
sur l’insuffisance des dotations. Une CTU ou une COM assimilée (Une COM
est une
collectivité territoriale qui n’est ni une Commune, ni un Département,
ni une
Région alors maintenant que le PPM a compris que ce qui sortirait d’un
oui le
24, après un "non" le 17, sera une CTU et non une simple
addition du conseil régional et du conseil général, alors on peut
passer
à l’étape suivante et leur expliquer qu’une COM 74 peut-être assimilée
-St-Barth, St-Martin, St-Pierre et Miquelon- ou spécialisée –Polynésie
française, Wallis-et-Futuna, etc.-) n’aurait aucune des ressources
juridiques
nécessaires pour gérer les nombreuses crises sociales que l’identité
législative génère, de facto. Or l’identité législative
(déjà
invalidée dans un Etat unitaire décentralisé, voire, plus tard, un Etat
unitaire régional) c’est la crise sociale en permanence ; 63 ans
de départementalisation
l’ont démontré. Alors quand notre artiste de la politique
créole trouve une supériorité, une clarté au galimatias
PPM,
il faut en rire, ri diri plere lantiy. Le politique n’est pas
le roman
du dorlis recadré. Nou pa nepi sav si fok foute’y twa kout yenn makata
oben si
fok se mare an kwa-wozo ba’y pou’y se pran an kout klète nan pipirit. 3-
Légitimiste,
le peuple martiniquais. La faiblesse d’une COM spécialisée
c’est
l’instabilité politique, ce qui accélèrerait la désactivation
durable de
la vraie revendication politique (indépendance-association, intégration
caribéenne jusqu’à l’idéal d’indépendance-autarcie qui impatiente
tous
les traumatisés politiques de Martinique, assimilationnistes,
socialistes,
progressistes, marxistes-léninistes orthodoxes, internationalistes,
certains
des autonomistes et mêmes quelques patriotes, indépendantistes) ;
ce qui
donnerait un caractère politique démesuré à une petite et
simple
autonomie administrative. La faiblesse d’une CTU-73 ou d’une COM
assimilée
(toute CTU se transformerait invariablement en COM-assimilée), c’est
l’explosion et la dispersion de la revendication sociale. Les
ressources
juridiques limitées ne laisseraient d’autre perspective que
l’alignement
du modèle social d’ici sur le modèle social de là-bas ; l’on
créerait
alors une machine à produire des mouvements sociaux. Compte tenu
de la
faible socialisation politique et de l’insignifiance de la culture
politique
martiniquaise, la population martiniquaise reste fortement légitimiste
(réélisant
même des maires fraudeurs) et donne des majorités trop confortables
qui,
historiquement, ont plombé la bonne gouvernance locale, favorisant le
clientélisme ; et qui demain, endigueraient ponctuellement
l’instabilité politique d’une COM spécialisée mais renforceraient
les
conservatismes. 4-
"L’autonomie
constitutionnalisée". Plus qu’une incohérence c’est une
simplicité de
culture et d’initiative politiques. Cette notion d’"autonomie
constitutionalisée" ou, autre simplicité, "autonomie dans
l’égalité sociale", démontre une insuffisance de culture
politique ; l’autonomie est politique, institutionnelle, fiscale
ou
administrative. Le Traité de Lisbonne travaille à une plus grande
uniformité de
l’organisation politique de l’Europe et le modèle qui s’imposera, sans
doute
après le prochain traité, c’est l’Etat Unitaire Régional qui
prévoit une
autonomie politique et institutionnelle des collectivités territoriales
des
Etats membres. Le Traité de Lisbonne, signé le 13 décembre 2007 et
ratifié par
la France le 14 février 2008, est officiellement entré en vigueur le 1er
Janvier 2009. Quelque part, l’Etat Unitaire Décentralisé
qui régie
la France depuis 1982/1983, (les lois Deferre et la révision
constitutionnelle
de mars 2003) prévoit une autonomie administrative pour les
collectivités
territoriales de ce pays. Encore une fois, l’autonomie administrative
(ou
autonomie fiscale) est loin, très loin de l’autonomie politique et
institutionnelle. L’autonomie administrative (COM spécialisée) suppose
un
contrôle à posteriori (Conseil d’Etat); dans une autonomie
politique
et institutionnelle, les compétences sont domiciliées,
constitutionnellement
garanties et de nature législative, il n'y a pas de contrôle à
posteriori.
