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Enfants des rues, quel avenir ?
On les rencontre par
milliers dans l’aire métropolitaine. Ils mendient, ils effectuent des travaux
qui sont au-dessus de leur force, parfois même ils volent. Quelle prise en
charge pour ces laissés-pour-compte ?
Par Wilner JEAN-LOUIS
Tout le monde
les voit et s’apitoie sur leur sort, du simple citoyen aux autorités les plus
hauts placées. Mais pourtant personne n’agit en faveur de ces enfants qui
deviendront peut-être les bandits les plus redoutables de la ville. Exposé à toutes
sortes d’injustice, seul, sans défense, oublié de tous ou presque, l’enfant de
rue doit tout apprendre en vue de faire face à la dure réalité du béton, comme
on dit. Il devient ainsi un adulte prématuré, formé à l’école de la rue, ayant
parfois très jeune des expériences que d’autres auraient eu à un âge plus
avancé (sexe, alcool, tabac). Selon une étude
menée par le Centre Education populaire, le nombre d’enfants de rue, rien que
dans l’aire métropolitaine, s’estimait à environ 6000 en 1993. Point n’est
besoin d’être grand clerc pour constater que seize ans plus tard ce chiffre a
plus que doublé. Les motifs de
départ Les raisons qui
ont poussé ces enfants à élire domicile dans la rue sont diverses. La majorité
d’entre eux disent être en quête d’un mieux être. La situation socio-économique
de leurs parents étant très précaire, ils voient dans la rue l’endroit idéal
pour assurer leur survie et subvenir aux besoins de leur famille. Tel est le cas
de Jeff* qui, à 11 ans, est l’aîné d’une famille de cinq enfants dont il est le
responsable. « Ma mère
habite à Cité soleil, elle n’a pas de quoi prendre soin de nous, c’est pourquoi
en tant qu’aîné, je suis obligé de mendier dans la rue pour apporter quelque
chose à la maison », raconte le petit Jeff. Le cas de Jeff
ne diffère pas trop de celui de la petite Magalie*. Cette fillette qui n’est
même pas capable de donner son âge, raconte que les intempéries qui ont
fortement secoué le pays en 2008, ont laissé sa famille (elle et sa mère) dans
le plus grand dénuement. Livrées à elles-mêmes, elles ont décidé de quitter la
localité où elles vivaient à Jacmel pour émigrer dans la « République de
Port-au-Prince ». La rue est vite devenue leur nouvelle résidence et la mendicité
le seul emploi correspondant à leur qualification. La violence
physique infligée par leurs parents est un autre motif pouvant expliquer le
choix de la rue. Selon une recherche réalisée par le statisticien James
Lachaud, ce cas concerne surtout des enfants issus des zones rurales, emmenés à
Port-au-Prince pour être confiés soit à une tante, soit à une marraine parfois
même à un(e) ami(e). Interrogés, la
plupart de ces enfants ont répondu que les punitions de leurs tuteurs sont
insupportables. Ils indiquent que leurs vrais parents ne les auraient jamais
traités de cette manière. Ils subissent même parfois la violence des enfants de
la maison. D’un autre
côté, on retrouve des enfants qui ont choisi d’affronter la rue volontairement,
indépendamment de l’un des cas susmentionnés. Selon M. Jean Robert Chéry,
coordonateur du Centre d’éducation populaire, c’est un acte d’affirmation de
soi et de recherche d’autonomie Enfants des
rues d’aujourd’hui, bandits notoires de demain Quelque soit le
mobile qui explique la présence de ces enfants dans la rue, leur condition de
vie est inhumaine. Dans la rue règne la loi de la jungle. Les plus petits
subissent les caprices des aînés. Ces derniers les font payer cher pour les
intégrer dans une « base ». Woody, un
enfant de 13 ans nous raconte que ses débuts dans la rue étaient une véritable
galère. Les aînés lui ont ravi ses vêtements et ses chaussures. Parfois ils
sont contraints de consommer de la drogue, de travailler pour le compte des
gangs. Les enfants de sexe féminin, quant à elles, sont victimes d’abus
physiques et sexuels. Une fois
initiés, ces enfants, deviennent eux-mêmes des professionnels, c’est à eux
maintenant d’escroquer les bleus et de faire voir toutes les couleurs. Si certains
d’entre eux ont eu la chance d’être recueilli dans des centres de réinsertion
et d’apprendre un métier pour gagner honnêtement leur vie, d’autres par contre
deviennent des bandits redoutables. Et si on
imitait Duvalier ? Dans les années
60, François Duvalier a mis sur pied une police sociale dénommée « Chalan ».
L’une des principales missions de ce corps était, entre autres, d’embarquer les
enfants des rues pour les placer ensuite dans des centres de réinsertion. Selon le
statisticien Lachaud, cette décision a grandement contribué aux efforts visant
à résoudre ce problème. Malheureusement,
depuis après le départ de Duvalier, on assiste à une recrudescence du phénomène
d’enfants de rue. Mais le retour d’une telle pratique aujourd’hui produirait-il
les mêmes effets qu’hier quand on sait que la majorité des enfants placés dans
ces centres d’accueil ont préféré la vie de la rue ? N’est il pas temps de
creuser à fond le problème ? En cherchant à connaitre par exemple les raisons
pour lesquelles un enfant a choisi de fuir la vie « normale » chez ses parents
pour se réfugier dans la rue ? Ou encore, ne devrait-on pas attaquer les vrais
problèmes sociaux à la base du phénomène ? *Par souci
d’anonymat, certains noms et prénoms ont été changés. |
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