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Agroalimentaire
: l’exemple des Farines Quisqueya
En
Haïti, les « Farines Quisqueya » sont présentes dans la quasi-totalité des
grandes surfaces. Et l’histoire de cette entreprise de transformation de
produits agricoles remonte à 1931. Au fil des ans, cette moyenne
entreprise a su maintenir le cap et tirer son épingle du jeu, malgré un
contexte difficile. Quand on parle
des farines Quisqueya, l’on est d’abord surpris d’apprendre que cette
entreprise locale de fabrication de produits alimentaires est établie depuis
près de 80 ans dans le pays. Ensuite, l’on est étonné de savoir qu’elle se
trouve en plein centre ville de Port-au-Prince, une zone à vocation plutôt
commerciale. Aussi, a l’opposé de ses consoeurs de l’agroalimentaire, Les
farines Quisqueya évolue près de quincailleries, d’établissements
scolaires en toute discrétion. Photos : Logan Abassi
N’était-ce la
chatoyante peinture d’un bananier et la reproduction, en grandes lettres, du
nom de l’institution sur le mur de la façade nord, rien ne laisserait imaginer
que depuis 1931 cette maison de la rue du Centre est une moyenne entreprise qui
participe aux efforts de production locale. La farine de
banane a été le premier et le seul produit fabriqué pendant 50 ans dans cette
entreprise fondée par le grand-père de l’actuel dirigeant, Maxime Landrin.
Aujourd’hui, d’autres farines enrichissent la gamme de produits. Il s’agit des
farines de carotte, de goyave, de manioc, entre autres. Une initiative du
propriétaire actuel, désireux de diversifier sa production et ainsi rendre son
entreprise plus rentable. La plupart des
produits de base sont achetés à des coopératives paysannes. Les entreprises ne
possèdent pas leurs propres plantations et ont opté pour l’approvisionnement à
partir des vivres cultivés par les paysans. « Nous avons tenté d’avoir nos
propres cultures, mais sans succès. Les paysans sont plus expérimentés que nous
et ils sont nombreux à nous approvisionner », indique M. Landrin. Près de 400 à
500 cultivateurs fournissent des vivres à cette entreprise. Les produits sont
récoltés, séchés par les paysans puis expédiés à Port-au-Prince où ils sont
transformés en farine. Ainsi, 50.000
sachets de farine de banane, de riz, de pomme de terre, de maïs et autres
sortent chaque mois de cette entreprise équivalant à près de 200.000 verres de
bouillie (verres de 8 onces). La préparation
et la commercialisation de bouillie font aussi partie des activités de cette
entreprise. Dans un premier temps, ces bouillies étaient vendues par des
marchands ambulants à la capitale. Quoique cette initiative ait eu un grand
succès, les responsables ont préféré y mettre un terme, car ils « n’avait aucun
contrôle sur les conditions hygiéniques de vente ». Actuellement,
les bouillies sont surtout distribuées dans des écoles, dans le cadre du
Programme Nationale de Cantine scolaire (PNCS). Chaque jour, 5.675 tasses de
bouillie sont données à des enfants en milieu scolaire. Cette collaboration
avec le PNCS a lieu depuis trois ans. « Les directeurs d’école ont appelé pour
dire comment les enfants ont apprécié », affirme le PDG. Un
chemin parsemé d’embûches De la
production de la seule farine de banane à celle d’une dizaine de farines
alimentaires ainsi que la commercialisation de bouillie, le chemin a été long
et loin d’être aisé. A croire Maxime
Landrin, les entreprises ont fait face, dès le départ, à une certaine réticence
de la part du consommateur par rapport aux produits de transformation locale.
Ajouter à cela, la concurrence des produits importés, qui jouissent à priori de
la faveur du client. Par ailleurs,
les envies d’expansions de l’entreprise ont du mal à se concrétiser, à cause du
taux élevé des crédits bancaires. Entre autres
grands défis de l’entreprise, maintenir le produit à un prix accessible. Et
pour y arriver, certains choix difficiles ont été faits, tel un emballage
relativement modeste. « Il est assez simple, ce qui nous permet de diminuer le
coût de production », fait savoir M. Landrin. Malheureusement,
ce choix fait difficilement l’unanimité, l’emballage étant peu attrayant. Autre
inconvénient, l’étiquetage ne mentionne pas les ingrédients qui composent le
produit. Or selon la responsable du bureau de santé et nutrition du Ministère
de la Santé, Dr Jocelyne Pierre, « il est impératif que le consommateur sache
ce qu’il achète et surtout ce qu’il va manger ». De nombreux
défis attendent encore cette entreprise avant qu’elle atteigne son plein
rendement. Un des grands projets est de pouvoir augmenter la production de
bouillie et d’élargir sa distribution à beaucoup plus d’établissements
scolaires. Y arriver suppose entre autres l’acquisition d’un système de
pasteurisation fiable et ainsi qu’un système de mise en bouteille automatique.
Un premier pas a déjà été fait par l’acquisition d’une chaudière en acier
inoxydable ayant une plus grande capacité de production. En Haïti, le
secteur agro-industriel n’est pas très développé. Il souffre de maints maux
dont la faiblesse de la production agricole nationale. Pourtant, selon
plusieurs économistes, favoriser les investissements dans ce secteur serait un
avantage du pays. A en croire,
l’économiste, Madeleine Germain, responsable de la direction production locale
pour l’exportation au Ministère du Commerce et de l’Industrie, « ce type
d’industrie a tous les atouts pour être favorable à l’économie haïtienne ». « Elle utilise
beaucoup de matières premières locales, favorise ainsi la production agricole.
Elle nécessite aussi beaucoup de main d’œuvre, de la préparation du sol à la
commercialisation du produit fini. De plus, si les normes sont respectées, elle
aura aussi pour avantage d’aider à l’équilibre de la balance commerciale du
pays, toujours déficitaire, car certainement certains produits iront à l’exportation
». Aussi, cet
économiste et cadre de l’administration publique déplore-t-elle que des actions
plus significatives ne soient pas entreprises pour réellement permettre à
la production locale de démarrer. Martine Denis Chandler 14/11/09 |
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