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Neuf
mois après, "rien n'a vraiment changé" dans les DOM
La
tension reste vive dans les Antilles,
par Alain Prot Economiquement la situation est très
difficile dans le secteur privé. Le Medef
local pense qu il y a une baisse de 20 % de l'activité, et c'est très
possible
au vu des nombreuses fermetures de commerces et de magasins. La tension
reste
vive, les chiffres de la délinquance et de la criminalité explosent.
Les grèves
ne se sont jamais complètement terminées : messageries de la Poste en
Guadeloupe en juillet, dockers en Martinique en octobre, et de nombreux
conflits dans le transport, les mairies, etc... Cela dit la population
est
lassée de tout cela, et sans doute pas prête a recommencer, si tant est
qu'elle
suivait vraiment en février...
Que
d'espérances suite au mouvements sociaux dans les DOM il y a quasi un
an... En
Guyane, le citoyen lambda espérait pouvoir vivre et non plus
survivre...
Acheter de la viande rouge et des produits laitiers, rouler sans trop
dépenser,
comme en France, lointaine métropole... Et bien non. Les
carburants
entament leurs remontées. Mais surtout, les prix des produits de
première
nécessité n'ont jamais baissés... Une liste a bel et bien été
"décidée" (et non votée) mais par qui ? Sur quels produits ? Des
articles de marques, des steak hachés, des yaourts... de toutes façons
inabordables, avant comme après. Les vrais produits de première
nécessité (riz,
pâtes, viande rouge non hachée...), eux, n'ont pas bougé.
Sur l'île de la
Réunion, la contestation était moindre que dans les Antilles pendant
les grèves
et mouvements sociaux du début de l'année. La mixité sociale est un peu
plus une
réalité à la Réunion qu'aux Antilles. Le processus d'intégration
démocratique à
l'ancien colonisateur s'est, je pense, beaucoup mieux passé que dans
les autres
territoires. Et malgré des inégalités encore trop courantes, il y a
quand même
un équilibre.
Il faut
admettre que le non développement de la Guyane n'est pas lié à
l'autonomie.
Mais plutôt à l'absence de projets locaux des élus en place depuis plus
de 15
ans qui n'ont rien à proposer. Certains disent que l'Etat fait tout
pour nous
maintenir en asphyxie. Faux ! Il s'agit plutôt d'une asphyxie
intellectuelle de
nos élus dont l'intérêt pour la politique n'est autre que salariale. La
priorité
en Guyane : des médecins, des logements, de l'infrastructure
touristique et de
loisirs. Pour conclure et afin d'éviter une thèse, à 37 ans et en 37
ans, j'ai
donc plutôt vu une régression hormis 3 km de voie rapide construite
pour nos
belles voitures... on souffre !
La continuité
territoriale demeure un des principaux problèmes. En tant qu'étudiant
en
métropole et malgré les aides du conseil général, le prix du billet
demeure
cher. Je ne suis pas retourné à la Réunion depuis 2006, et je ne
pourrais
probablement pas y retourner avant 2011. C'est assez frustrant quand
certaines
destinations à l'étranger coûtent jusqu'à 50 % moins cher. Il est donc
nécessaire d'agir afin de faciliter la circulation des personnes
partout en
France.
Il n'y a pas eu
d'explosion sociale à la Réunion. Notre tradition assimilatrice vis à
vis des
nouveaux migrants (notamment de ces "mercenaires" venus de métropole)
enterre les problèmes identitaires et les ressentiments. Nous vivons
dans le
département d'outre mer le plus peuplé sur un territoire étriqué dominé
par les
montagnes... notre identité est forte et n'est en rien diminué par le
métissage. Mais à chaque fois que l'on parle des DOMS, on met en avant
les
Antilles. Ce déni de notre existence est un élément de plus dans le
ressentiment d'une partie de la population. La métropole a exporté dans
nos
territoires son modèle de consommation financé par les aides sociales.
Le résultat
est catastrophique : le chômage et l'étalage de grandes fortunes
cohabitent,
transformant la situation sociale en véritable poudrière... A chaque
rentrée
des classes, ce sentiment d'injustice gagne la population qui voit
débarquer
toujours plus nombreux des fonctionnaires métropolitains. Il n'y a pas
de
racisme ou de discrimination anti-blanc, mais bien un désir caché de
préférence
régionale, à l'instar de la corse...
En Guadeloupe,
les tensions ne se sont dissipées qu'en apparence. En réalité, des
centaines
d'entreprises ont fermé et quelques dizaines de milliers de gens ont
perdu leur
emploi. On voit bien que le pays a été fortement marqué par ces
évènements (le
mot "LKP" est encore utilisé, presque comme une menace...) et à
chaque "appel à la grève", la population est dans l'attente et les
forces de l'ordre sur le pied de guerre. |
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