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L’agriculture urbaine, une solution contre la faimEliminer
l’extrême pauvreté et la faim est l’un des premiers des 8 objectifs du
millénaire pour le développement. De par le monde, particulièrement dans les
pays pauvres, nombre d’acteurs oeuvrent à faire de cet objectif une réalité.
Parmi eux, le Fonds des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
(FAO) qui a initié, en Haïti, le projet « Agriculture urbaine » au profit des
habitants de quartiers défavorisés. Une aubaine pour les bénéficiaires. Dans sa modeste
demeure où il vit avec sa famille à Karadeux, dans la commune de Tabarre, Jean
pratique depuis quelque temps l’agriculture urbaine, une technique
agricole apprise grâce à la FAO. Dans son petit jardin, en effet, pousse
poivrons, aubergines, carottes et blette. De plus, Jean dispose de poules
pondeuses et des lapins, également fournis par la FAO. Pour ce père de
famille, la culture de ces légumes et cet élevage sont une aubaine. Au chômage,
Jean est heureux de pouvoir trouver dans son propre jardin l’essentiel de ce
qu’il faut pour nourrir sa famille. La vente des œufs de ses poules lui permet
également d’avoir un peu d’argent, et ainsi faire face à certaines de ses
dépenses. « Mes enfants
ont pu aller à l’école cette année grâce à l’argent récolté par la vente des
œufs. Ceci est très important pour moi », témoigne l’homme. Comme Jean, ils
sont près de 326 personnes à Tabarre, une commune située dans l’arrondissement
de Port-au-Prince, à bénéficier de ce projet de la FAO. Tous font face à
d’importantes difficultés de subsistance et arrivaient péniblement a subvenir
aux besoins alimentaire de leur famille. Bénita, une
mère de famille également sans emploi, se rappelle combien il lui était
laborieux de trouver quotidiennement la nourriture de ses enfants. «Nous avons
très peu d’argent, et il faut tout acheter au marché. Maintenant, je peux
cueillir mes légumes dans mon jardin et faire acheter un peu de riz. Et c’est
déjà mieux», se réjouit-elle. Bénita ne
dispose pas de poules, mais d’un couple de lapins, encore assez jeunes pour
pouvoir procréer. Elle attend impatiemment qu’ils grandissent et se
multiplient. « Je pourrai me nourrir de la viande de lapin, vendre quelques uns
», dit-elle, visiblement satisfaite. Ce projet de la
FAO, d’un montant de 900.000 dollars canadiens, est aussi mis en oeuvre dans
une dizaine de quartiers pauvres de la capitale, dont Cité Soleil. Nombre de
quartiers de la ville de Jérémie, à l’extrême pointe sud du pays, en sont aussi
des bénéficiaires. Il vise à « contribuer à l’amélioration de la sécurité
alimentaire et nutritionnelle des ménages défavorisés ». L’horticulture,
l’aviculture et l’élevage de lapins en cage et la formation des bénéficiaires
sont les principaux axes d’intervention du projet. Ainsi des semences, des
petites unités de poules, des lapins, des kits d’instruments agricoles, ainsi
que du matériel pour construire les cages des animaux ont été distribuées à de
2500 familles. Dans les
habitations, les petits jardins aménagés sont de 20 m2 en moyenne. Ces potagers
peuvent être sur la cour, sur le toit des maisons, dans des matériaux de
récupération, tels des pneus usagés ou encore de vieux récipients, ce dépendamment
de l’espace disponible. Grâce à des
formations faites régulièrement, les bénéficiaires apprennent les techniques
d’agriculture urbaine, les principes d’entretien et les mesures de prévention
des poulaillers, les méthodes d’élevage des lapins, entre autres. A en croire les
responsables du projet à la FAO, les retombées ne seraient pas qu’économique
(meilleure nutrition, augmentation des revenus). « L’aspect psychologique du
projet est non négligeable. Les familles n’ont plus le stress du pain quotidien
et ont une certaine fierté de pouvoir s’acquitter de ce devoir grâce aux
produits de leur jardin », a expliqué Sonnel Ariste, assistant du responsable
des programmes d’urgence à la FAO. Si le projet a
été bien accueilli de manière générale par la plupart des bénéficiaires, il
n’en demeure pas moins qu’il rencontre certaines difficultés. A l’origine, en
effet, seul l’élevage des poules pondeuses avait été prévu. Cependant, il a été
noté un nombre assez élevé de vol venant vraisemblablement de personnes ne bénéficiant
pas du projet. Aussi, le lapin a-t-il été introduit en remplacement. Par ailleurs,
les responsables ont eu à faire face à une réticence de la part des
bénéficiaires plutôt habitués à l’assistance alimentaire sur le mode du don de
vivres. D’autres craintes sont relatives à l’éventualité de la non durabilité
des retombées positives de cette action. En effet, pour
s’assurer de la pérennité de leur nouvelle autonomie, les bénéficiaires doivent
pouvoir, eux-mêmes, se procurer les intrants, une fois le projet terminé. Or
poules, lapins, semences sont assez coûteux pour cette frange de la population,
dont le pouvoir d’achat est assez faible. Fort
heureusement, ces préoccupations sont prises en compte. En effet, un comité de
suivi du projet a déjà été mis sur pied. Sa vocation : élaborer des stratégies
pouvant permettre aux populations de développer leurs propres capacités
techniques et organisationnelles. Une façon, pour eux, de sauvegarder
l’autonomie alimentaire. Martine Denis Chandler |
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