Dans une CTU, il y a un double contrôle, à priori (les
habilitations)
et à posteriori (Conseil d’Etat et renouvellement des
habilitations
tous les deux ans), entre deux habilitations une mandature se sera
écoulée. Une
CTU c’est, à coup sûr, l’immobilisme institutionnalisé. Après le
moratoire de
1983, proclamé pour échapper à la première autonomie
administrative en
chantier, le PPM nous propose, 26 ans plus tard de, ni plus ni moins,
différer
cette nouvelle possibilité d’autonomie administrative pour, d’ici 10 à
15 ans,
jouer la carte de l’autonomie administrative quand l’autonomie
politique et
institutionnelle sera proposée. Une curiosité, notre érudit du droit
français
et du droit européen, avait démissionné du PPM au moment du moratoire
de 1983,
une escapade PNA, MODEMAS et heureux il revient pour un nouveau
moratoire,
comme pour effacer une erreur de jeunesse. Derrière la pompeuse
notion d’"autonomie
constitutionnalisée" se profile un attachement vicieux et même
vicié
au statut quo, le régime d’assimilation ramené par la Fédération
Martinique du
Parti Communiste Français en mars 1946. Le poète
reconnaissait
qu’ils avaient voulu l’égalité sociale mais n’avaient obtenu que
l’assimilation. Il faut croire que l’égalité sociale était distincte de
l’assimilation ; pen an, bè a ek an baton kako-dou adan
pou fè
kapistrel la landji, rale an dousin lang.
5-
L’égalité
sociale du PPM.
Lors de la grande grève de février, notre artiste
de l’imaginaire a accouché, avec 8 autres grands intellectuels
guadeloupéens et martiniquais, d'un texte, comme un manifeste du parti
martiniquais
constitutionalisé (euh dans la constitution française, bien sûr) qui
avait pour
ambition de projeter dans le post-capitalisme une société féodale, une
économie
de comptoir et cet apartheid indépassé qui gêne même les politiques
français,
les plus conservateurs. Cette marque d’insuffisance politique, ce
manque
flagrant d’imagination politique (l’imaginaire, ça me dépasse),
montrait
bien l’incapacité de nos braves indépendantistes en gueule à penser la
Martinique en dehors de l’habitation coloniale. Car enfin, un mouvement
social
d’une telle ampleur même s’il passait sur la tête des élus
martiniquais,
demandait non pas qu’on réfléchisse sur les seules revendications
matérialistes
mais sur la dimension politique qu’elles pouvaient contenir. Dans la
même
logique que cette autonomie constitutionnalisée PPM qui se projetterait
dans
l’égalité sociale avec La France (c’est d’un idéal qu’il s’agit, la
construction sociale n’est pas uniforme sur tout le territoire
français, d’où
les aménagements, ajustements et réajustements, l’égalité sociale ne
peut être
qu’une revendication ponctuelle), le post-capitalisme de notre colibri
se
projetterait essentiellement dans le post-matérialisme français,
conceptualisé
par les écologistes français ; l’écologiste martiniquais, sa’w di
Henri,
n’ayant pas droit à la photo de famille.
6-
La
leçon ASSAUPAMAR/MODEMAS, mal apprise. Ecologiste et souverainiste hier, notre
malfini
aux neuf consciences, vante sous les traits d’un projet, un contenu
rocambolesque qui déroge même aux priorités des écologistes de
Martinique. Lè’w
wè ti poul douvan se malfini ki dèyè’l dit un énoncé haïtien,
intraduisible ici parce que traduttore traditore et aussi
parce que le
politique suppose une maîtrise des énoncés régionaux et
continentaux. Personne
n’a jamais lu ou entendu un mot d’encouragement, un foute-fè,
voire un
pa moli d’un élu PPM sur le combat des écologistes de
Martinique
contre la très grave pollution au chloredécone, les effractions
répétées au
code du littoral français, les dégâts de l’agriculture productiviste,
etc.
