piments




 





Protégeons les virtuoses des champs
perroquet
Photo: Jean Max St Fleur

Le mois d'octobre est consacré depuis quelques années à la célébration du formidable voyage qu'entreprennent les oiseaux migrateurs dans la Caraïbe et dans les Antilles. Leur temps d'hibernation et leur migration d'un pays à un autre intéressent certains chercheurs et spécialistes haïtiens. Selon eux, ces virtuoses des champs sont de potentiels écotouristiques, environnementaux et scientifiques sûrs. Ils méritent d'être connus et protégés.

Les oiseaux endémiques, résidents ou migrateurs, jouent un rôle important dans la culture et l'imaginaire du peuple haïtien. Mis à part ce coté folklorique, certains chercheurs et spécialistes portent beaucoup d'intérêt au rôle que jouent les nicheuses dans la protection de l'environnement. Certaines d'entre elles sont utilisées à des fins médicales, notamment pour contrôler la propagation de maladies. D'autres rendent des services écologiques à la biodiversité. « Quand vous voyez un oiseau voltiger d'arbre en arbre, becqueter fleurs et fruits, il réalise en général un travail d'artisan qui est la pollinisation », explique l'ingénieur agronome Abdel Abelard. Ce phénomène est le mode de reproduction privilégié de beaucoup de plantes.

Entre autres, les volailles sont de potentiels sûrs sur le plan écotouristique. En ce sens, ils peuvent être utilisés pour attirer les touristes, les universitaires et les spécialistes en écologie. Quelques espèces contribuent favorablement au processus de reboisement à travers les grains qu'ils dispersent dans la nature. D'autres sont connus comme des agents d'assainissement. C'est le cas du Karanklou, espèce endémique à l'île d'Haïti. « Cet oiseau a une particularité: il débarrasse la nature des cadavres d'autres vertébrés qui pourraient polluer l'environnement et avoir des effets nuisibles sur la santé », précise M Abelard.

malfini

Le spécialiste en gestion communautaire des ressources naturelles expliquait à des centaines d'élèves de la commune de l'Archaie, le 29 octobre dernier, les mille et une raisons de protéger les oiseaux, notamment des espèces endémiques en voie d'extinction. « Il est important de connaître les oiseaux et de protéger les quelques rares espèces qui nous restent », a répété M. Abelard aux jeunes écoliers et professeurs d'école qui le suivaient attentivement.

Parmi les nicheuses qui nous restent...

Des années 80 à aujourd'hui, la population des oiseaux a considérablement diminué en Haïti. Le pays compterait à l'heure actuelle, selon M. Abelard, seulement 30 espèces d'oiseaux endémiques et 50 sous-espèces endémiques. Parmi elle, le '' Kanson rouj ''. Cette nicheuse, aux plumes rouge et bleu, est considérée comme l'oiseau emblématique du peuple haïtien. On peut l'observer sur le bicolore national. 

kanson rouj

Kanson rouge kanson

Par ailleurs, les Haïtiens peuvent s'enorgueillir de partager avec leurs voisins dominicains quelques belles et rares espèces d'oiseaux qui n'existent nulle part ailleurs. Citons, entre autres: l'oiseau-palmiste, devenu récemment l'oiseau national de la République dominicaine; le « malfini savann » et le serpentier qui existent seulement en Haïti; le taco, la tourterelle, le « grouiller-corps », qu'on retrouve uniquement au niveau de la plaine de l'Archaie. Le colibri et le cornichon, deux espèces répertoriées uniquement sur l'île d'Haïti, sont aujourd'hui en voie de disparition.


oiseau palmiste
hibou

Ou sont passés les oiseaux migrateurs ?

Les centaines d'oiseaux résidents ou migrateurs, qui fuyaient le froid de l'hiver européen pour trouver refuge au bord du littoral, dans les montagnes, dans les zones sèches ou humides, au sommet des arbres géants et spécifiques haïtiens, n'y viennent presque plus. « Parmi les oiseaux migrateurs qu'on peut aujourd'hui observer dans certaines régions d'Haïti, nous pouvons citer le charon la Selle. C'est le seul oiseau migrateur à se reproduire au niveau du morne La Selle. Il y a aussi le flamant rose qui migre dans l'étang Bois-Neuf... », a succinctement énuméré ingénieur qui est également le spécialiste en conservation biologique.

taco
photo Flávio Cruvinel Brandão

Bon nombre d'oiseaux qui peuplaient autrefois le paysage haïtien disparaissent à cause de la coupe incessante des arbres, du phénomène de la déforestation et de l'agrandissement des espaces urbains. La chasse intensive et irrégulière des oiseaux met en péril et leur vie et leur habitat. Par-dessus tout, la perception mitigée qu'on de certaines espèces concourt à la disparition de ces vertébrés au bec corné. « Le hibou, couramment appelé koukou, est un oiseau endémique. Il est également en voie d'extinction à cause des croyances et coutumes démodées qui font de lui une virtuose maléfique », a regretté M. Abelard, qui a gracieusement étanché, pendant deux heures, la soif d'informations des Archelois sur la population des oiseaux en Haïti et à travers la Caraïbe.

Sensibilisés au rôle et à l'importance des volailles dans la biodiversité, les participants ont promis au spécialiste en gestion des ressources naturelles, chacun d'apporter leur contribution à la protection des oiseaux endémiques et des rares espèces migratrices ou résidentes. « Nous étions heureux d'organiser avec DEED cette conférence qui entre dans nos champs d'activités. Nous allons continuer le travail à travers des séances de sensibilisation », a promis un membre de l'Organisation pour la sauvegarde et le bien-être de l'environnement (OSVIBE).

« J'ai appris beaucoup de choses sur les généralités, la classification et les vertus des oiseaux. Je suis prêt à partager mes connaissances avec d'autres écoliers de ma classe, comme le suggèrent les représentants de DEED », a promis un élève du collège Frère Saint-Vil, un des 15 établissements scolaires qui ont participé à la conférence.

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