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L’apiculture haïtienne en quête de développement

L’élevage des abeilles constitue, de par le monde, une activité dont le poids économique est considérable, grâce notamment à la production du miel et de nombreux autres produits qui en découlent. En Haïti, ce secteur souffre malheureusement de nombreuses carences, dont les problèmes environnementaux. D’où la nécessité pour le Gouvernement d’initier un programme en faveur de son développement.

L’apiculture, une des composantes du secteur agricole, subit en Haïti les contrecoups de différents problèmes économiques, sociaux et environnementaux. La coupe effrénée des arbres, l’absence de structures de distribution efficace ou encore l’archaïsme des pratiques d’élevage constituent autant d’obstacles au développement de ce secteur.


Photos : Logan Abassi

Aussi, le 28 octobre, le Ministère de l’Agriculture des Ressources naturelles et du Développement Rural (MARNDR) sous la coordination du Secrétaire d’Etat à la Production Animale a-t-il présenté à Port-au-Prince un programme visant le développement de la filière apicole. Objectif : stimuler et moderniser un secteur doté de grands potentiels économiques.

Autre ambition de ce programme, augmenter le nombre d’apiculteurs dans le pays et contribuer à la création de richesses, prioritairement pour les populations les plus pauvres. Il vise également, de manière indirecte, à stimuler une bonne gestion des ressources naturelles et environnementales.

Un secteur aux multiples potentialités

L’apiculture se présente comme une bonne alternative à la coupe du bois, comme le fait remarquer Mme Gisèle Poteau, directrice de la promotion du monde rural au MARNDR. «L’apiculture peut nous aider grandement à sauvegarder notre environnement », dit la responsable qui préconise l’élevage des abeilles comme alternative à la coupe du bois.

Et pour cause, cette activité est très profitable économiquement non seulement aux apiculteurs, mais aussi aux communautés. Selon Mme Poteau, l’apiculture crée des emplois dans le domaine de la couture, de la ferronnerie et de l’ébénisterie, notamment. «Il faut confectionner des vêtements de protection, fabriquer les ruches et le matériel pour leur entretien», souligne-t-elle.

Cependant, cette filière agricole serait plus rentable si les apiculteurs s’y adonnaient en utilisant des techniques modernes. L’élément le plus important à ce point de vue est l’utilisation d’une ruche moderne.

Les ruches modernes sont construites de façon à ce que le miel soit extrait simplement alors que l’extraction du miel des ruches traditionnelles (l’élevage en tambour) entraîne la destruction de celles-ci. Le type proposé aux apiculteurs haïtiens est la ruche « Langstroth » (du nom de leur inventeur) ayant une durée de vie de 20  à 25 ans. Elle permet de produire jusqu’à 12 gallons de miel par année à raison de trois gallons par récolte, selon Mme Poteau. Or, la production de miel obtenu à partir des ruches traditionnelles est d’un gallon par récolte.

Au regard des bénéfices que l’on peut tirer d’une telle activité (un gallon de miel se vend environ 1.000 gourdes sur le marché haïtien), l’investissement consenti pour installer une ruche ne semble pas exorbitant. Une ruche moderne coûte environ 4.250 gourdes et une colonie d’abeilles 1.250 gourdes. A cela, il faut ajouter le prix d’autres équipements comme le racloir, le lève cadre, l’enfumoir, le décanteur et l’extracteur entre autres.

Ceux-ci permettent de contrôler les abeilles, manipuler les différentes parties de la ruche et les produits qu’elle renferme. En effet, pour exploiter les produits d’une ruche, l’apiculteur doit procurer à l’abeille un abri, des soins et veiller sur son environnement. Puis, il prend soin de  récolter une partie des produits tels que miel, pollen, cire, gelée royale et propolis.

apiculteur haitien

Photos : Logan Abassi

Ceux-là sont utilisés à des fins thérapeutiques et esthétiques. « Le miel est utilisé pour le traitement de certaines maladies, le pollen est un antioxydant, la cire sert à la fabrication de produits de beauté », indique Gisèle Poteau.

Quelque 8.500 familles, vivant majoritairement en milieu rural pratiquent l’apiculture qui leur permet d’accroître leurs revenus. Beaucoup parmi elles ont déjà modernisé leur système d’élevage en adoptant la ruche « Langstroth ».

Jean Claude Sima, est un de ces exploitants à avoir investi dans des ruches modernes. Il s’est lancé dans l’apiculture après avoir côtoyé des élevages d’abeilles alors qu’il était agent forestier pour le Ministère de l’Agriculture.

Il pratique cette activité depuis cinq ans dans la commune de Croix-des-Bouquets et a pu constater les avantages dont il bénéficie en utilisant une ruche moderne. Sa ferme compte dix ruches. Chacune  lui fournit en moyenne trois gallons de miel par récolte. «Mes profits auraient pu être plus élevés si je pouvais investir plus d’argent et avoir d’autres ruchers », dit l’apiculteur.

M. Sima a aussi expliqué que cette activité influence même son mode de vie. « Grâce à l’apiculture j’ai compris l’importance de la  protection de l’environnement et j’ai même mieux compris certains principes de la vie de groupe », affirme M Sima.

« Les abeilles travaillent en groupe. Chaque jour, j’observe comment une activité faite collectivement peut aboutir à des résultats spectaculaires », poursuit-il.

Ainsi augmenter la production annuelle du pays qui est d’environ 800 tonnes métriques de miel consommées principalement sur le marché local ne serait être que bénéfique pour Haïti. Selon des apiculteurs, le marché est loin de la saturation. Le plus souvent, ils n’arrivent pas à répondre à la demande, témoignent-ils.

La seule menace sérieuse qui plane sur l’avenir du secteur est le déclin des abeilles enregistré en Amérique du Nord et en Europe. Un phénomène qui serait dû à l’utilisation de pesticides notamment. Aucune tendance de la sorte n’a encore été enregistrée en Haïti. Cependant, des actions devraient être entreprises pour, d’une part protéger les apiculteurs contre le varroa (un parasite qui attaque les colonies d’abeilles) et d’autre part, rendre les apiculteurs moins vulnérables aux perturbations climatiques.

 

Hugo Merveille
source

31/10/09




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