Quand deux écolos de Martinique, Louis Boutrin et Raphael Confiant ont
écrit Chronique
d’un empoisonnement annoncé pour dénoncer le scandale du
chloredécone,
très vite une association des marchandes de Foyal fut créée de toutes
pièces
pour discréditer ces deux "fossoyeurs de l’économie
martiniquaise". Alors, s’il y avait un projet PPM, lisible
et
intelligent (c’est là, la condition sine qua non d’un projet,
lisibilité et
intelligence, les deux étant liées), il inventerait une troisième voie
de
l’autonomie politique et institutionnelle, de
l’indépendance-association,
de l’intégration caribéenne, appellerait à l’abstention ou à voter un bwa-pou-n'ale
ou "yes we can"-martiniquais (An-an nou pare, "Si
se puede") sous une forme ou une autre, après tout ça n’est qu’une
consultation populaire et pas un contrat de gouvernance, mais
certainement pas "oui
au 73" comme ils disent, tèbè-gaiement.
7-
Le
Tout-monde.
L’artiste de l’imaginaire créole insiste sur
l’interdépendance du monde, ce qui relativise l’idéal d’indépendance,
plus loin
le déconstruit ou le fige. L’indépendance pour ces braves néo-PPM
n’est
toujours pas un processus mais un état, un lieu figé quelque par dans
le
devenir politique de la Martinique, dans l’espace-temps Martinique. On
ne
pourrait y aller que par un vrai saut dans l’inconnu d’où l’on ne
reviendrait
jamais ; les yeux dans le guidon, "Coco Lambert dans le
bambou". L'interdépendance des économies a, en fait, délimité et
renforcé les arrière-pays culturels et politiques partout dans le
monde,
comme secteur informel ou comme secteur traditionnel non-capitaliste.
Or en
Martinique, tous, du chef d’entreprise à la marchande de lotjo,
constatent la
faillite d’une économie de comptoir mais, curieusement, tous
veulent
pérenniser le système. Le PPM et ses indépendantistes
constitutionalisés
trouvent encore quelques vertus à la vicieuse (an volpòn) identité
législative.
Ailleurs, ce sont les arrière-pays qui, chaque jour, renouvèlent
l’économie-monde (la culture-monde également) prévenant ainsi un
effondrement
brutal d’un système en crise permanente, une rupture du développement
capitaliste dépendant ; en Martinique, il n’y a pas
d’arrière-pays, ni
même d’avant-pays. Nek, "Matinik se ta nou".
8-
Un
ethnologisme des mornes. L’imaginaire créole exalté ne consiste
qu’en
un vulgaire ethnologisme qui replante un décor colonial
poussiéreux,
parfois, communisme des mornes, il refait le monde. Cette incapacité à
sortir
de la plantation même par l’imaginaire, cadre bien le syndrome PPM,
Neg-mawon
sur les hauteurs de Trénelle et "doudou des îles" dans les couloirs
de la représentation politique française. Ici et là-bas, ce qui fait
défaut
c’est cette capacité à peser de tout son poids d’homme sur le futur.
9-
Essentialiste
à l’envi. La pensée
politique de l’artiste de l’imaginaire
créole, adossée à quelques espoirs de distinction,
outre-mer/nan-tjou-man-deviran, n’est pas plus vaillante que la pensée
politique césairiste, arc-boutée sur un eldorado nègre outre-mer et
incapable
d’envisager l’avenir. La pensée politique du nègre fondamental s’était
vite
diluée dans les dérades de la social-démocratie parisienne et
l’excentrisme
(dashiki, afro-sirik et tambours Ka) de la jeune négritude foyalaise.
Nous
rirons, très rapidement, de la trop opportuniste et petite
escapade
politique de l’artiste de l’imaginaire créole quand cette farce (ou
tragédie,
insisteraient les vieux marxistes) aura fait son temps.
Les imaginaires courent le monde en
chien-fer fou de zombis inconsolés et finissent toujours par
trébucher sur quelques feuilles blanches de l’histoire, un pays
resté enclavé dans l’argile des fausses-consciences là où le
cancan
politicien a, définitivement, pétrifié et défiguré les acteurs.
Simao moun Wanakera |
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